PRÉFACE
d'êlf;e uni à un corps ; ces choses nous inèneraienl trop loin, ^our mettre cette vérité dans son jour, il serait nécessaire de ruiner les principaux fondementi^ de la philosophie païenne, d'expliquer les désordres du péché, de ccSbibattre ce qu'on appelle faussement expérience, et de raisonner contre les préjugés et les iliusiclfns des sens. Ainsi il est trop difficile de faire parfai^ment comprendre cette vérité au commun des hommes pour Tentreprehdre dans une préface.
Cependant il n'est pas malaisé de la prouver à des esprits attentifs et qui sont instruits de la véritable philosophie. Car il suffit de les faire souvenir que, la volonté^de Dieu réglant la nature de chaque chose, il est plus de la nature de Tâme d'être unie à Dieu par la connaissance de la vérité et par l'amour du bien, que d'être unie à un corps ; puisqu'il est certain, comme on vient de le dire, que Dieu a fait les esprits pour le connaître et pour l'aimer plutôt que pour informer des corps. Cette preuve est capable d'ébranler d'abord les esprits un peu éclairés, de les rendre attentifs, et ensuite de les convaincre ; mais il est moralement impossible que des esprits de chair et de sang, qui ne peuvent connaître que ce qui se fait sentir, puissent être jamais convaincus par de semblables raisonnements. Il faut, pour ces sortes de personnes, des preuves grossières et sensibles, parce que rien ne leur parait solide s'il ne fait quelque impression sur leurs sens.
Le péché du premier homme a tellement affaibli l'union de notre esprit avec Dieu, qu'elle ne se fait sentir qu'à ceux dont le cœur est purifié et l'esprit éclairé ; car cette union parait imaginaire à tous ceux qui suivent aveuglément les jugements des sens et les mouvements des passions ^
1 Mens, quod non sentit, ni si eu m purissima et beatissima est,
IV PHEFACB.
Au contraire, il a tellement fortifié l'union de notre âme avec notre corps qu'il nous semble que ces deux parties de nous-mêmes ne soient plus qu'une même substance ; ou plutôt il nous a de telle so.rte assujettis à nos sens et à nos passions, que nous sommes portés à croire que notre corps est la principale des deux parties dont nous sommes composés.
Lorsque l'on considère les différentes occuji^tîons des hommes, il y a tout sujet de croire qu'ils ont un sentiment si bas et si grossier d'eux-mêmes ; car comme ils aiment tous la félicité et la perfection de leur être, et qu'ils ne travaillent que pour se rendre plus heureux et plus parfaits, ne doit-on pas juger qu'ils ont plus d'estime de leur corps et des biens du corps que de leur esprit et des biens de l'esprit, lorsqu'on les voit presque toujours occupés aux choses qui ont rapport au corps, et qu'ils ne pensent presque jamais à celles qui sont absolument nécessaires à la perfection de leur esprit ?
Le plus grand nombre ne travaille avec tant d'assiduité et de peine que pour soutenir une misérable vie, et pour laisser à leurs enfants quelques secours nécessaires à la conservation de leurs corps.
Ceux qui,' par le bonheur ou le hasard de leur naissance, ne sont point sujets à cette nécessité, ne font pas mieux connaître par leurs exercices et par leurs emplois qu'ils regardent leur âme comme la plus noble partie de leur être. La chasse, la danse^ le jeu, la bonne chère sont leurs occupations ordinaires. Leur