CHAPITRE VI
I. Des erreurs de la vue à l'égard de l'étendue en soi. — IL Suite de ces erreurs sur des objets invisibles. •— III. Des erreurs de no9 yeux touchant l'étendue considérée par rapport.
La vue est le premier, le plus noble et le plus étendu de tous les sens ; de sorte que s'ils nous étaient donnés pour découvrir là vérité, elle y aurait seule plus de part que tous les autres ensemble. Ainsi il suffira de ruiner l'autorité que les yeux ont sur la raison pour nous détromper et pour nous porter à une défiance générale de tous nos sens.
Nous allons donc faire voir que nous ne devons point nous appuyer sur le témoignage de notre vue pour juger de la vérité des choses en elles-mômes, mais seulement pour découvrir le rapport qu'elles ont à la conservation de notre corps ; que nos yeux nous trompent généralement dans tout ce qu'ils nous représentent, dans la grandeur des corps, dans leurs figures et dans leurs mouvements, dans la lumière et dans les couleurs, qui sont les seules choses que nous voyons; que toutes ces choses ne sont point telles qu'elles nous paraissent; que tout le monde s*y trompe, et que cela nous jette encore dans d'autres erreurs dont le nombre est infini. Nous commençons par rétendue, et voici les preuves qui nous font croire que nos yeux ne nous la font jamais voir telle qu'elle est.