CHAPITRE X
Des passions en particulier, et en général de la manière de les expliquer et de reconnaître les erreurs dont elles sont la cause.
Si Ton considère de quelle manière les passions se composent, on reconnaîtra visiblement que leur nombre ne se peut déterminer, et qu'il y en a beaucoup plus que nous n'avons de termes pour les exprimer. Les passions ne tirent pas seulement leurs différences de la différente combinaison des trois primitives, car . de cette sorte il y en aurait fort peu; mais leur différence se prend encore des différentes perceptions et des différents jugements qui les causent ou qui les accompagnent. Ces différents jugements que Tâmefaildes biens et des maux produisent des mouvements différents dans les esprits animaux, pour disposer le corps par rapporta l'objet, et ils causent par conséquent dans Kâme des sentiments qui ne sont point entièrement semblables. Ainsi ils sont cause que Ton remarque de la différence entre certaines passions dont les émotions ne sont point différentes.
Cependant l'émotion de l'âme étant la principale
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avoir d'une infinité de biens et maux qui les causent.
Lorsque l'âifne aperçoit un bien dont elle peut jouir, on peut dire peut-être qu'elle l'espère, quoiqu'elle ne le désire pas ; mais il est visible qu'alors son espérance n'est point une passion, mais un simple jugement. Car c'est l'émotion qui accompagne l'idée d'un bien, dont on juge que la jouissance est possible, qui fait que l'espéranee est une passion véritable. Lorsque l'espérance se change en sécurité, c'est encore la môme chose; elle n'est passion qu'à cause de l'émotion de joie qui se mêle alors avec celle du désir; carie jugement de l'âme qui considère un bien comme ne lui pouvant manquer, n'est une passion qu'à cause que l'avant-goût du bien nous agite. Enfin, lorsque l'espérance diminue et que le désespoir lui succède, il est encore visible que cedésespoir n'est une passion qu'à cause de l'émotion de la tristesse qui se mêle alors avec celle du désir; car le jugement de l'âme qui considère un biencommene lui pouvant arriver, n'est point une passion si ce jugement ne nous agite.
Mais, parce que l'âme ne considère jamais de bien ou de mal sans quelque émotion et sans qu'il arrive même dans le corps quelque changement, on donne souvent le nom de passion au jugement qui produit la passion, à cause que l'on confond tout ce qui se passe et dans l'âme et dans le corps à la vue de quelque bien ou de quelque mal. Car les mots d'espérance, de crainte, de hardiesse, de honte, d'impudence, de colère, de pitié, de moquerie, de regret, enfin le nom de toutes les autres passions sont, dans l'usage ordinaire, des expressions abrégées de plusieurs termes, par lesquels on peut expliquer en détail tout ce que les passions renferment.
On comprend par le mot de passion la vue du rapport qu'une chose a avec nous, l'émotion et le sentiment de l'âme, l'ébranlement du cerveau et le mouvement des