‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 407 sur 415 · LIVRE SIXIEME. 47t · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. 47t

petits corps el les corps fluides, Teau, l'air, et ne peuvent comjiuniquer à de grands corps que leur mouvement uniforme ^t commun à toutes leurs parties; l'eau d'une rivière ne peut communiquer à un bateau que le mouvement de la descente qui est commun à toutes les petites parties dont l'eau est composée, et chacune de ces petites parties, outre ce mouvement commun, en a encore une infinité d'autres particuliers. Ainsi, il est visible par cette raison qu'un bateau, par exemple, ne peut jamais avoir autant de mouvement qu'un égal volume d'eau, puisque le bateau ne peut recevoir de l'eau que le mouvement direct et commun à toutes les parties qui la composent. Si vingt parties d'un corps fluide poussent quelque corps d'un côté, il y en a autant qui le poussent de l'autre; il demeure donc immobile, et toutes les petites parties du corps fluide dans lequel il nage rejaillissent sans rien perdre de leur mouvement. Ainsi, les corps grossiers et dont les parties sont unies les unes avec les autres ne peuvent recevoir que le mouvement circulaire et uniforme du tourbillon de la matière subtile qui les environne.

Il me semble que cette raison suffit pour faire comprendre que les COI ps grossiers nesont pointsi agités que Jes petits, et qu'il n'est point nécessaire pour expliquer ces choses de supposer que le repos ait quelque force pour résister au mouvement. La certitude des principes de la philosophie de M. Descartes ne peut donc servir de preuve pour défendre ses règles du mouvement ; et il y a lieu de croire que si M. Descartes lui-

des corps durs seulement au repos de leurs parties, et leur ressort à l'effort de la matière subtile.

CONCLUSION DfIS TROIS DERNIERS LIVRES.

J'ai, ce me semble, assez fait voir^ dans le quatrième et cinquième livre, que les inclinalions naturelles et les passions des hommes les font souvent tomber dans l'erreur, parce qu'elles ne les portent pas tant à examiner les choses avec soin qu'à en juger ^aver précipitation.

Dans le quatrième livre, j'ai montré que rinclinatloo pour le bien en général est cause de l'inquiétude de U volonté, que l'inquiétude de la volonté met l'esprit dans une agitation continuelle, et qu'un esprit incessamment agité est entièrement incapable de découvrir les vérités un peu cachées; que l'amour des choses nouvelles et extraordinaires nous préoccupe souvent en leur faveur, et que tout ce qui porte le caractère de l'infini est capable d'éblouir notre imagination et de nous séduire. J'ai expliqué comment J'ioclination que nous avons pour la grandeur, l'élévation et l'indépendance nous engage insensiblement dans la fausse érudition, ou dans l'étude de toutes ces sciences vaines et inutiles qui flattent notre orgueil secret, parce qu'elles nous fonladmirer du commun des hommes. J'ai montré que l'inclination pour les plaisirs détourne sans cesse la vue de l'esprit de la contemplation des vérités abstraites, qui sont les plus simples et les plus fécondes, et qu'elle ne lui permet pas de considérer aucune chose avec assez d'attention et de désintéressement pour en bien juger; que les plaisirs étant des manières d'ôtrc de notre âme, ils partagent nécessairement la capacité de l'esprit, et qu'un esprit

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