Scrm. 39, de natali Dimùni
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nière conséquence de bien savoir, qu'ils n'y pensent presque jamais comme ils le doivent. Peu de gens voient la beauté de TËvangile; peu de gens conçoivent la solidité et ta nécessité dès conseils de Jésus-Christ; peu lesmédilent, peu s'en nourrissent et s'en fortifient , l'agitation continuelle de la volonté qui cherche le goût du bien ne permettant pas que l'on s'arrête à des vérités qui é^emblent l'en priver. Voici une autre preuve de ce que je dis.
IV. Les impies doivent sans doute se mettre fort en peine de savoir si leur âme est mortelle, comme ils le pensent, ou si elle est immortelle, comme la foi et la raison nous l'apprennent. C'est là une chose de la dernière conséquence pour eux , il y va de leur éternité , et le repos même de leur esprit en dépend. D'où vient donc qu'ils ne le savent pas, ou qu*ils demeurent dans le doute, si ce n'est qu'ils ne sont pas capables d'une attention un peu sérieuse, et que leur volonté inquiète et corrompue ne permet pas à leur esprit de regarder fixement les raisons, qui sont contraires &ux sentiments qu'ils voudraient être véritables? Car enfin est-ce une chose si difficile à reconnaître que la différence qu'il y a entre l'âme et le corps, entre ce qui pense et ce qui est étendu? Faut-il apporter une si grande attention d'esprit pour voir qu'une pensée n'est rien de rond ni de carré , que l'étendue n'est capable que de différentes figures et de différents mouvements, et non pas île pensée et de raisonnement, et qu'ainsi ce qui pense et ce qui est étendu sont deux êtres tout à-fait opposés? Cependant cela seul suffit pour démontrer que l'âme est immortelle , et qu'elle ne peut périr quand même le corps serait anéanti.
Lorsqu*une substance périt , il est vrai que les modes ou les manières d*étre de cette substance périssent avec elle. Si un morceau de cire était anéanti , il est vrai que les figures de cette cire seraient aussi anéanties avec elle, parce que la rondeur, par exemple, delà cire, n'est en effet que la cire même d'une telle façon ; ainsi elle ne peut subsister sans la cire. Mais quand Dieu détruirait toute la cire qui est au monde , il ne s'ensuivrait pas pourtant de là qu'aucune autre substance ni que les modes d'aucune autre substance fussent anéantis. Toutes les pierres, par exemple, subsisteraient avec tous leurs modes , parce que les pierres sont des substances ou des êtres , et non pas des manières d'être de la cire.
De même , quand Dieu anéantirait la moitié de quelque corps, il ne s'ensuivrait pas que l'autre moitié fât anéantie. Cette dernière moitié estunie avec l'autre, mais elle n'est pas une avec elle. Ainsi, une moitié étant anéantie, il s'ensuit bien, selon la lumière de la raison , que l'autre moitié n'y a plus de rapixirt, mais il ne s'ensuit
Des INCLIK axions , etc. SOt
l>as qu'elle ne soit plus, puisque son être étant différent, il ne peut être réduit au néant par l'anéantissement de Tautre. Il est donc clair que la pensée n'étant point la modification de l'étendue, notre âme n'est point anéantie , quand même on supposerait que la mort anéantirait notre corps. '
Mais on n'a pas raison de s'imaginer que le corps même soit anéanti lorsqu'il est détruit. Les parties qui le composent se dissipent en vapeurs et se résolvent en poussière : on ne les voit plus et on ne les reconnaît plus. Il est vrai , mais on n'en doit pas con* dure qu'elles ne sont plus, car l'esprit les aperçoit toujours. Si l'on sépare un grain de moutarde en deux , en quatre , en vingt parties, on l'anéantit à nos yeux, car on ne le voit plus; mais on ne l'anéantit pas en lui-même, on ne l'anéantit pas à l'esprit, car l'esprit, le voit, quand même on le diviserait en mille ou cent mille parties.
C'est une notion commune à tout homme qui se sert plutôt de sa raison que de ses sens^ que rien ne peut s'anéantir par les forces ordinaires de la nature ; car de même qu'il ne se peut faire naturellenaent quelque chose de rien , il ne se peut faire aussi qu'une substance ou qu'un être devienne rien. Le passage de l'être au néant, ou du néant à l'être, est également impossible. Les corps peuvent donc se corrompre, si l'on veut appeler corruption les changements qui leur arrivent, mais ils ne peuvent pas s'anéantir. Ce qui est rond peut devenir carré , ce qui est chair peut devenir terre, vapeur, et tout ce qu'il vous plaira, car toute étendue est capable de toute sorte de configuration ; mais la substance de ce qui est rond et de ce qui est chair ne peut périr. Il y a certaines lois établies dans la nature , selon lesquelles les corps changent successivement de formes , parce que la variété successive de ces formes fait la beauté de l'univers, et donne de l'admiration pour son auteur; mais il n'y a point de loi dans la nature pour l'anéantissement d'aucun être , parce que le néant n'a rien de beau ni rien de bon , et que l'auteur de la nature aime son ouvrage. Les corps peuvent donc changer, mais ils ne peuvent pas périr.
Mais si en s'arrêtant au rapport de ses sens on veut soutenir avec opiniâtreté que la résolution des corps est un véritable anéantissement, à cause que les parties dans lesquelles ils se résolvent sont imperceptibles à nos yeux ; qu'on se souvienne au moins que les corps ne peuvent se diviser en ces parties imperceptibles que parce qu'ils sont étendus; car si lesprit n'est point étendu il ne sera pas divisible, et s'il n'est pas divisible il faudra demeurer d'accord qu'en ce sens il ne sera pas corruptible. Mais comment pourrait-on s'imaginer que l'esprit fût étendu et divisible? On peut par une ligne
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droite couper un carré en deux Iriangles ; en deux parallélogrammes, en deux trapèzes , mais par quelle ligne peut-on concevoir qu'un plaisir , qu'une douleur, qu'un désir se puissent couper, et quelle figure résulterait de cette division? Certainement je ne crois pas que l'imagination soit assez féconde en fausses idées pour se satisfaire là-dessus.
L'esprit n'est donc point étendu , il n'est point divisible, il n'est point susceptible des mêmes changements-que le corps ; néanmoins il faut tomber d'accord qu'il n'est pas immuable par sa nature. Si le corps est capable d'un nombre infini de différentes figures et de différentes configurations, l'esprit est aussi capable d'un nombre infini de différentes idées et de difiérentes modifications. Gomme après notre mort la substance de notre chair se résoudra en terre, en vapeurs, et en une infinité d'autres corps sans s'anéantir, de même notre âme , sans rentrer dans le néant, aura des pensées et des sentiments bien différents de ceux qu'elle a pendant cette vie. 11 est nécessaire, maintenant que nous vivons, que notre corps soit composé de chair et d'os; il est aussi nécessaire pour vivre que notre âme ait les idées et les sentiments qu'elle a par rapport au corps auquel elle est unie. Mais lorsqu'elle sera séparée de son corps, elle sera en pleine liberté de recevoir de toutes sortes d'idées et de modifications bien différentes de celles qu'elle a présentement , comme notre corps de son côté sera capable de recevoir de toutes sortes de figures et de configurations bien différentes de celles qu'il est nécessaire qu'il ait pour être le corps d'un homme vivant.
Les choses que je viens de dire font ce me semble assez voir que l'immortalité de l'âme n'est pas une chose si difficile à comprendre. D'où peut donc venir que tant de gens en doutent , si ce n'est qu'il ne leur plaît pas d'apporter aux raisons qui la prouvent le peu d'attention qui est nécessaire pour s'en convaincre? Et d'où vient qu'ils ne le veulent pas, si ce n'est que leur volonté étant inquiète et inconstante agite sans cesse leur entendement, de sorte qu'il n'a pas le loisir d'apercevoir distinctement les idées mêmes qui lui sont les plus présentes, comme sont celles de la pensée et de l'étendue ; de même qu'un homme agité par quelque passion , et qui tourne incessamment les yeux de tous côtés , ne distingue pas le plus souvent les objets les plus proches et les plus exposés à sa vue ; car enfin la question de l'immortalité de l'âme est une des questions les plus faciles à résoudre, lorsque sans écouler son imagination l'on considère avec quelque attention d'esprit l'idée claire et distincte dei'étendueetle rapport qu'elle peut avoir avec la pensée?
Si l'inconstance et la légèreté de notre volon0 ne permet pas à
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notre eatendemeat do pénétrer le fond des choses qui lui sont très* présentes et quMl nous- est de la dernière conséquence de savoir ; il est facile de juger qu'elle nous permettra encore moins de méditer celles qui sont éloignées et qui n'ont aucun rapport à nous. De sorte que si nous sommes dans une ignorance très-grossière de la plupart des choses qu'il nous est très-nécessaire de savoir, nous ne serons pas fort éclairés dans celles qui nous paraissent entièrement vaines et inutiles.
Il n'est pas fort nécessaire que je m'arrête à prouver ceci par des exemples ennuyeux et fim ne renferment point de vérités considérables, car s'il y a des choses que Ton doive ignorer ce sont celles qui ne servent à rien. Quoiqu'il y ait peu de gens qui s'appliquent sérieusement à des choses entièrement vaines et inutiles, il n y en a encore que trop ; mais il ne peut y avoir trop de gens qui ne s'y appliquent pas et qui les méprisent, pourvu seulement qu'ils n'en jugent pas. Ce n'est pas un défaut a un esprit borné que de ne pas savoir certaines choses , c'est seulement un défaut d'en juger. L'ignorance est un mal nécessaire, mais on peut et on doit éviter Terreur. Ainsi je ne condamne pas dans les hommes Tignorance de beaucoup de choses, mais seulement les jugements téméraires qu'ils en portent.
V. Lorsque les choses ont beaucoup de rapport à nous , qu'elles sont sensibles et qu'elles tombent aisément sous l'imagination, l'on peut dire que l'esprit s'y applique et qu'il en peut avoir quelque connaissance. Car lorsque nous savons que des choses ont rapport à nous, nous y pensons avec quelque inclination ; et lorsque nous sentons qu'elles nous touchent, nous nous y appliquons avec plaisir. De sorte que nous devrions être plus savants que nous ne sommes dans beaucoup de choses , si l'inquiétude et l'agitation de notre volonté ne troublait et ne fatiguait sans cesse notre attention.
Mais lorsque les choses sont abstraites et peu sensibles, nous n'en pouvons que difficilement avoir quelque connaissance assurée, non que les vérités abstraites soient d'elles-mêmes fort embarrassées, mais à cause que l'attention et la vue de l'esprit commence et finit d'ordinaire en même temps que la vue sensible des objets, parce que Ton ne pense qu'à ce que Ton voit et que l'on sent, et qu'autant de temps qu'on le voit et qu'on le sent.
Il est certain que si l'esprit pouvait facilement s'appliquer aux idées claires et distinctes sans être comme soutenu par quelque sentiment, et si l'inquiétude de la volonté ne détournait point sans cesse son application^ nous ne trouverions pas de fort grandes difïirnltés dans une infinité de questions naturelles que nous regardons
comme inexplicables, et nous pourrions en peu de temps nous délivrer de notre ignorance et de nos erreurs à leur égard.
C'est, par exemple^ une vérité incontestable à tout homme qui fait usage de son esprit que la création et l'anéantissement surpassent les forces ordinaires de la nature. Si Ton demeurait donc attentif à cette notion pure de l'esprit et de la raison, on n'admettrait pas avec tant de facilité la création et l'anéantissement d'un nombre intini de nouveaux êtres, comme des formes substantielles, des qualités et des facultés réelles, etc. On chercherait dans les idées distinctes que Ton a de l'étendue , de la figure et du mouvement , la raison des effets naturels; ce qui n'est pas toujours si difficile qu*on se l'imagine, car toutes les choses de la nature se tiennent et se prouvent les unes les autres.
Les effets du feu, comme ceux des canons et des mines, sont fort surprenants et leur cause est assez cachée. Néanmoins si les hommes, au lieu de s'arrêter aux impressions de leurs sens et à quelques expériences fausses ou trompeuses , s'arrêtaient fortement à cette seule notion de l'esprit pur, qu'il n'est pas possible qu'un corps qui est très-peu agité produise un mouvement violent, puisqu'il n'en peut pas donner plus qu'il n'en a lui-même, il serait facile de cela seul de conclure quMl y a une matière subtile et invisible, qu'elle est très-agitée, qu'elle est répandue généralement dans tous les corps, et plusieurs autres choses semblables qui bous feraient connaître la nature du feu et qui nous serviraient encore à découvrir d'autres vérités plus cachées.
Car puisqu'il se fait de si grands mouvements dans un canon et dans une mine et que tous les corps visibles qui les environnent ne sont point dans une assez grande agitation pour les produire, c'est une preuve certaine qu'il y en a d'autres invisibles et insensibles qui ont pour le moins autant d'agitation que le boulet de canon, mats qui étant très-subtils et très-déliés peuvent tout seuls passer librement et sans rien rompre par les pores du canon avant que le feu y soit, c'est-à-dire, comme on le peut voir expliqué plus au long et avec assez de vraisemblance dans M. Descartes S avant qu'ils aient entouré les parties dures et grossières du salpêtre dont la poudre est composée. Mais lorsque le feu y est, c'est-à-dire lorsque ces parties très-subtiles et très-agitées ont environné les parties grossières et solides du salpêtre et leur ont ainsi communiqué leur mouvement très-fort et très-violent, alors il est nécessaire que tout crève , parce que les pores du canon , qui laissaient des passages libres de tous côtés aux parties subtiles dont nous parlons lors-