LIVRE SIXIEME. S
qu'elles soient de môme nature, mais c'est qu'elles sont trop grosses et trop solides pour être enlevées par le mouvement des parties du feu.
En troisième lieu^ la chaleur selon la vérité ne peut ni assembler ni dissiper les parties d'aucun corps de môme ou de différente nature ; car, pour assembler, pour séparer, pour dissiper les parties de quelque corps, il faut les remuer : or la chaleur ne peut rien remuer, ou du moins il n'est pas évident que la chaleur puisse remuer les corps; car, quoique Ton considère la chaleur avec toute l'attention possible, on ne peut découvrir qu'elle puisse communiquer au corps du mouvement qu'elle n'a point. On voit bien que le feu remue et sépare les parties des corps qui lui sont exposés, il est vrai, mais ce n'est peut-être point par sa chaleur, car il n'est pas même évident qu'il en ait. C'est plutôt par l'action de ses parties qui sont visiblemenLdans un mouvement continuel. Il est évident que les parties du feu venant à heurter cotitre quelque corps, lui doivent communiquer une partie de leur mouvement, soit qu'il y ait de la chaleur dans le feu, soit qu'il n'y en ait point. Si les parties de ce corps sont peu solides, le feu les doit dissiper; si elles sont fort solides et fort grossières, le feu ne peut que les re. muer et les faire glisser les unes sur les autres; enfin, si elles sont mêlées de subtiles et de grossières, le feu ne doit dissiper que celles qu'il peut pousser assez fort pour les séparer entièrement des autres. Ainsi le feu ne peut que séparer ; et s'il assemble, ce n'est que par accident. Mais Aristote prétend tout le contraire. Séparer y dit-il, que quelques-uns attribuent au feu, n'est que rassembler les choses qui sont de même genre, car ce nest que par accident que le feu enlève les choses de différent genre *.
« De gen,etcorrup,<, liv. 2, ch. 2.
Si Aristote avait d'abord distingué le sentiment de chaleur d'avec le mouvement des petiles parties dont sont composés les corps qu'on appelle chauds, et qu'il eût ensuite défini la chaleur prise pour le mouvement des parlies, en disant que la chaleur est ce qui agite et qui sépare les parties invisibles dont les corps visibles sont composés, il aurait donné une définition assez supportable de la chaleur. Néanmoins on ne serait pas encore tout à fait content, parce qu'elle ne ferait point connaître précisément la nature des mouvements des corps chauds.
Aristote définit la froideur, ce qui assemble les corps de même ou de différente nature. Cette définition ne vaut encore rien, car il est faux que la froideur assemble les corps. Pour les assembler, il faut les remuer; mais si l'on interroge sa raison, il est évident que le froid ne peut rien remuer. En effet, par la froideur» on entend, ou ce que l'on sent quand on a froid, ou ce qui cause le sentiment de froideur : or, il est clair que le sentiment de froideur ne peut rien remuer, puisqu'il ne peut rien pousser. Pour ce qui cause le sentiment, on ne peut douter, lorsqu'on examine les choses par la raison, que ce n'est que le repos ou la cessation du mouvement. Ainsi la froideur dans les corps n'étant que la cessation de cette sorte de mouvement qui accompagne la chaleur, il est évident que si la chaleur sépare, la froideur ne sépare pas. Ainsi la froideur n'assemble ni les choses de même ni de différente nature, car ce qui ne peut rien pousser ne peut rien assembler ; en un mot, comme elle ne fait rien, elle n'assemble rien.
Aristote, jugeant des choses par les sens, s'imagine que la froideur est aussi positive que la chaleur, parce que les sentiments de chaleur et de froideur sont l'un et l'autre réels et positifs; et il pense aussi que ces deux