‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 393 sur 415 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

absolument de la fermeté dont les parties du fer sont jointes ensemble par les efforts que je fais à les désunir. Je dois seulement juger qu'elles tiennent très-fort les unes aux autres par rapport à mon peu de force ; ou qu'elles se tiennent plus fort que les parties de ma chair, puisque les sentiments de douleur que j'ai en faisant trop d'efforts m'avertissent que je désunirai plutôt les parties de mon corps que celles du fer.

Je reconnais donc que de même que je ne suis point fort ou faible absolument, le fer ou les autres corps ne sont point durs ou flexibles absolument, mais seulement par rapport à la cause qui agit contre eux ; et que les efforts que je fais ne peuvent me servir de règle pour mesurer la grandeur de la force qu'il faut employer pour vaincre la résistance et la dureté du fer. Car les règles doivent être invariables^ et ces efforts varient selon. les temps, selon Tabondance des esprits animaux et la dureté des chairs, puisque je ne puis pas toujours produire les mômes effets en faisant les mêmes efforts.

Cette réflexion me délivre d'un préjugé que j'avais qui me faisait imaginer de forts liens pour unir les parties des corps ; lesquels liens ne sont peut-être point; et j'espère qu'elle ne me sera pas inutile dans la suite, car j'ai une pente étrange à juger de tout par rapporta moi et à suivre les impressions de mes sens, à quoi je prendrai garde avec plus de soin. Mais continuons.

Après avoir pensé quelque temps et cherché avec quelque application la cause de cette étroite union sans avoir pu rien découvrir, je me sens porté par ma

venir ainsi tout d'un coup savant à peu de fraîb.

Mais puisque je ne veux rien croire que je ne sache. il ne faut pas que je me laisse ainsi abattre par ma propre paresse ni que je me rende à de simples luean». Quittons donc ces formes et ces inclinations dont dou> n'avons point d'idées distinctes et particulières, mai> seulement de confuses et générales que nous ne formons, ce me semble, que par rapport à notre nature, et de l'existence même desquelles plusieurs personnes vi peut-être des nations entières ne conviennent pas.

Il me semble que je vois la cause de celte étroiltunion des parties qui composent les corps durs san> y admettre autre chose que tout ce ({ue tout le mondt» convient y être, ou tout au moins tout ce que le monde conçoit distinctement pouvoir y être. Car tout le monde connaît distinctement que tous les corps sont composés ou peuvent être composés de petites parties. Ainsi il se pourra faire qu'il y en aura qui seront crochus et branchus, et comme de petits liens capable^ d'arrêter fortement les autres, ou bien qu'elles s'enlrt*laceronl toutes dans leurs branches, de sorte qu'on ne pourra pas facilement les désunir.

J'ai une grande pente à me laisser aller à cette pensée, et d'autant plus grande que je vois que les parties visibles des corps grossiers s'arrêtent et s'unissenl les unes avec les autres de cette manière. Mais je ne saurais trop me défier des préoccupations et des irapressions de mes sens. Il faut donc que j'examine encorela chose de plus près, et que je cherche même la raison pourquoi les plus petites et les dernières parties solides des corps, en un mot les parties mêmes de chacun de ces liens se tiennent ensemble, car elles ne peuvent être unies par d'autres liens encore plus petit:» puisque je les suppose solides. Ou bien si je dis qu'elle*^ sont unies de cette sorte, on me demandera avec raison

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