CHAPITRE m
I. La curiosité est naturelle et nécessaire. — II. Trois règles pour la modérer. — 111. Explication de la première de ces règles.
I. Tant que les hommes auront de rinclination pour un bien qui surpasse leurs forces et qu'ils ne le posséderont pas^ ils auront toujours une secrète inclination pour tout ce qui porte le caractère du nouveau et de l'extraordinaire; ils courront sans cesse après les choses qu'ils n'auront point encore considérées, dans Tespérance d'y trouver ce qu'ils cherchent, et, leurs esprits ne pouvant se satisfaire entièrement que par la vue de celui pour qui ils sont faits, ils seront toujours dans rinquiétude et dans l'agitation jusqu'à ce qu'il leur paraisse dans sa gloire.
Cette disposition des esprits est sans doute trèsconforme à leur état, car il vaut infiniment mieux chercher avec inquiétude la vérité et le bonheur qu'on ne possède pas, que de demeurer dans un faux repos en se contentant du mensonge et des faux biens dont on se repaît ordinairement. Les hommes ne doivent pas être insensibles à la vérité et à leur bonheur; le nouveau et l'extraordinaire les doit donc réveiller, et il y a une curiosité qui leur doit être permise ou plutôt qui leur doit être recommandée. Ainsi les choses communes et ordinaires ne renfermant pas le vrai bien et les opinions anciennes des philosophes étant très-incertaines.