Ad. ApoKt., c
dans l'esprit et se découvrir à lui. Il n'y a que Dieu que nous voyions d'une vue immédiate et directe ; il n'y a que lui qui puisse éclairer l'esprit par sa propre substance. Enfin , dans cette vie , ce n'est que par l'union que nous avons avec lui que nous sommes capables de connaître ce que nous connaissons, ainsi que nous l'avons expliqué dans le chapitre précédent ; car c'est notre seul maître qui préside à notre esprit , selon saint Augustin , sans l'entremise d'aucune créature *.
On ne peut concevoir que quelque chose de créé puisse représenter l'infini, que l'être sans restriction, l'être immense, l'être universel puisse être aperçu par une idée, c'est-à-dire par un être I particulier, par un être différent de l'être universel et infini ; mais, I pour les êtres particuliers, il n'est pas difficile de concevoir qu'ils ; puissent être représentés par l'être infini qui les renferme dans sa ' substance très-efficace et par conséquent très-intelligible. Ainsi il est nécessaire de dire que l'on connaît Dieu par lui-même, quoique la connaissance que l'on en a en cette vie soit très-imparfaite; et que l'on connaît les choses corporelles par leurs idées, c'est-à-dire en Dieu , puisqu'il n'y a que Dieu qui renferme le monde intelligible, où se trouvent les idées de toutes choses.
Mais encore que l'on puisse voir toutes choses en Dieu; il ne s'ensuit pas qu'on les y voie toutes : on ne voit en Dieu que les choses dont on a des idées, et il y a des choses que l'on voit sans idées.
IIL Toutes les choses qui sont en cç monde, dont nous ayons quelque connaissance, sont des corps ou des esprits : propriétés de corps, propriétés d'esprits. On ne peut douter que l'on ne voie les corps avec leurs propriétés par leurs idées, parce que n'étant pas intelligibles par eux-mêmes, nous ne les pouvons voir que dafts l'être qui les renferme d'une manière intelligible. Ainsi c'est en Dieu et par leurs idées que nous voyons les corps avec leurs propriétés, et c'est pour cela que la connaissance que nous en avons i est très-parfaite : je veux dire que l'idée que nous avons de Fé- I tendue suffit pour nous faire connaître toutes les propriétés dont { l'étendue est capable, et que nous ne pouvons désirer d'avoir une '^ idée plus distincte et plus féconde de l'étendue, ^es figures et des mouvements que celle que Dieu nous en donne.
Comme les idées des choses qui sont en Dieu renferment toutes leurs propriétés, qui en voit les idées en peut voir successivement toutes les propriétés ; car, lorsqu'on voit les choses comme elles
1. Humanis mentibus null.i intQrposita natiira prsesidet. Anp. itlt. Dr rer,i refif/. c. 55.
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sont en Dieu, on les voit toujours d'unis manière très-{)arraite , et elle serait infiniment parfaite si l'esprit qui les y voit était infini. Ce qui manque à la connaissance que nous avons de l'étendue, des ligures et des mouvements n'est point un défaut de l'idée qui ta représente, mais de notre esprit qui la considère.
IV. Il n'en est pas de même de l'âme : nous ne la connaissons point par son idée ; nous ne la voyons point en Dieu ; .nous ne Ip connaissons que par conscience, et c'est pour cela que la connaissance que nous en avons est imparfaite ; nous ne savons de notre àme que ce que nous sentons se passer en nous. Si nous n'avions jamais senti de douleur, de chaleur» de lumière, etc., nous ne pourrions savoir si notre urne en serait. capable, parce que nous ne la connaissons point par son idée ^. Mais si. nous voyions en Dieu ridée qui répond à notre âme, nous connaîtrions en môme temps ou nous pourrions connaître toutes les propriétés dont elle est capable; comme nous connaissons ou nous pouvons connaître toutes les propriétés dont l'étendue est capable, parce que nous connais^ sons l'étendue par son idée.
Il est vrai que nous connaissons assez par notre . conscience ou par le sentiment intérieur que nous avons de nous-mêmes que noire âme est quelque chose de grand, mais il se peut faire que ce que nous en connaissons ne soit presque rien de ce qu'elle est en eile-méme. Si on ne connaissait de la matière que vingt ou trente figures dont elle aurait été modifiée, certainement on n'en connaîtrait presque rien, en comparaison de ce que l'on en connaît par ridée qui la représente. Il ne suffit donc pas pour connaître par^ faitement l'âme de savoir ce que nous en savons par le seul sentiment intérieur, » puisque la conscience que nous avons de nousmènid^ ne nous montre peut-être que la moindre partie de' notre être. *
On peut coBclure de ce que nous venons de dire qu'encore que nous connaissions plus distinctement l'existence de notre âme que l'existence de notre corps et de ceux qui nous environnent, cependant nous n'avons pas une connaissance si parfaite de la nature* de 1 ame que de la nature des corps, et cela peut servir à accorder les différents sentiments de ceux qui disent qu'il n'y a rien qu'on connaisse mieux que l'âme, et de ceux qui assurent qu'il n'y a rien qu'ils connaissent moins.
Cela peut aussi servir à prouver que les idées qui nous représentent quelque chose hors de nous ne sont point des modifications de notre âme ; car si l'âme voyait toutes choses, en considérant ses '