‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 64 sur 415 · LIVRE PREMIER. il · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. il

toujours combattre et que toutes choses ont un lieu de repos, il faut sans doute que le feu, par exempte, ait son centre, où il tâche toujours d'aller par sa légèreté et par son inclinaiion naturelle, afin de se reposer, de ne brûler plus, et de quitter même sst chaleur qu'il ne gardait ici-bas que pour sa défense.

Yoilà une petite partie des conséquences que Ton tire de ce dernier principe, qu'il y a des formes substantielles, lesquelles conséquences on a fait conclure à notre philosophe avec un peu trop de liberté, car d'ordinaire les autres disent ces mêmes cho^s plus sérieusement qu'il n'a fai^ ici.

Il 7 a encore une infinité d'autres conséquences que tire tous les jours chaque philosophe, selon son humeur et son inclination, selon la fécondité ou la stérilité de son imagination ; car ce ne sont que ces choses qui les font différer les uns des autres.

On ne s'arrête point ici à combattre ces substances chimériques, d'autres personnes les ont assez examinées. Us ont assez fait voir que les formes substantielles ne furent jamais dans la nature, et qu'elles servent à tirer un très-grand nombre de conséquences fausses, ridicules et même contradictoires. On se contente d'avoir reconnu leur origine dans l'esprit de l'homme, et qu'elles doivent ce qu'elles sont aujourd'hui à ce préjugé commun à tous les hommes que ks sensations sont dans les objets qu'ils sentent K Car si l'on considère avec un peu d'attention ce que nous avons déjà dit, savoir, qu'il est nécessaire pour la conservation du corps que nous ayons des sensations essentiellement différentes, quoique les impressions que les objets font sur notre corps ne diffèrent que très-peu, on verra clairement que c'est à tort qu'on s'imagine de si grandes différences dans les objets de nos sens.

> Ch. 10, art. S.

Mais il faut que je dise ici eu passant qu'on ne trouve rien à redire à ces ternies de forme et de di/férence essentielle. Le miel est sans doule miel par sa forme et c'est ainsi qu'il diffère essentiellement du sel ; mais cette forme ou «cette différence essentielle ne consiste que dans la différente configuration de ses parties. C'est cette différente configuration qui fait que le miel est miel et que le sel est sel ; et quoiqu'il ne soit qu'accidentel à la matière en général d'avoir la configuration des parties du miel ou du sel, et ainsi d'avoir la forme du miel ou du sel, on peut dire cependant qu'il est essentiel au miel et au. sel, pour être ce qu'ils sont, d'avoir une telle ou telle configuration dans leurs parties : de même que les sensations de froid, de chaudi du plaisir et de la douleur ne sont point essentielles à l'âme, mais seulement à l'âme qui les sent ; parce que c'est par ces sensations qu'elle est appelée à sentir du chaud, du froid^ du plaisir et de la douleur.

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