‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 166 sur 174 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

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en a point qui aient en eux-mêmes quelque principe de leur mouvement; il n'y a point aussi de corps composés, puisque les composés supposent les simples qui ne sont point. Ainsi il n'y aurait point de corps. Quelle imagination de déBnir la simplicité des corps par une puissance de se remuer 1 Quelles idées distinctes peut-on attacher à ces mots de corps simples et de corps composés si les corps simples ne sont définis que par rapport à une force de se mouvoir imaginaire? Mais voyons les .conséquences qu'il tire de ces principes. Le mouvement circulaire est un. mouvement simple ; le ciel se meut circulairement : donc son mouvement est simple. Or, le mouvement simple ne peut être que d'un corps simple , c'est-àdire d'un corps qui se meut par ses propres forces : donc le ciel est un corps simple distingué des quatre éléments , qui se meuvent par des lignes droites. Il est assez évident que tout ce raisonnement ne contient que des propositions fausses et absurdes. Examinons ses autres preuves , car il en apporte beaucoup de méchantes pour prouver une chose aussi inutile que fausse.

Sa seconde raison , pour prouver que le ciel est un corps simple distingué des quatre éléments , suppose qu'il y a deux sortes de mouvements, l'un naturel, et l'autre contre la nature ou violent. Mais il est assez évident à tous ceux qui jugent des choses par des idées claires, que les corps n'ayant point eux-mêmes de nature ou de principe de leur mouvement , comme Tentend Aristote , il n'y a point de mouvement violent ou contre la nature. Il est indifférent à tous les corps d'être mus ou de ne l'être pas ; d'être mus d'un côté ou de l'être d'un autre. Mais Aristote , qui juge des choses par les impressions des sens, s'imagine que les corps qui se mettent toujours par les lois de la communication des mouvements en une telle situation à l'égard des autres , s'y mettent par eux-mêmes , parce qu'ils s'y trouvent mieux et que cela est plus conforme à leur nature. Voici donc le raisonnement d'Aristote.

Le mouvement circulaire du ciel est naturel ou contre la nature. S'il lui est naturel comme on vient de dire, le ciel est un corps simple distingué des éléments, puisque les éléments ne se meuvent point circulairement par leur mouvement naturel. Si le mouvement circulaire est contre la nature du ciel, ou le ciel sera quelqu'un des éléments , comme le feu , ou quelque autre chose. Le ciel ne peut être aucun des éléments; car, par exemple, si le ciel était de feu, le mouvement naturel du feu étant de bas en haut, le ciel aurait deux mouvements contraires, le circulaire et celui de bas en haut; ce qui ne se peut, puisqu'un corps ne peut avoir deux mou-

vemeuts contraires. Si le ciel est quelque autre corps qui ne se meuve pas circulairement par sa nature, il aura quelqu'autre mouvement naturel, ce qui ne peut être. Car sMl se meut par sa nature de bas en haut, ce sera du feu ou de Tair; si de haut en bas , ce sera de l'eau ou de la terre : donc, etc. Je ne m'arrête point à faire remarquer en particulier les absurdités de ces raisonnements, je dis seulement en général que ce que dit ici Aristote ne signifie rien de distinct , et qu'il n'y a rien de vrai ni même de concluant. Sa troisième raison est celle-ci :

Le premier et le plus parfait de tous les mouvements simples doit être le mouvement d'un corps simple, et même du premier et du plus parfait des corps simples. Mais le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements simples, parce que toute ligne circulaire est parfaite et qu'il n'y a aucune ligne droite qui le soit. Car si elle est finie, on lui peut ajouter quelque chose ; si infinie, elle n'est point encore parfaite, puisqu'elle n'a point de fin * et que les choses ne sont parfaites que lorsqu'elles sont finies. Donc le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements. Donc le corps qui se meut circulairement est simple, et le premier et le plus divin des corps simples. Voici sa quatrième raison.

Tout mouvement est naturel ou ne Test pas, et tout mouvement qui n'est point naturel à quelques corps est naturel à quelques autres. Nous voyons que les mouvements de haut en bas et de bas en haut qui ne sont point naturels à quelque corps, sont naturels à d'autres, car le feu ne descend point naturellement, mais la terre (Jescend naturellement. Or le mouvement circulaire n'est point naturel aux quatre éléments, il faut donc qu'il y ait un corps simple auquel ce mouvement soit naturel. Donc le ciel qui se meut circulairement est un corps simple distingué des quatre élémenls.

Enfin le mouvement circulaire est naturel ou violent à quelque corps. S'il est naturel , il est évident que ce corps doit être des simples et des plus parfaits. S'il n'est point naturel, il est bien étrange que ce mouvement dure toujours, puisque nous voyons que tous les mouvements qui ne sont point naturels ne durent que fort peu de temps. Il faut donc croire après toutes ces raisons qu'il y a quelque autre corps séparé de tous ceux qui nous environnent qui est d'une nature d'autant plus parfaite qu'il est plus éloigné de nous. Voilà comme raisonne Aristote. Mais je défie le plus intelli-

1. TiXoç et Ti).fitOifont la même équivoque, Tînt et /fn. C.c philosophe prouve ainsi qu'une ligne infinie n'est pas parfaite, à cause qu'elle n'est pas //Htc. II. âJ

5$0 LIVRE SIXIÈUB.

gent de ses interprètes d'attacher des idées distinctes aux termes dont il se sert, et de faire voir que ce philosophe commence par les choses les plus simples avant que de parler des plus composées, ce qui est absolument nécessaire pour raisonner juste, comme je viens de le prouver.

Si je ne craignais point d'être ennuyeux, je traduirais encore quelques chapitres d'Aristole. Mais outre qu'on ne prend guère de plaisir à le lire en français (c'est-à-dire lorsqu'on l'entend) j'ai fait assez voir, par le peu que j'en ai exposé, que sa manière de philosopher est entièrement inutile pour découvrir la vérité. Car puisqu'il dit lui-même dans le cinquième chapitre de ce livre, que ceux qui se trompent d'abord en quelque chose se ti*ompent dix mille fois davantage s'ils avancent beaucoup, étant visible qu'il ne sait ce qu'il dit dans les deux premiers chapitres de son livre, on doit croire qu'il n'est pas sûr de se rendre à son autorité sans examiner ses raisons. Mais afin qu'on en soit encore plus persuadé, je vais faire voir qu'il n'y a point de chapitre dans ce premier livre où il n'y ait quelque impertinence.

Dans le troisième chapitre, il dit que les cieux sont incorruptibles et incapables d'aucune' altération ; il en apporte plusieurs preuves assez badines, comme que c'est la demeure des dieux immortels, et que l'on n'y a jamais remarqué de changement. La dernière de ces preuves serait assez bonne s'il disait que quelqu'un en fût revenu, ou qu'il eût été assez proche des corps célestes pour en remarquer les changements. Mais je ne sais même si présentement on se rendrait à son autorité à cause que les lunettes d'approche nous apprennent le contraire.

Il prétend prouver, dans le quatrième chapitre, que le mouvement circulaire n'a point de contraire. Néanmoins, il est manifeste que le mouvement d'orient en occident est contraire à celui qui se fait d'occident en orient.

Dans le cinquième chapitre il prouve mal que les corps né sont point infinis , parce qu'il tire sa preuve des mouvements des corps simples. Car qui empêche qu'au-dessus de son premier mobile il n'y ait encore quelque étendue qui soit sans mouvement?

Dans le sixième il s'amuse inutilement à prouver que les éléments ne sont pas infinis. Car qui en peut douter, lorsqu'on suppose comme lui qu'ils sont renfermés dans le ciel qui les environne? Mais il se rend ridicule lorsqu'il s'avise de le prouver par leur pesanteur et par leur légèreté. Si les éléments étaient infinis, dit-il, il y aurait une pesanteur et une légèreté infinie , cela ne peur être. Donc, etc. Ceux qui veulent savoir i>lus au long sa preuve peuvent

la lire dans ses livres. Je croirais perdre le temps de la rapporter.

Il continue , dans le septième , de prouver que les corps ne sont pas infinis, et sa première preuve suppose qu'il est nécessaire que tout corps soit en mouvement, ce qu'il ne prouve point et ce qui ne se peut prouver.

Il soutient, dans le huitième, qu'il n'y a point plusieurs mondes de même espèce, par cette plaisante raison , que s'il y avait une autre terre que celle que nous habitons, la terre étant pesante par sa nature, cette terre devrait tomber sur la nôtre, parce que la %6tre est le centre où doivent tomber tous les corps pesants. D'où a-t-il appris cela, que de ses sens?

Dans le neuvième, il prouve qu'il n'est pas même possible qu'il y ait plusieurs mondes, parce que s'il y avait quelque corps audessus du ciel, il serait simple ou composé, dans un état naturel ou violent, ce qui ne peut être, par des raisons qu'il tire des trois espèces de mouvements dont il a déjà parlé.

Il assure, dans le dixième, que le monde est éternel, parce qu'il ne se peut faire qu'il ait commencé d'être et qu'il dure toujours, puisque nous voyons que tout ce qui se fait se corrompt avec le temps. Il a appris ceci de ses sens. Mais qui lui a appris que le monde, durera toujours?

Il emploie le onzième chapitre à expliquer ce que l'on entend par incorruptible, comme si l'équivoque était fort à craindre et qu'il dût faire un grand usage de son explication. Cependant ce terme incorruptible est si clair par lui-même , qu'Aristote ne se met point en peine d'expliquer ni en quel sens il le faut prendre , ni en quel sens il le prend. Il aurait été plus à propos qu'il eût défini une infinité de termes dont il se sert, qui ne réveillent que des idées sensibles, car on aurait peut-être appris quelque chose en lisant ses

ouvrages.

Enfin dans le dernier chapitre de ce premier livre Du ciel, il tâche de faire voir que le monde est incorruptible parce qu'il ne se peut faire qu'il ait commencé et qu'il dure éternellement. Toutes choses, dit-il , subsistent, durant un temps fini ou infini. Mais ce qui n'est infini qu'en un sens n est ni fini ni infini. Donc rien ne peut subsister en cette manière.

Voilà de quelle manière raisonne le ftrince des philosophes et le génie de la nature, lequel, au lieu de faire connaître par des idées claires et distinctes la véritable cause des efiets naturels, établit une philosophie païenne sur les idées fausses et confuses des sens, ou sur des idées trop générales pour être utiles à la recherche de la vérité .

r»32 LIVRE SIXIEME.

Je ne reprends pns ici Aristote de ce qu'il n'a pas su que Dieu a créé le monde dans le temps pour faire connaître sa puissance et la dépendance des créatures; et qu'il no l'anéantira jamais, afin quo l'on sache aussi qu'il est immuable et qu'il ne se repent jamais de ses desseins. Mais je crois pouvoir le reprendre de ce qu'il prouve par des raisons qui n'ont aucune force que le monde est de toute éternité. S'il est quelquefois excusable dans les sentiments qu'il soutient, il n'est presque jamais excusable dans les raisons qu'il apporte lorsqu'il traite des sujets qui renferment quelque difficulté. On en est peut-être déjà persuadé par les choses que je viens de dire, quoique je n'aie pas rapporté toutes les erreurs que j'ai rencontrées dans le livre dont je les ai extraites et que j'aie tâché de le faire parler plus clairement qu'on ne le fait ordinairement.

Mais afin que Ton soit convaincu que le génie de la nature n'en découvrira jamais aux hommes ni les secrets ni les ressorts, il est à propos que je fasse voir que les principes sur lesquels ce philosophe raisonne pour expliquer les effets naturels n'ont aucune solidité.

Il est évident qu'on ne peut rien découvrir dans la physique sj l'on ne commence par les corps les plus simples , c'est-à-dire par les éléments ^ ; car les éléments sont les corps dans lesquels tous les autres se résolvent, parce qu'ils sont contenus en eux ou actuellement ou en puissance : c'est ainsi qu' Aristote les défmit. Mais on ne trouvera point dans les ouvrages d'Aristote, qu'il ait expliqué par une idée distincte ces corps simples dans lesquels il prétend que les autres se résolvent, et par conséquent ses éléments n'étant point clairement connus, il est impossible de découvrir la nature des corps qui en sont composés.

Ce philosophe dit bien qu'il y a quatre éléments, le feu, l'air, l'eau et la terre, mais il n'en fait point clairement connaître la nature ; il n'en donne point d'idée distincte ; il ne veut pas même que ses éléments soient le feu, Tair, l'eaii et la terre que nous voyons; car enfin si cela était, nous en aurions du moins quelque connaissance par nos sens. Il est vrai qu'en plusieurs endroits de ses ouvrages il tâche de les expliquer par les qualités de chaleur et de froideur, d'humidité et de sécheresse, de pesanteur et de légèreté. Mais cette manière de les expliquer est si impertinente et si ridicule qu'on ne peut concevoir comment tant de savants s'en sont contentés. C'est ce que je vais faire voir.

Aristote prétend, dans son livre Du ciel, que la terre est au centre du monde, et que tous les corps qu'il lui plaît d'appeler

1. .Te parle selon le sentiment des p^^ripatéticiens, ch. 3, liv. 3, De eirïo.

simples, à cause qu'il suppose qu'ils se meuvent par leur nature, doivent se remuer par des mouvements simples. Il assure qu'outre le mouvement circulaire qu'il soutient être simple et par qui il prouve que le ciel, qu'il suppose se mouvoir circulairement, est un corps simple, il n'y en a que deux qui soient simples, l'un de haut en bas, ou de la circonférence vers le centre, l'autre de bas en haut, ou du centre vers la circonférence ; que ces mouvements simples conviennent à des corps simples, et par conséquent que la terre et le feu sont des corps simples , dont Tun est tout à fait pesant et l'autre tout à fait léger. Mais parce que la pesanteur et la légèreté peuvent convenir à un corps , ou tout à fait ou en partie , il conclut qu'il y a encore deux éléments ou deux corps simples, dont l'un est léger en partie et l'autre pesant en partie , savoir l'eau et l'air. Voilà comme il prouve qu'il y a quatre éléments et qu'il n'y en a pas davantage.

Il est évident, à ceux qui examinent les opinions des hommes par leur propre raison, que toutes ces propositions sont fausses, ou du moins qu'elles ne peuvent passer pour des principes clairs et incontestables, dont on ait des idées très-claires et très-distinctes et qui puissent servir de fondement à la physique. Il est certain qu'il n'y a rien de plus absurde que de vouloir établir le nombre des éléments par des qualités imaginaires de pesanteur et de légèreté, en disant sans aucune preuve qu'A y a des corps qui sont pesants et d'autres qui sont légers par leur nature. Car, s'il n'y a qu'à parler sans preuve , on pourra dire que tous les corps sont pesants par leur nature et qu'ils sont tous sans efforts pour s'approcher du centre du monde, comme du lieu de leur repos; et l'on pourra soutenir au contraire que tous les corps sont légers par leur nature et qu'ils tendent tous à s'élever vers le ciel comme vers le lieu de leur plus grande perfection. Car si l'on objecte à celui qui dira que tous les corps sont pesants, que l'air et le feu sont légers, il n'aura qu'à répondre que le feu et l'air ne sont point légers , mais qu'ils sont moins pesants que l'eau et la terre et que c'est à cause de cela qu'ils semblent légers. Qu'il en est de même de ces éléments que d'un morceau de bois qui semble léger dans l'eau , non qu'il soit léger de lui-même , puisqu'il tombe en bas lorsqu'il est dans l'air, mais parce que l'eau , quj est plus pesante, prend le dessous et le fait monter.

Si, au contraire, l'on objecte à celui qui soutiendra que tous les corps sont légers par leur nature, que la terre et l'eau sont pesantes, il répondra de même, que ces corps semblent pesants à cause qu'ils ne sont pas si légers que les autres qui les environnent; que (hi

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boîs, par exemple, semble pesant lorsqu'il est dans Faîr, non qn*il soit pesant, puisqu'il monte lorsqu'il est dans Teau, mais parce qu'il n'est pas si léger que l'air.

Il est donc ridicule de supposer comme des principes incontestables, que les corps sont légers ou pesants par leur nature; au contraire, il est évident que tout corps n'a point en soi-même la force de se remuer, et qu'il lui est indifférent d'être mu de haut en bas, ou de bas en haut; d'orient en occident, ou d'occident en orient ; du pôle méridional au septentrional , ou de quelque autre manière qu'on le voudra concevoir.

Mais accordons à Aristote qu'il y a quatre éléments tels qu'il le souhaite , dont il y en a deux pesants et deux autres légers par leur nature , savoir : le feu , l'air, l'eau , et la terre. Quelle conséquence en pourra-t-on tirer pour la connaissance de l'univers? Ces quatre éléments ne sont point le feu , l'arr, l'eau , et la terre que nous voyons; selon lui, c'est autre chose. Nous ne les connaissons point par les sens, et encore moins par la raison, car nous n'en avons aucune idée distincte. Je veux que nous sachions que tous les corps naturels en sont composés, puisqu'Àristote Ta dit; mais la nature de ces corps composés nous est inconnue, et nous ne les pouvons connaître qu'en connaissant les quatre éléments ou les corps simples qui les composent, c^ on ne connaît le composé que par le simple.

Le feu , dit Aristote , est léger par sa nature ; le mouvement de bas en haut est un mouvement simple ; le feu est donc un corps simple , puisque le mouvement doit être proportionné au mobile. Les corps naturels sont composés des corps simples , donc il y a du feu dans tous les corps naturels ; mais un feu qui n'est pts semblable à celui que nous voyotts , car le feu n'est souvent qu'en puissance dans les corps qui en sont composés. Qu'est-ce que ces discours péripatétiques nous apprennent? qu'il y a du feu dans tous les corps, soit actuel, soit potentiel, c'est-à-dire que tous les corps sont composés de quelque chose qu^on he voit point , et dont on ne connaît peint la nature. Nous voilà donc fort avancés.

Mais , si Aristote ne nous fait point connaître la nature du f^u et des autres éléments dont tous les corps sont composés, on pourrait peut-être s'imagmer qu'il nous eh découvre du moins les qualités et" les principales propriétés. Il faut encore examiner ce qu'il en dit.

Il nous déclare^ qd'îl y a quatre qualités principales qiil appartiennent au toucher, la chaleur, la fboideur, l'humidité et la séche-

l. liv. 2, cb. 2 et 3 du De gen. et corrupl.

desquelles toutes les autres sont composées; et il distribue

te sorte ces qualités premières aux quatre éléments : il donne

la chaleur et la sécheresse, à Tair la chaleur et l'humidité,

I la froideur et Thumidité, et à la terre la froideur et la sése ^ Il assure que la chaleur et la froideur sont des qualités i , et que la sécheresse et T humidité sont des qualités pas-

II définit la chaleur, ce quiasmnble les choses de même genre ; leur, ce qui assemble toutes choses, soit de même, soit de di-* mres ; l'humide, ce qui ne se contient pas faeilement dans ses s bornes, mais dans des bornes étrangères; et le sec, ce qui ient facilement dans ses propres bornes et ne s^ accommode pas lent aux bornes des corps qui V environnent.

i , selon Aristote , le feu est un élément chaud et sec; c'est n élément qui assemble les choses de même nature et qui se it facilement dans ses propres bornes , et difficilement dans mes étrangères. L'air est un élément chaud el humide ; c'est n élément qui assemble les choses de même genre , et qui ontient pas facilement dans ses propres bornes , mais dans rnes étrangères. L'eau est un élément froid et humide; c'est [) élément qui rassemble les choses de même et de différente , et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bor-^ ais dans des bornes étrangères. Et enfin, la terre est froide e ; c'est donc un élément qui rassemble les choses de même ifférente nature, qui se contient facilement dans ses propres , et qui ne s'accommode pas faoilement à des bornes étran^

I les éléments expliqués selon le sentiment d'Aristote , ou » définitions qu'il a données de leurs qualités principales ; B que, si nous l'en croyons, les éléments sont les corps sim* •nt tous les autres sont composés, et leurs qualités des qua^ mples dont toutes les autres sont composées , la connaisle ces éléments et de leurs qualités doit être très-olaire et »tincte, puisque toute la physique, c'estr-à-dire la connaisses corps sensibles qui en sont composés, en doit être déduite. >us donc ce qui peut manquer à ces principes. Premièrement, ) n'attache point d'idée distincte au mot de qualité : on ne par qualité, il entend un être réel distingué de la matière , ement la modification de la matière ; il semble quelquefois ntende en un sens , et quelquefois en un autre. Il est vrai is le huitième chapitre des catégories , il définit la qualité : fait que les choses sont appelées (elles , mais oe n'est pas

tout ù fait xe qu'on demande. Secondement , les définitions qu'il donne des quatre premières qualités, la chaleur, la froideur, l'humidité et la sécheresse sont toutes fausses ou inutiles. Voici sa définition de la chaleur : La chaleur, c'est ce qui assemble les choses de même nature.

Premièrement, on ne voit pas que cette définition explique parfaitement la nature de la chaleur, quand même il serait vrai que la chaleur assemblerait toujours les choses de même nature.

Secondement, il est faux que la chaleur assemble les choses de môme nature. La chaleur n'assemble point les parties de l'eau ; elle les dissipe plutôt en vapeur. Elle n'assemble point les parties du vin, ni celles de toute autre liqueur ou corps fluide qu'il vous plaira, ni même celles du vif-argent; elle résout , au contraire, et elle sépare tous les corps solides et fluides de même et de différente nature ; et, s'il y en a quelques-unes dont le feu ne puisse dissiper les parties , ce n'est point qu'elles soient de même nature , mais c'est qu'elles sont trop grosses et trop solides pour être enlevées par le mouvement des parties du feu.

En troisième lieu, la chaleur selon la vérité ne peut ni assembler ni dissiper les parties d'aucun corps de même ou de différente nature; car, pour assembler, pour séparer, pour dissiper les parties de quelque corps , il faut les remuer : or, la chaleur ne peut rien remuer, ou du moins il n'est pas évident que la chaleur puisse remuer les corf)s ; car, quoique l'on considère la chaleur avec toute l'attention possible, on ne peut découvrir qu'elle puisse communiquer au corps du mouvement qu'elle n'a point. On voit bien que le feu remue et sépare les parties des corps qui lui sont exposés, il est vrai, mais ce n'est peut-être point par sa chaleur, car il n'est pas même évident qu'il en ait. C'est plutôt par l'action de ses parties qui sont visiblement dans un mouvement continuel. Il est évident que les parties du feu venant à heurter contre quelque corps, lui doivent communiquer une partie de leur mouvement, soit qu'il y ait de la chaleur dans le feu . soit qu'il n'y en ait point. Si les parties de ce corps sont peu solides , le feu les doit dissiper ; si elles sont fort solides et fort grossières, le feu ne peut que les remuer et les faire glisser les unes sur les autres ; enfin, si elles sont mêlées de subtiles et de grossières, le feu ne doit dissiper que celles qu'il peut pousser assez fort pour les séparer entièrement des autres. Ainsi le feu ne peut que séparer ; et s'il assemble , ce n'est que par accident. Mais Aristote prétend tout le contraire. Séparer, dit-il, qw quelques-uns attribuent au feu, n'est que rassembler les

[li sont de même genre, car ce nest que par accident que le »e les choses de diffèrent genre * .

âtote avait d'abord distingué le i?entiment de chaleur d'avec sment des petites parties dont sont composés les corps qu'on chauds , et qu'il eût ensuite défini la chaleur prise pour le lent des parties , en disant que la chaleur est ce qui agite ^pare les parties invisibles dont les corps visibles sontcomaurait donné une définition assez supportable de la chaîanmoins on ne serait pas encore tout à fait content, parce le ferait point connaître précisénoent la nature des mouvees corps chauds.

)te définit la froideur, ce qui assemble les corps de même ou 'ente nature. Cette définition ne vaut encore rien, car il est e la froideur assemble les corps. Pour les assembler, il faut uer ; mais si Ton interroge sa raison , il est évident que le ) peut rien remuer. En effet, par la froideur, on entend, ou l'on sent quand on a froid, ou ce qui cause le sentiment de : : or, il est clair que le sentiment de froideur ne peut rien , puisqu'il ne peut rien pousser. Pour ce qui cause le senti- )n ne peut douter, lorsqu'on examine les choses par la raie ce n'est que le repos ou la cessation du mouvement. Ainsi eur dans les corps n'étant que la cessation de cette sorte de nent qui accompagne la chaleur, il est évident que si la chapare, la froideur ne sépare pas. Ainsi la froideur n'assemble choses de même ni de différente nature, car ce qui ne peut )usser ne peut rien assembler ; en un mot , comme elle ne n, elle n'assemble rien.

Lote jugeant des choses par les sens , s'imagine que la froist aussi positive que la chaleur, parce que les sentiments de r et de froideur sont l'un et l'autre réels et positifs; et il aussi que ces deux qualités sont actives. En effet , si l'on ^ impressions des sens, on a raison de croire que le froid est lalité fort active, puisque l'eau froide congèle, rassemble et en un moment l'or et le plomb fondus , après qu'on les a d'un creuset sur quelque peu d'eau^ quoique la chaleur do ?taux soit encore assez grande pour séparer les parties des qu'ils touchent.

si évident par les choses que nous avons dites des erreurs ns , dans le premier livre , que si l'on ne s'appuie que sur is pour juger des qualités des corps sensibles, il est imposde découvrir quelque vérité certaine et incontestable qui

• gcH. et corrnpt.. liv. 2, rh. 2.

puisse servir de pri ncipe pour avancer dans la connaissance de la nature, car on ne peut pas seulement découvrir par cette voie quelles sont les choses qui sont chaudes , et quelles sont celles qui sont froides *. De plusieurs personnes qui touchent à de Teau un peu tiède , les unes la trouvent chaude , et les autres froide. Ceux qui ont chaud la trouvent froide , et ceux qui ont froid la trouvent chaude ; et si l'on suppose que les poissons soient capables de sentiment, il y a toutes les apparences qu'ils la trouvent encore chaude, lorsque tous les hommes la trouvent froide. Il en est de même de Tair; il semble chaud ou froid, selon les différentes dispositions du corps de ceux qui y sont exposés. Aristote prétend qu'il est chaud, mais je ne pense pas que ceux qui habitent vers le nord soient de son sentiment, puisque même plusieurs habiles gens, dont le climat n'est pas moins chaud que celui de la Grèce, ont soutenu qu'il est froid. Mais cette question, qui a toujours été considérable dans l'école , ne se résoudra jamais tant que l'on n'attachera point d'idée distincte au mot de chaleur.

Les définitions qu'Aristotè donne de la chaleur et de la froideur ne peuvent en fixer l'idée. L'air, par exemple, et l'eau même quelque chaude et brûlante qu'elle soit, rassemblent les parties du plomb fondu avec celles de quelqu'autre métal que ce soit. L'air rassemble toutes les graisses jointes aux résines et à tous les autres corps solides qu'on voudra ; et il faudrait être bien péripatéticien pour s'aviser d'exposer à l'air du mastic pour séparer la cendre d'avec la poix , ou quelques autres corps composés pour les décomposer. L'air n'est donc pas chaud selon la définition que donne Aristote de la chaleur. L'air sépare les liqueurs des corps qui en sont imbibés ; il durcit la boue , il sèche des linges étendus , quoiqu'Aristote le fasse humide : l'air est donc chaud selon cette définition. On ne peut donc déterminer par cette définition si l'air est chaud, ou s'il n'est pas chaud. On peut bien assurer que l'air est chaud à l'égard de la boue , puisqu'il sépare l'eau de la terre qui lui est jointe; mais faudra-t-il éprouver les divers effets de l'air sur tous les corps pour savoir s'il y a de la^chaleur dans l'air que nous respirons ? si cela est, on n'en saura jamais rien. De sorte que le plus court est de ne point philosopher sur l'air que nous respirons, mais sur un certain air pur et élémentaire qui ne se trouve point ici bas , et d'assurer positivement , comme Aristote , qu'il est chaud , sans en donner de preuve , ni même sans savoir distinctement ce qu'on entend et par cet air et par sa chaleur; car c'est ainsi qu'on donnera des principes qu'il ne sera pas facile de renverser, non pas

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