‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 286 sur 415 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

point le témoignage intérieur de ma conscience; il m'apprend seulement que je veux être heureux. H n'y a que Dieu qui me puisse convaincre intérieurement que tous les autres hommes, les anges et les démons veulent être heureux. Il n'y a que lui qui puisse m'assurer qu'il ne donnera jamais l'être à' aucun esprit qui soit indifférent pour le bonheur ; car quel autre que lui pourrait m'assurer positivement de ce qu'il fait et DQiême de ce qu'il pense? Et comme il ne peut jamais me tromper, je ne puis douter de ce qu'il m'apprend. Je suis donc certain que tous les hommes veulent être heureux, parce que cette inclination est naturelle et qu'elle ne dépend point du corps.

Il n'en est pas de même des passions particulières. Si je suis passionné pour la musique, pour la danse, pour lâchasse; si j'aime les douceurs ou le haut goût^ je n'en puis rien conclure de certain touchant les passions des autres hommes. Le plaisir est sans-doute doux et agréable à tous les hommes ; mais tous les hommes ne trouvent pas du plaisir dans les mêmes choses. L'amour du plaisir est une inclination naturelle; cet amour ne dépend point du corps : il est donc général à tous les hommes. Mais l'amour de la musique, de la chasse ou de la danse n'est pas général, parce que la disposition du corps dont il dépend étant différente dans tous les hommes , toutes les passions qui en dépendent ne sont pas toujours les

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esprits animaux, dans leur abondance et leur disette, leur solidité et leur délicatesse, et dans le rapport des fibres du cerveau avec ces esprits.

Ainsi, il arrive très-souveut que Ton ne touche les autres en aucun endroit de leur âme lorsque Ton parle des passions particulières ; mais lorsqu'on les touche, ils en sont fortement émus. Il en est au contraire des passions générales et des inclinations, on touche toujours lorsque Ton en parle; mais on touche d'une manière si faible et si languissante qu'on ne se fait presque pas sentir. Je dis ces choses, afin que Ton ne juge pas si je me trompe par le seul sentiment qu'on a déjà reçu de ce que j'ai dit ou que Ton recevra de ce que je dirai dans la suite, mais par la considération de la nature des passions dont je traite.

Si Ton se proposait de traiter de toutes les passions particulières, ou si on les distinguait par les objets qui les excitent, il est visible qu'on ne finirait jamais et qu'on dirait toujours la môme chose. On ne finirait jamais, parce que les objets de nos passions sont infinis ; et l'on dirait toujours la môme chose, parce que Ton traiterait toujours du môme sujet. Les passions particulières pour la poésie, pour l'histoire, pour les mathématiques, pour la chasse et pour la danse ne sont qu'une m.ôme passion générale ; car, par exemple, les passions de désir ou de joie pour tout ce oui niait n#»

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