LIVRE GINQUiiME
de dire toute sorte de mal les uns desautres, de se contredire en toutes choses, de former des contestations et des accusations inutiles, et d'embrouiller leur procès d'une infinité d'accessoires qui confondent le principal. Enûn toutes les passions s'étendent aussi loin que la Tue de l'esprit de ceux qui en sont émus; je veux dire qu'il n'y a aucune chose que nous pensions avoir quelque rapport avec l'objet de nos passions, à laquelle le mouvement de ces passions ne s'étende. Et voici comment cela se fait.
Les traces des objets sont tellement liées les unes les autres dans le cerveau, qu'il est impossible que le cours des esprits en réveille quelqu'une avec force, que plusieurs autres ne se rouvrent en même temps. L'idée principale de la chose à laquelle on pense est donc nécessairement accompagnée d'un grand nombre d'idées accessoires, lesquelles s'augmentent d'autant plus que rimpression des esprits animaux est plus violente. Or, cette impression des esprits ne peut manquer d'être violente dans les passions, à cause que les passions poussent sans cesse dans le cerveau, en abondance et avec beaucoup de force, les esprits propres pour conserver les traces des idées qui représentent leur objet. .^ Ainsi, le mouvement d'amour ou de haine ne s'étend pas seulement à l'objet principal de la passion, mais encore à toutes les choses que l'on reconnaît avoir quelque rapport à cet objet ; parce que le mouvement de l'âme, dans la passiort, suit la perception de l'esprit, de même que le mouvement des esprits animaux, dans le cerveau, suit les traces du cerveau, tant celles qui réveillent ridée principale de l'objet de la passion que les autres qui y ont rapport.
Il ne faut donc pas s'étonner si les hommes poussent si loin leur haine ou leur amour, et s'ils font des actions si bizarres et si surprenantes. Il y a une raison particu-
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lière de tous ces effets, quoique nous ne la connaissions pas. Leurs idées accessoires ne sont point toujours semblables aux nôtres ; nous ne les pouvons connaître. Ainsi, il y a toujours quelque raison particulière qui les fait agir d'une manière qui nous parait si extravagante.