‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 177 sur 415 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Bgure, la divisibilité et l'impénétrabilité supposent Tétendue, et que retendue ne suppose rien ; mais que dès qu'elle est donnée, la divisibilité, l'impénétrabilité et la figure sont données. Ainsi, on doit conclure que rétendue est l'essence de la matière, supposé qu'elle n'ait que les attributs dont nous venons de parler ou d'autres semblables; et je ne crois pas qu'il y ait personne au monde qui en puisse douter après y avoir sérieusement pensé.

Mais la difficulté est de savoir si la matière n'a point encore quelques autres attributs diCTérents de l'étendue et de ceux qui en dépendent; de sorte que l'étendue môme ne lui soit point essentielle, et qu'elle suppose quelque cbose qui en soit le sujet et le principe.

Plusieurs personnes, après avoir considéré très-atlen-' tivement l'idée qu'ils avaient de la matière, par tous les attributs qui en sont connus, après avoir aussi médité les effets de la nature autant que la force et la capacité de l'esprit le peuvent permettre, se sont fortement persuadés que l'étendue ne suppose aucune chose dans la matière, soit parce qu'ils n'ont pas eu d'idée distincte et particulière de cette prétendue chose qui précède retendue, soit encore parce qu'ils n'ont vu aucun eflet qui la prouve.

Car de même que pour se persuader qu'une montre n'a point quelque entité différente de la matière dont elle est composée, il suffit de savoir comment la diffé-

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kik RECIIEBCHE DE LA VÉRITÉ.

buts que l'on conçoit appartenir h, la matière sont donnés, et que la matière n'est cause d'aucun effet qu'on ne puisse concevoir que de l'étendue diversement configurée et diversement agitée ne puisse produire, ils se sont persuadés de là que l'étendue était l'essence de la matière.

Mais de même que les hommes n'ont point de démonstration certaine qu'il n'y a point quelque intelligence ou quelque entité nouvellement créée dans les roues d'une montre; ainsi personne ne peut, sans une révélation particulière, assurer comme une démonstration de géométrie qu'il n'y a que de l'étendue diversement configurée dans une pierre. Car il se peut absolument faire que l'étendue soit jointe avec quelque autre chose que nous ne concevons pas, parce que nous n'en avons point d'idée, quoiqu'il semble fort déraisonnable de le croire et de l'assurer, puisqu'il est contre la raison d'assurer ce qu'on ne sait point et ce qu'on ne conçoit point.

Toutefois, quand on supposerait qu'ilyauraitquelque autre chose que l'étendue dans la matière, cela n'empêcherait pas, si on y prend bien garde, que l'étendue n'en fût l'essence, selon la définition que l'on vient de donner de ce mot. Car enfin il est absolument nécessaire que tout ce qu'il y a au monde soit ou bien un être, ou bien la manière d'un être, un esprit attentif ne le peut nier. Or, l'étendue n'est pas la manière d'un être, donc c'est un être. Mais, puisque la matière n'est point un composé de plusieurs êtres, comme l'homme, qui est composé de corps et d'esprit; puisque la matière n'est qu'un seul être, il est manifeste que la matière- n'est rien autre chose que l'étendue.

Pour prouver maintenant que l'étendue n'est pas la manière d'un être, mais que c'est véritablement un être, il faut remarquer qu'on ne peut concevoir la ma-

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