LIVRE CINQUIÈME
faire naître la passion pour les langues^ lesquels, par conséquent, seront semblables à ceux que la même passion forme dans l'es philologues pour justifler leurs études.
Toutes les sciences les plus basses et les plus méprisables ont toujours quelque endroit qui brille à l'imagination, et qui éblouit facilement Tesprit par Téclat que la passion y attache. Il est vrai que cet éclat diminue, lorsque les esprits et le sang se refroidissent et que la lumière de la vérité commence à paraître; mais cette lumière se dissipe aussi lorsque l'imagination reprend feu, et nous ne faisons plus alors qu'entrevoir ces belles raisons qui prétendaient condamner notre passion.
Au reste, lorsque la passion qui nous anime se sent mourir, elle ne se repent pas de sa conduite. On peut dire au contraire qu'elle dispose toutes choses, ou pour moarir avec honneur, ou pour revivre bientôt après; je veux dire qu'elle dispose toujours Tesprit à fornter des jugements qui la justifient. Elle contracte encore en cet état une espèce d'alliance avec toutes les autres passions qui peuvent la secourir dans sa faiblesse, la fournir d'esprits et de sang dans son intelligence, rallumer ses cendres et l'en faire renaître ; car les passions ne sont point indifférentes les unes pour les autres. Toutes celles qui se peuvent souffrir contribuent fidèlement à leur mutuelle conseiTation. Ainsi, les jugements qui justifient
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des louanges qu*on lui donae, des établissemenls qu*on lui propose, des recherches qu'on fait de sa personne. Il tient à tous les temps, il s'étend à tous les pays; il ne se borne pas, comme les petits esprits, dans le temps présent, et, dans l'enceinte de sa ville, il se répand incessamment, et son épanchementfait son plaisir. Combien donc de passions se mêlent avec celle qu'il a pour la fausse érudition, lesquelles travaillent toutes à la justifier, et sollicitent chaudement des jugements en sa faveur I
Si chaque passion n'agissait que pour elle sans se mettre en peine des autres, elles se dissiperaient toutes mcontinent après leur naissance. Elles ne pourraient pas former assez de faux jugements pour leur subsistance, ni soutenir longtemps la vue de l'imagination contre la lumière de la raison. Mais tout est réglé dans nos passions de la manière la plus juste qui se puisse pour leur mutuelle conservation. Elles se fortifient les unes les autres, les plus éloignées se secourent; et il suffit qu'elles ne soient pas ennemies déclarées, pour suivre entre elles toutes les règles d'une société bien ordonnée.
Si la passion de désir se trouvait seule, tous les jugements qu'elle formerait ne pourraient tendre qu à représenter la possession du bien comme possible, car le désir d'amour précisément comme tel, n'est produit que par le jugement que l'on fait que la jouissance de quelque bien est possible. Ainsi ce désir ne pourrait former que des jugements sur la possibilité de la jouisance, puisque les jugements qui suivent et qui conservent les passions sont entièrement semblables à ceu\ qui les précèdent et qui les produisent. Mais le désir est «inimé par Tamour; il est fortifié par l'espérance; il est augmenté par la joie ; il est renouvelé par la crainte ; il est accompagné de courage, d'émulation, de colère