CHAPITRE PREMIER
Des règles qu'il faat observer dans la recherche de la vérité.
Après avoir expliqué les moyens dont il faut se servir pour rendre l'esprit plus attentif et plus étendu, qui sont les seuls qui peuvent le rendre plus parfait, c'està-dire plus éclairé et plus pénétrant, il est temps de venir aux règles qu'il est absolument nécessaire d'observer dans la résolution de toutes les questions. C'est à quoi je m'arrêterai beaucoup, et que je tâcherai de bien expliquer par plusieurs exemples, afin d'en faire mieux connaître la nécessité, et d'accoutumer l'esprit à les mettre en usage, parce que le plus nécessaire et le plus dificile n'est pas de les bien savoir, mais de les bien pratiquer.
808 REGHERCnE DE LA VÉRITÉ.
ristote n'est pas de grand usage, à cause qu'elle occupe trop l'esprrt, et qu'elle le détourne de l'attention qu'il devrait apporter aux sujets qu'il examine. Que ceux donc qui n'aiment que les mystères et les inventions extraordinaires quittent pour quelque temps cette humeur bizarre, et qu'ils apportent toute l'attention dont ils sont capables, afin d'examiner si les règles que Ton va donner suffisent pour conserver toujours l'évidence dans les perceptions de Tesprit et pour découvrir les vérités les plus cachées. S'ils ne se préoccupent point injustement contre la simplicité et lafacilité de ces règles, j'espère qu'ils reconnaîtront par l'usage que nous montrerons dans la suite qu'on en peut faire, que les principes les plus clairs et les plus simples sont les plus féconds, et que les choses extraordinaires et difficiles ne sont pas toujours aussi utiles que notre vaine curiosité nous le fait croire.
Le principe de toutes ces règles est qu'il faut toujourt conserver l'évidence dans ses raisonnements pour découvrir la vérité sans crainte de se tromper. De ce principe dépend cette règle générale qui regarde le sujet de nos études, savoir : que nous ne devons raisonner que sur des choses dont nous avons des idées claires; et, par une suite nécessaire, que nous devons toujours commencer par les choses les plus simples et les plus faciles, et nous y arrêter fort longtemps avant que d'entreprendre la recherche des plus composées et des plus difficiles.
Les règles qui regardent la manière dont il s'y faut prendre pour résoudre les questions dépendent aussi de ce môme principe, et la première de ces règles est : qu'tf faut concevoir très-distinctement Vétat de la question qu'on se propose de résoudre^ et avoir des idées de ses termes assez distinctes pour les pouvoir comparer, et pour en reconnaître ainsi les rapports que Ton cherche.
Mais lorsqu^on ne peut reconnaître les rapports 'que