‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 84 sur 415 · III · texte numérisé non relu

III

Parce que cette vue sensible poussant avec effort les esprits animaux dans les parties du corps qui répondent à celles que Ton voit blesser, ils font une plus grande impression dans les fibres d'un corps délicat que dans celles d'un corps fort et robuste.-

Ainsi les hommes qui sont pleins de force et de vigueur ne sont point blessés par la vue de quelque massacre, et ils ne sont pas tant portés à la compassion à cause que cette vue choque leur corps que parce qu'elle choque leur raison. Ces personnes n'ont point de compassion pour les criminels ; ils sont inûexibles et inexorables. Mais pour les femmes et les enfants, ils souffrent beaucoup de peine par les blessures qu'ils voient recevoir à d'autres. Us ont machinalement beaucoup de compassion des misérables, et ils ne peuvent même voir battre ni entendre crier une hôte sans quelque inquiétude d'esprit.

Pour les enfants qui sont encore dans le sein de leur mère, la délicatesse des libres de leur chair étant in-^ finiment plus grande que celle des femmes et des enfants, le cours des esprits y doit produire des changements plus considérables, comme on le verra dans la suite.

On regardera encore ce que je viens de dire comme une simple supposition si on le souhaite ainsi ; mais on doit tâcher de la bien comprendre, si on veut concevoir distinctement les choses que je prétends expliquer dans ce chapitre. Car les deux suppositions que je viens de faire sont les principes d'une infinité de choses que l'on croit ordinairement fort difficiles et fort cachées, et qu'il me parait en effet impossible d'éclaircir sans recevoir ces suppositions. Voici des exemples.

m. II y a environ sept ou huit ans, que l'on voyait aux Incurables un jeune homme qui était né fou, et

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