‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 384 sur 415 · LIVRE SIXIÈME. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. 4i

Quand on médite ceci avec quelque application, le premier moyen qui se présente à l'imagination est d'or, dinaire celui de quelque efTervescence prompte et vio. lente semblable à celle de la poudre à canon ou de certaines liqueurs remplies de sels alcalis, lorsqu'on les mêle avec celles qui sont roides ou pleines de sel acide. Quelque peu de poudre à canon ^st capable, lorsqu'elle s'allume, d'enlever non-seulement un fardeau de cent livres, mais une tour et même une mon* tagne. Les tremblements de terre qui renversent des villes et qui secouent des provinces entières se font aussi par des esprits qui s'allument sous terre à peu près comme la poudre à canon. Ainsi, en supposant dans le bras une cause de la fermentation et de la dilatation des esprits, on pourra dire qu'elle est le prin* cipe de cette force qu'ont les hommes pour faire des mouvements si prompts et si violents.

Cependant comme on doitse défierde ces moyens qui n'entrent dans l'esprit que par les sens et dont on n'a point de connaissance claire et évidente, on ne doit pas si facilement se servir de celnî-ci, car enfin il ne suffit pas de rendre raison de la force et de la promptitude de nos mouvements par une comparaison. Cette raison est confuse, mais de plus elle est imparfaite; car on doit expliquer ici un mouvement volontaire, et la fermentation n'est pas volontaire. Le sang se fermente 'avec excèsdans les fièvres, et Ton ne peut l'en empêcher. Les esprits s'enflamment et s'agitent dans le cerveau, et leur agitation ne diminue pas selon nos désirs. Quand un homme remue le bras en diverses façons, il faudrait, selon cette explication, qu'il se fit un million de fermentations grandes et petites, promptes et lentes, qui commençassent, et, ce qui est encore plus difficile (\ expliquer selon cette supposition, qui finissent dans le moment qu'il le veut. 11 faudrait que ces fermenta-

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lions ne dissipassent point toute leur matière et que celte matière fût toujours prête à prendre feu. Lorsqu'un homme a fait dix lieues, combien- de mille fois faut-il que les muscles qui servent à marcher se soient emplis et vidés? et combien faudraitril d'esprits si la fermentation les dissipait et les amortissait à chaque pas? Cette raison est donc imparfaite pour expliquer les mouvements de notre corps qui dépendent entièrement de notre volonté.

Il est évident que la question présente consiste dans ce problème des mécaniques : Trouver par da machines pneumatiques k moyen de vaincre telle foÊree^ comme de cent pesant^ par une autre force si petiie que l'on voudra^ comme celle du poids d^une once y et que top* plication de cette petiie force pour produire son effet dépende de la volonté. Or, ce problème est lacile à résoudre et la démonstration en est claire.

On peut le résoudre par un vase qui ait deux ouvertures dont l'une soit un peu plus de 1600 fois plus grande que l'autre, et dans lesquelles on insère les canons de deux soufQets égaux, et que l'on applique une force i600 fois seulement plus grande que l'autre au soufQet de la plus grande ouverture, car alors b force " 4600 fois plus petite vaincra la plus grande. Et la démonstration en est claire par les mécaniques, piûsque les forces ne sont point justement en proporlion avec les ouvertures, et que le rapport de la petite force à la* petite ouverture est plus grand que le rapport de la grande force à la grande ouverture.

Mais pour résoudre ce problème par une machine qui représente mieux Teffeides muscles que celle qu'on vient de donner, il faut souCQer quelque peu dans un ballon et appuyer ensuite, sur ce ballon à demi enflé de vent, une pierre de 5 ou 6 cents pesanl, ou, l'ayant mis sur une table, le couvrir d'un ais, et cet ais d'une

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