‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 87 sur 415 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

très-utile à la propagation du corps humain ou à la formation du fœtus^ et elle est absolument nécessaire à la transmission de certaines dispositions du cerveau qui doivent être différentes en différents temps et en différents pays ; car il est nécessaire par exemple que les agneaux aient dans de certains pays le cerveau tout à fait disposé à fuir les loups, à cause qu'il y en a beaucoup en ces lieux et qu'ils sont fort à craindre pour eux.

11 est vrai que cette communication du cerveau de la mère avec celui de son enfant a quelquefois de mauvaises suites, lorsque les mères se laissent surprendre par quelque passion violente. Cependant il me semble que sans cette communication les femmes et les animaux ne pourraient pas facilement engendrer des petits de même espèce. Car encore que l'on puisse donner quelque raison de la formation du fœtus en gé* néral, comme M. Descartes Ta tenté assez heureusement, cependant il est très-difficile, sans cette communication du cerveau de la mère avec celui de l'enfant, d'expliquer comment une cavale n'engendre point un bœuf, et une poule un œuf qui contienne une petite perdrix ou quelque oiseau d'une nouvelle espèce, et je crois que ceux qui ont médité sur la formation du fœtus seront de ce sentiment.

Il est vrai que la pensée la plus raisonnable el la plus conforme à l'expérience sur cette question très-difficile de la formation du fœtus, c'est* que les enfants sont déjà presque tout formés avant môme l'action par laquelle ils sont. conçus, et que leurs mères ne font quô leur donner l'accroissement ordinaire dans le temps

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100 RECnERCHE DE LA VÂRITÉ.

ser?ent à sa nourriture à se ranger à peu près de la même manière que dans le corps de la mère, c'est-àdire à rendre l'enfant semblable à la mère ou de même espèce qu'elle. Gela parait assez par les accidents qui arrivent lorsque l'imagination de la mère se dérègle et que quelque passion violente change la disposition naturelle de son cerveau ; car alors, comme nous venons d'expliquer, celte communication change la conformation du corps de Tenfant, et les mères avortent quelquefois des fœtus d'autant plus semblables aux fruits qu'elles ont désirés que les esprits trouvent moins de résistance dans les fibres du corps de l'enfant.

On ne nie pas cependant que Dieu> sans cette corn* munication dont nous venons de parler, n'ait pu disposer d'une manière si exacte et si régulière toutes les choses qui sont nécessaires à la propagation de l'espèce pour des siècles infinis, que les mères n'eussent jamais avorté et même qu'elles eussent toujours eu des. en* fants de même grandeur et de môme couleur, en un mot tels qu'on les eût pris l'un pour l'autre ; car nous ne devons pas mesurer la puissance de Dieu par notre faible imagination, et nous ne savons point les raisons qu'il a pu avoir dans la construction de son ouvrage.

Nous voyons tous les jours que sans le secours de cette communication les plantes et les arbres produisent assez régulièrement leurs semblables, et que les oiseaux et beaucoup d'autres animaux n'en ont pas besoin pour faire croître et éclore d'autres petits lorsqu'ils couvent des œufs de différente espèce : comme lorsqu'une poule couve des œufs de perdrix; car quoique l'on ait raison de penser que les œufs contiennent

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