LIVRE SIXIÈME. S
facilement avec les questions que l'on expose clairement, et qu'il est facile de résoudre ; parce qu'on reconnaît évidemment qu'ils ne signifient rien. Les philosophes ne peuvent, par leurs principes, expliquer comment des chevaux tirent un chariot, comment la poussière arrête une montre, comment le tripoli nettoie les métaux et les brosses les habits. Car ils se rendraient ridicules à tout le monde, s'ils supposaient un mouvement d'attraction et des facultés attractrices^ pour expliquer d'où vient que les chariots suivent les chevaux qui y sont altelés, et une faculté déiersive dans des brosses pour nelloyer des habits, et ainsi des autres questions. De sorte que leurs grands principes ne sont utiles que pour les questions obscures, parce qu'ils sont incompréhensibles.
Il ne faut donc point ^'arrêter à aucun de tous ces principes, que l'on ne connaît point clairement et évidemment, et que l'on peut penser que quelques nations ne reçoivent pas. Il faut considérer avec attention les idées que l'on a d'étendue, de figure et de mouvement local, et les rapports que ces choses ont entre elles. Si on conçoit distinctement ces idées, et si on les trouve si claires qu'on soit persuadé que toutes les nations les ont reçues dans tous les temps, il faut s'y arrêter et en examiner tous les rapports ; mais si on les trouve obscures, il en faut chercher d'autres, si l'on en peut trouver. Car si, pour raisonner sans crainte de se tromper, il est nécessaire de conserver toujours l'évidence dans ses perceptions, il ne faut raisonner que sur des idées claires et sur leurs rapports clairement
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cette manière est naturelle et qu'elle aide l'esprit dans ces opérations, mais encore parce que, Dieu agissant toujours'avec ordre et par les voies les plus simples, celte manière d'examiner nos idées et leurs rapports nous fera mieux connaître ses ouvrages. £t si l'on considère que les rapports les plus simples sont toujours ceux qui se présentent les premiers à Timagination, lorsqu'elle n'est point déterminée à penser plutôt à une chose qu'à une autre, on reconnaîtra qu'il suffit de regarder les choses avec attention et sans préoccupation, pour entrer dans cet ordre que nous prescrivons et pour découvrir des vérités très-composées, pourvu qu'on ne veuille point courir trop vite d'un sujet à un autre.
Si Ton considère donc avec attention l'étendue, on conçoit sans peine qu'une partie peut ôtre séparée d'une autre, c'est-à-dire que l'on conçoit sans peine le mouvement local, et que ce mouvement local produit une figure dans l'un et dans l'autre des corps qui sont mus. De tous les mouvements, le plus simple et le premier qui se présente à l'imagination, c'est le mouvement en ligne droite. Supposez donc qu'il y ait quelque partie d'étendue qui se meuve par un mouvement en ligne droite, il est nécessaire que celle qui se trouve dans le lieu où cette première étendue se va rendre, se meuve circulairement pour prendre la place que l'autre quitte, et ainsi qu'il se fasse un mouvement circulaire. Que si l'on conçoit une infinité de mouvements en ligne droite, dans une infinité de semblables parties de celte étendue immensequenousconsidérons, ilestencore nécessaire que tous ces corps s'empêchant lesunsles autres conspirent tous par leur mutuelle action et réaction, je veux dire par la mutuelle communication de tous leurs mouvements particuliers, à se mouvoir par un mouvement circulaire.