‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 141 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Explication particulière de tous les changements qui arrivent au corps

et à l'âme dans les passions»

On peut distinguer sept choses dans chacune de nos passions , excepté dans l'admiration , laquelle aussi n'est qu'une passion imparfaite.

La première chose est lé jugement que l'esprit porte d'un objet, ou plutôt c'est la vue confuse ou distincte du rapport qu'un objet a avec nous.

> La seconde est une actuelle détermination du mouvement de la volonté vers cet objet, supposé qu'il soit ou qu^il paraisse un bien. Avant cette vue, le mouvement naturel de l'ame ou était indéterïniné, c'est-à-dire qu'il se portait vers le bien en général ; ou il était déterminé ailleurs par la connaissance de quelque autre objet particulier. Mais dans le moment que l'esprit aperçoit le rapport que cet objet nouveau a avec lui, ce mouvement général de la volonté

est aussitôt déterminé conformément à ce que l'esprit aperçoit. L^âme s'approche de cet objet par son amour, afin de le goûter et de reconnaître son bien par le sentiment de douceur que l'auteur de la nature lui donne comme une récompense naturelle de ce qu'elle se porte au bien. Elle jugeait que cet objet était un bien par une raison abstraite et qui ne la touchait pas; mais elle en demeure convaincue par l'efficace du sentiment, et plus ce sentiment est vif, plus elle s'attache au bien qui semble lé produire.

Mais si cet objet particulier est considéré comme mauvais ou comme capable de nous priver de quelque bien, il n'arrive point de nouvelle détermination au mouvement de la volonté, mais seulement une augmentation de mouvement vers le bien opposé à cet objet qui paraît mauvais, laquelle augmentation est d'autant plus grande que le mal parait plus à craindre. Car, en effet, on ne hait que parce que l'on aime, et le mal qui est hors de nous n'est jugé mal que par rapport au bien dont il nous prive. Ainsi le mal étant considéré comme la privation du bien, fuir le mal c'est fuir la privation du bien, c'est-à-dire tendre vers le bien. Il n'arrive donc point de nouvelle détermination dans le mouvement naturel de la volonté à la rencontre d'un objet qui nous déplaît, mais seulement un sentiment de douleur , de dégoût ou d'amertume, que l'auteur de la nature imprime en l'âme comme une peine naturelle de ce qu'elle est privée du bien ^ La raison toute seule ne suffisait pas pour l'y porter , il fallait encore ce sentiment affligeant et pénible pour I9 réveiller. Ainsi dans toutes les passions, tous les mouvements de l'âme vers le bien ne sont que des mouvements d'amour. Mais parce qu'on est touché de divers sentiments selon les différentes circonstances qui accompagnent la vue du bien et le mouvement de l'âme vers le bien , on confond les sentiments avec les émotions de l'âme, et on imagine autant de différents mouvements dans les pas^ sions qu'il y a de différents sentiments.

Or, il faut ici remarquer qu§ la douleur est un mal réel et véritable , et qu'elle n'est pas plus la privation du plaisir que le plaisir est la privation de la douleur; car il y a différence entre ne point sentir de plaisir ou être privé du sentiment de plaisir et souffrir actuellement de la douleur. Ainsi tout mal n'est pas tel précisément à cause qu'il nous prive du bien, mais seulement, comme je me suis expliqué, le mal qui est hors de nous et qui n'est point une

1. Avant le péché ce sentiment n'était point une peine, mais seulement un avertissement, parce que, comme j'ai déjà dit, Adam pouvait, lorsqu'il le voulnit, arrêter le mouvement des esprits animaux qui causaient la douleur. Ainsi s'il sentait de la douleur, c'est qu'il le voulait bien; ou plutôt il n'en sentait point, parce qu'il n'en voulait point sentir.

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iDaoière d'être qui soit en nous. Néanmoins , comme par les biens et les maux on entend d'ordinaire les choses bonnes et mauvaises , et non pas les sentiments de plaisir et de douleur, qui sont plutôt les marques naturelles par lesquelles l'âme distingue le bien d'avec le mal , il semble qu'on peut dire sans équivoque que le mal n'est que la privation du bien , et que le mouvement naturel de l'âme qui l'éloigné du mal est le même que celui qui la porte au bien. Car enfin , tout mouvement^naturel étant une impression de l'auteur de la nature, qui n'agit que pour lui et qui ne peut nous tourner que vers lui , le véritable mouvement de Tâme' est toujours essentiellement amour du bien, et n'est que par accident fuite du mal. 11 est vrai que la douleur se peut considérer comme un mal ; et en ce sens le mouvement des passions qu'elle excite n'est point réel ; car on ne veut point la douleur ; et si l'on veut positivement que la douleur ne soit pas, c'est qu'on veut positivement la conservaticm ou la perfection de son être.

ha troisième chose qu'on peut remarquer dans chacune de nos passions est le sentiment qui les accompagne, sentiment d'amour, d'aversion, de désir, de joie, de tristesse. Ces sentiments sont toujours différents dans les différentes passions.

La quatrième est une nouvelle détermination du cours des esprits et du sang vers les parties extérieures du corps et vers celles du dedans. Avant la vue de l'objet de la passion , les esprits animaux ] étaient répandus dans tout le corps , pour en conserver générale- \ ment toutes les parties ; mais , à la présence du nouvel objet , toute ', cette économie se trouble. La plupart des esprits sont poussés dans ( les muscles des bras , des jambes , du visage et de toutes les parties

• extérieures du corps , afin de le mettre dans la disposition propre t à la passion qui domine , et de lui donner la contenance et le raou- , vement nécessaire pour l'acquisition du bien ou pour la fuite du

• mal qui se présenté. Que si les forces de l'homme ne lui suffisent pas dans Ig besoin qu'il en a , ces mômes esprits sont distribués de telle manière qu'ils lui font proférer machinalement certaines paroles et certains cris , et qu'ils répandent sur son visage et sur le reste de son corps un certain air capable d'agiter les autres de la même passion doijj; il est ému. Car, comme les hommes et les animaux tiennent ensemble par les yeux et par les oreilles , lorscjue quelqu'un est agité , il ébranle nécessairement tous ceux qui le regardent et qui l'entendent, et il fait naturellement sur leur infiagination une impression qui les trouble et qui les intéresse à sa conservation.

Pour le reste des esprits animaux , il descend avec- violem.'e dans

DES Fassions de l»ame. s87

pur, les poumons, le foie, la rate et les autres viscères , afin rer contribution de toutes ces parties et de les hâter de fournir eu de temps les esprits nécessaires pour conserver le corps

l'action extraordinaire où il doit être, ou pour l'acquisition ien ou pour la fuite du mal.

cinquième est l'émotion sensible de l'ame, qui se sent agitée ^e débordement inopiné d'esprits. Cette émotion sensible de ' accompagne toujours ce mouvement d'esprits , afin qu'elle le part à tout ce qui touche le corps; de môme "que le mount des esprits s'excite dans le corps dès que l'àme est portée ]uelque objet. L'âme étant unie au corps et le corps à Tame , mouvements sont réciproques

sixième sont les sentiments différents d'amour, d'aversion, do de désir, de tristesse , causés nort par la vue intellectuelle du m du mal , comme ceux dont on vient de parler, mais par fférents ébranlements que les esprits animaux causent dans 1b iu.

septième est un certain sentiment de joie , ou plutôt de dountérieure. qui arrête l'âme dans sa passion et qui lui témoigne î est dans l'état où il est à propos qu'elle soit par rapport à

qu|elle considère. Cette douceur intérieure accompagne gément toutes les passions, celles qui naissent de la vue d'un ussi bien que celles qui naissent de la vue d'un bien , la ?e comme la joie. C'est cette douceur qui nous rend toutes ssions agréables, et qui nous porte à y consentir et à nous y onner. Enfin c'est cette douceur qu'il faut vaincre par la doue la grâce et par la joie de la foi et de la raison ; car, comme

de l'esprit résulte toujours de la connaissance certaine ou le que l'on est dans le meilleur état où l'on puisse être par t aux choses qu'on aperçoit, ainsi la douceur des passions e suite naturelle du sentiment confus que l'on a qu'on est 0 meilleur état où l'on puisse être par rapport aux choses m sent. Or il faut vaincre, par la joie de l'esprit et par la ir de la grâce, la fausse douceur de nos passions qui nous 5rlaves des biens sensibles.

es ces choses que nous venons de dire se rencontrent dans les passions, si ce n'est lorsqu'elles s'excitent par des seni confus et que l'esprit n'aperçoit point ni de bien ni de mal puisse causer, car alors il est évident que les trois premières ne s'y rencontrent point, oit aussi que toutes ces choses ne sont point libres , qu'elles

nous sans nous , et même malgré nous , depuis le péché, et

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qu'il n'y a que le consentement de notre volonté qui dépende véritablement de nous. Mais il semble à propos d'expliquer plus au long toutes ces choses et de les rendre plus sensibles par quelques exemples.

Supposons donc qu'un homme reçoive actuellement quelque affront, ou qu'étant naturellement d'une imagination forte et vive ou échauffée par quelque accident , comme par une maladie ou par une retraite de chagrin et de mélancolie , il se figure dans son cabinet que tel, qui ne pense pas même à lui, est en état et dans la volonté de lui nuire , la vue sensible ou l'imagination du rapport des actions de son ennemi avec ses propres desseins sera la première cause de sa passion.

Il n'est pas même absolument nécessaire que cet homme reçoive ou s'imagine recevoir quelque affront, ou trouver quelque opposition dans ses desseins, afin que le mouvement de sa volonté reçoive quelque nouvelle détermination : il suffit pour cela qu'il le pense par Tesprit seul et sans que le corps y ait de part. Mais comme cette nouvelle détermination ne serait pas une détermination de passion , mais une pure inclination très-faible et très-languissante, il faut plutôt supposer que cet homme souffre actuellement quelque grande opposition dans ses desseins, ou qu'il s'imagine fortement qu'on lui en doit faire, que d'en supposer un autre dont les sens et l'imagination n'aient point ou presque point de part à sa connaissance.

La seconde chose que l'on peut considérer dans la passion de cet homme est une augmentation du mouvement de sa volonté vers le bien dont son ennemi réel ou imaginaire lui veut empêcher la possession ; et cette augmentation est d'autant plus grande que l'opposition qu'on lui veut faire lui parait plus forte. Il ne hait d'abord son ennemi que parce qu'il aime le bien; et sa haine est d'autant plus grande que son amour est plus fort, parce que le mouvement de sa volonté dans sa haine n'est en effet ici qu'un mouvement d'amour, le mouvement de l'âme vers le bien n'étant pas différent de celui par lequel on en fuit la privation , comme l'on a déjà dit.

La troisième chose est le sentiment convenable à la passion ; et , dans celle-ci, c'est un sentiment de haine. Le mouvement de la haine est le même que celui de l'amour; mais le sentiment de la haine est tout différent de celui de l'amour, ce que chacun peut savoir par sa propre expérience. Les mouvements sont des actions de la volonté; les sentiments sont des modifications de l'esprit. Les mouvements de la volonté sont les causes naturelles des sentiments de l'esprit , et ces sentiments de l'esprit entretiennent à leur tour les

S de la volonté dans leur détermination. Le sentiment dt en cet homme une suite naturelle du mouvement de qui s'est excité à la vue du mal , et ce mouvement est retenu par le sentiment dont il est cause, ious venons de dire de cet homme lui pourrait arriver ne il n'aurait point de corps; mais, parce qu'il est comiux parties naturellement unies, les mouvements de son [communiquent à son corps , et ceux de son corps à son si la nouvelle détermination du mouvement de sa volonté iturellemenl une nouvelle détermination dans le mouveesprits animaux, laquelle est toujours différente dans passions , quoique le mouvement de Tàme soit presque e même.

rits sont donc poussés avec force dans les bras, les jambes ge , pour donner au corps la disposition nécessaire à la a pour répandre sur le visage Tair que doit avoir un |ue Ton offense, par rapport à toutes les circonstances e qu'il reçoit , et à la qualité ou à la force de celui qui de celui qui la souffre; et cet épanchement des esprits ant plus fort, plus abondant et plus prompt^ que le bien grand., que l'opposition est plus forte, et que le cerveau en vivement frappé.

ic la personne de laquelle nous parlons ne reçoit que par lion quelque injure , ou s'il en reçoit une réelle , mais léqui ne fasse point d'ébranlement considérable dans son , répanchement des esprits animaux sera faible et languis- , il ne sera peut-être pas assez grand pour changer la disdu corps ordinaire et naturelle. Mais si l'injure est atroce )0n imagination soit échauffée , il se fera un grand ébrandans son cerveau , et les esprits se répandront avec tant de [u1ls formeront en un moment sur son visage et sur son 'air et la contenance de la passion qui le domine. S'il est Qrt pour vaincre , son air sera menaçant et fier ; s'il est faible 1 ne puisse résister au mal qui va l'accabler, son air sera ) el soumis : ses gémissements et ses pleurs excitant natuant dans les assistants , et même dans son ennemi , des moûts de compassion , ils en tireront le secours qu'il ne pouvait r de ses propres forces. Il est vrai que si les assistants et mi de ce misérable ont déjà les esprits et les fibres de leur lu ébranlés dun mouvement \iulent et contraire à celui qui itre la compassion dans l'âme, les gémissements de cet homme ont que l'augmenter^ et son mî|lhour serait inévitable s'il de-

J«(J LIVP.R CÎNQl3ÎÈMk.

menralil toujours dans lé même air et dans la même contenance. Mais la nature y a bien pourvu ; car, à la vue de la perte prochaine d'un grand bien , il âe forme naturellement sur le visage des caractères de rage et de désespoir si vifs et si surprenants, qu'ils désarment les plus passionnés et les rendent comme immobiles. Cette vue terrible et inopinée des traits de la mort peints par la main de la nature sur le visage d'un misérable, arrête, dans Tenneml même ^ qui en est frappé , le mouvement des esprits et du sang qui le por- I tait à la vengeance; et, dans ce moment de faveur et d'au- I dience , la nature , retraçant lair humble et soumis sur le visage ( de ce misérable, qui commence à espérer à cause de l'immobilité et ' du changement d'air de son ennemi , les esprits animaux de cet l ennemi reçoivent la détermination dont ils n'étaient pas capables \ un monient auparavant; de sorte qu'il entre machinalement dans ) les mouvements de compassion , qui inclinent naturellement son âme à se rendre aux raisons de la charité et de la miséricorde.

Un homme passionné ne pouvant, sans une grande abondance d'esprits , produire ni conserver dans Son cerveau une image assez vive de son malheur et un ébranlement assez fort pour donner au corps une contenance forcée et extraordinaire , les nerfe qui répondent au dedans du corps de celte personne reçoivent, à la vue de quelque mal , les secousses et les agitations nécessaires pour faire couler dans tous les vaisseaux qui ont communication au cœur les humeurs propres pour produire les esprits que la passion demande. Car les esprits animaux se répandant dans les nerfs qui vont au foie, à la raie , au pancréas , et généralement à tous les viscères , ils les agitent et les secouent, et ils expriment, par leut* agitation, les humeurs que ces parties conservent pour les besoins de la machine. Mdife si ces humeurs coulaient toujours de là même manière dans le cbîur , isi ielles y recevaient une pareille fermentation en divers temjpâ , et si les esprits qui en sont fbrmés montaient également dans le cerveau , on ne vferrait pas des changements si t)romptà dans les mouvements des passions. La vue d'un magistrat, par eiemple , n'arrêterait pas uh instant l'eiiiportement d'un furieuse qui court à la vengeance, et son visage tout ardent de sang et d'esprits ne deviendrait pas tout d'un coup blême et mourant par l'appréhension dé quelque supplice.

Ainsi, pour empêcher que ces humeurs mêlées avec le sang n'entrent toujours de la même manière dans le cœur, il y a des nerfs qui en environnent les artères, lesquels, en se serrant et en se relâchant par l'impres^on que la vue de l'objet et la force de l'imagination produisent dans les esprits , ferment et Ouvrent lo

DES PAiSSIONS DE L'AME. S9l

OS humour-;. Et afin d'empôcher que les mômes humours nt une pareille agitation et uno pareille fermentation ur en divers temps, il y a d'autres nerfs qui en causent 3nts; et ces nerfs, n'étant pas également agités dans les iiouvements des esprits , ne poussent pas le sang avec brce dans les artères. D'autres nerfs répandus dans le istribuent l'air au cœur, en serrant et en relâchant les iu canal qui sert à la respiration , et ils règlent de cetle mientation du sang par rapport aux circonstances de la li domine.

poui* régler avec plus de justesse et de promptitude le esprits, il y a des nerfs qui environnent les artères, tant

montent au cerveau que celles qui conduisent le sanp; les autres parties du corps. De sorte que l'ébranlement lu , qui accompagne la vue inopinée cle quelque circon-

cause de laquelle' il est à propos de changer tous les nts de la passion , détermine subitement le cours des *rs les nerfs qui environnent ces artères, pour fermer par raction le passage au sang qui monte vers le cerveau , et par leur relâchement à celui qui se répand dahs toutes s parties du corps.

tères qui portent le sang vers le cerveau étant libres, et îlles qui le répandent dans tout le reste du corps étant it liées par ces nerfs, la tète doit être toute remplie de le visage ert doit être tout couvert. Mais quelque circonvenant à changer rébranlement du cerveau qui causait ;position dans ces nei'fs , les artères liées se délient et les m contraire se serrent fortement. Ainsi la tête se trouve sang , la pâleur se peint sur le visage, et le peu de sang

du cœur, et que les nerfs dont nous avons parlé y laissent )0ur entretenir la vie , descend presque tout dans les par- 5ses du corps : le cerveau manque d'esprits animaux , et reste du corps est saisi de faiblesse et de tremblement, expliquer et prouver en détail les choses que nous venons , il serait nécessaire de donner une connaissance générale hysique et une particulière du corps humain. Mais ces deux s sont encore trop imparfaites pour conserver toute l'exacque je souhaiterais : outre que si je poussais plus avant latière, cela me conduirait bientôt hors de mon sujet; car il ïlt de donner ici une idée grossière et générale des passions, 1 que cette idée ne soit point fausse. ébt-anlërttertls du cerveau et ces mouvemeilte dii èang et

des esprits sont la quatrième chose qui se trouve dans chacune de nos passions ; et ils produisent la cinquième, qui est rémotion sensible de l'âme.

Dans rinstant que les esprits animaux sont poussés du cerveau dans le reste du corps pour y produire les mouvements propres à entretenir la passion, Tâme est poussée vers le bien qu'elle aperçoit; et cela d'autant plus fortement que les esprits sortent du cerveau avec plus de force, parce que c'est le même ébranlement du cerveau qui agite l'âme et les esprits animaux.

Le mouvement de l'âme vers le bien est d'autant plus grand que la vue du bien est plus sensible ; et le mouvement des esprits qui sortent du cerveau pour se répandre dans le reste du corps est d'autant plus violent que l'ébranlement des fibres du cerveau, causé par l'impression de l'objet ou l'imagination , est plus fort.

Ainsi, ce même ébranlement du cerveau rendant la vue du bien plus sensible , il est nécessaire que l'émotion de l'âme dans les passions augmente avec la même proportion que le mouvement des esprits.

Ces émotions de l'âme ne sont pas différentes de celles qui suivent immédiatement de la vue intellectuelle du bien, desquelles nous avons parlé ; elles sont seulement plus fortes et plus vives, à cause de l'union de l'âme et du corps., et que cette vue qui les produit est sensible.

La sixième chose qui se rencontre est le sentiment de la passion; sentiment d'aipour, d'aversion, de désir, de joie, de tristesse. Ce sentiment n'est point différent de celui dont on a déjà parlé; il est seulement plus vif, parce que le corps y a beaucoup de part. Mais il est toujours suivi d'un certain sentiment de douceur qui nous rend toutes nos passions agréables ; et c'est la dernière chose qui se trouve dans chacune de nos passions , comme nous avons déjà dit.

La cause de ce dernier sentiment est telle. A la vue de l'objet de la passion ou de quelque circonstance nouvelle, une partie des esprits animaux sont poussés de la tête vers les parties extérieures du corps, pour le mettre dans la contenance que demande la passion; et quelques autres esprits descendent avec force dans le cœur, les poumons et les viscères pour en tirer les secours nécessaires, ce que nous avons déjà assez expliqué. Or, il n'arrive jamais que le corps soit dans l'état où il doit être, que l'âme n'en reçoive beaucoup de satisfaction; et il n'arrive jamais que le corps soit dans un état contraire à son bien et à sa conservation que l'âme fie souffre besiucoup de peine. Ainsi, lorsque nous suivons

ivéments de nos passions et que nous n'arrêtons point le les esprits que la vue de Tobjet de la passion cause dans orps , pour le mettre en l'état où il doit être par rapport à ît , rame reçoit par les lois de la nature ce sentiment de r et de satisfaction intérieure, à cause que le corps est dans >ii il doit être. Au contraire, lorsque Tâme, suivant les ie la raison , arrête ce cours des esprits et résiste à ces s, elle souffre de la peine à proportion du mal qui en pouriver au corps.

le même que la réflexion que Tâme fait sur elle est néces- 3nt accompagnée de la joie ou de la tristesse de l'esprit^ et

de la joie ou de la tristesse des sens ; lorsque faisant son et se soumettant aux ordres de Dieu elle reconnaît qu'elle s l'état où elle doit être , ou que s'abandonnant à ses pas- 'lle est touchée de remords qui lui apprennent quelle est ne mauvaise disposition ; ainsi le cours des esprits excité

bien du corps est accompagné de joie ou de tristesse sen-

ensuite de joie ou de tristesse spirituelle, selon que ce cours ts animaux est empêché ou favorisé par la volonté.

il y a cette différence remarquable entre la joie inlellec- [ui accompagne la connaissance claire du bon état de l'âme laisir sensible qui accompagne le sentiment confus de la disposition du corps, que la joie intellectuelle est solide, 'mords, et aussi immuable que la vérité qui la cause ; et que

sensible est presque toujours accompagnée de la tristesse prit ou du remords de la conscience, qu'elle est inquiète et ^constante que la passion ou l'agitation du sang qui la pro- Snfm la première est presque toujours accompagnée d'une ande joie des sens , lorsqu'elle est une suite de la connaisd'un grand bien que l'âme possède ; et l'autre n'est presque

accompagnée de quelque joie de l'esprit, quoiqu'elle soit ite d'un grand bien qui arrive seulement au corps, mais qui itraire au bien de Tâme.

t pourtant vrai que, sans la grâce de Jésus-Christ, la douceur ime goûte en s'abandonnant à ses passions est plus agréable îlle qu'elle ressent en suivant les règles de la raison. Et c'est louceur qui est l'origine de tous les désordres qui ont suivi hé originel ; et elle nous rendrait tous esclaves de nos passi le fils de Dieu ne nous délivrait de leur servitude par la ation de sa grâce. .Car enfin les choses que je viens de dire a joie de l'esprit contre la joie des sens ne sont vraies que

les chrétiens; et elles étaient absolument fausses dans la

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bouche de Sénèque, d'Épicure même, et enfin de tous les philosophes qui paraissaient les plus raisonnables; parce que le joug de Jésus-Christ n'est doux qu'ià ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, et sa charge ne nous semble légère que lorsque sa grâce la porte avec nous.

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