CHAPITRE XVI
I. Qae tes erreurs de nos sens nous servent de principes généraux et fort féconds pour tirer de fausses conclusions, lesquelles servent de principes à leur tour. — IL Origine des différenoes essentielles. — m. Des formes substantielles. — IV. De quelques autres erreurs de la philosophie de Técole.
I. On a, ce me semble, expliqué suffisamment pour des personnes qui ne sont point préoccupées et qui sont capables de quelque attention d'esprit, en quoi consistent nos sensations et les erreurs générales qui s'y trourenU II est maintenant à propos de montrer qu'on s'est servi de ces erreurs générales comme de principes incontestables pour expliquer toutes choses; qu'on en a tiré une infinité de fausses conséquences qui ont aussi à leur tour servi de principes pour tirer d'autres conséquences, et qu'ainsi on a composé peu à peu ces , sciences imaginaires sans corps et sans réalité après lesquelles on court aveuglément, mais qui, semblables à des fantômes, ne laissent autre chose à ceux qui les embrassent que la confusion et la honte de s'ôtre laissé séduire^ ou ce caractère de folie qui fait qu'on prend plaisir à se repaître d'illusions et de chimères. €'est ce qu'il faut montrer en particulier par des exemples.
On a déjà dit que nous avions coutume d'attribuer aux objets nos propres sensations, et que nous jugions que les couleurs, les odeurs, les saveurs et les autres
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qualités sen<^ibles se trouvaient dans Ie$ corps que nousappelons colorés, odoriférante), savoureux, et ainsi des aatre<i. On a reconnu que c'est une erreur. Il faut présentement montrer que nous nous servons de cette erreur comme d'un principe pour tirer de fausses conséquences, et qu'ensuite nous regardons ces dernières conséquences comme d'autres principes sur lesquels nous continuons d'appuyer nos raisonnements. En un mot, il faut exposer ici les démarches que fait l'esprit humain dans la recherche de quelques vérités particulières lorsque ce faux principe, que nos sensations sont dans les objets, lui parait incontestable.
Mais, afin de rendre ceci plus sensible, prenons quelque corps en particulier dont on rechercherait la nature, et voyons ce que ferait un homme qui voudrait, par exemple, connaître ce que c est que du miel et du sel. La première chose que ferait cet homme serait d'en examiner la couleur, l'odeur, la saveur, et les autres qualités sensibles, quelles sont celles du miel et celles du sel, en quoi elles conviennent, en quoi elles diffèrent, et le rapport qu'elles peuvent encore avoir avec celles des autres corps. Cela fait, voici à peu près la manière dont il raisonnerait; supposé qu'il crût comme un principe incontestable que les sensations fussent dans les objets des sens.
IL Toutes les choses que je sens en goûtant, eu voyant et en maniant ce miel et ce sel sont dans ce miel et dans ce sel. Or il est indubitable que ce que je sens dans le miel diffère essentiellement de ce que je sens dans le sel. La blancheur du sel diffère sans doute bien davantage que du plus et du moins de la couleur du miel, et la douceur du miel de la saveur piquante du sel: et par cobséquent, il faut qu'il y ait une différence essenlielle entre le miel et le sel; puisque tout ce que je sens dans l'un cl dans l'autre ne diffère pas seule-