‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 36 sur 415 · LIVRE PREMIER. 6t · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 6t

de se lever ou qu'elle est prête à se couoher, nous voyons entre elle et nous plusieurs campagnes dont nous connaissons à peu près la grandeur ; et ainsi nous la jugeons plus éloignée, et à cause de cela nous la vojons plus grande.

Et il faut remarquer que lorsqu'elle est élevée audessus de nos têtes, quoique nous sachions très-certainement par la raison qu'elle est dans une très-grande distance, nous ne laissons pourtant pas de la voir fort proche et fort petite; parce qu'en effet ces jugements naturels delà vue ne sont appuyés que sur des perceptions de la même vue, et que la raison ne peut les corriger. De sorte qu'ils nous portent souvent à l'erreur en nous faisant former des jugements libres qui s'accordent parfaitement avec eux. Car quand on juge comme Ton sent on se trompe toujours ; quoiqu'on ne se trompe jamais quand on juge comme l'on conçoit, parce que le corps n'instruit que pour le corps, et qu'il n'y a que Dieu qui enseigne toujours la vérité, comme je ferai voir ailleurs.

Ces faux jugements ne nous trompent pas seulement dans réloignement et dans la grandeur des corps, ce qui n'est pas de ce chapitre, mais aussi en nous faisant voir leur figure autre qu'elle n'est. Nous voyons, par exemple, le soleil et la lune et les autres corps sphériques fort éloignés comme s'ils étaient plats et comme des cercles; parce que dans cette grande distance nous ne pouvons pas distinguer si la partie qui nous est opposée est plus proche de nous que les autres, et à cause de cela nous la jugeons dans une égale distance. C'est aussi pour la même raison que nous jugeons que toutes les étoiles et le bleu qui parait au ciel sont à peu près dans le même éloignement que leurs voisines et comme dans une voûte parfaitement convexe et elliptique, parce que notre esprit suppose toujours l'égalité ni. e

«a RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.

OÙ il ne voit voint d'inégalité; cependant il ne la devrait positivement reconnaître qu'où il la voit avec évidence.

On ne s'arrête pas ici à expliquer plus au long les erreurs de notre vue à l'égard des figures dés corps, parce qu'on s'en peut instruire dans quelque livre d'optique. Cette science en effet n'apprend que la ma- . nière de tromper les yeux ; et toute son adresse ne con- ■siste qu'à trouver des moyens pour nous faire faire les jugements naturels dont je viens de parler dans le temps que nous, ne les devons pas faire. Et cela se peut exécuter en tant de différentes manières que de toutes les figures qui sont au monde, il n'y en a pas une «eule qu'on ne puisse peindre en mille façons ; de sorte que la vue s'y trompera infailliblement. Mais ce n'est pas ici le lieu d'expliquer ces choses à fond. Ce que 1 on a dit suffit pour faire voir qu'il ne faut pas tant se fier à ses yeux, lors même qu'ils nous représentent la figure des corps; quoiqu'en matière de figures ils soient beaucoup plus fidèles qu'en toute autre rencontra

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