‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 174 sur 229 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

continuer leur mouYement en ligne droite. De sorte que les corps grossiers, dans une certaine distance du centre du tourbillon, sont d'autant plus légers qu'ils sont plus solides.

Cela fait donc voir que la terre est métallique vei^s le centre, qu'elle n'est pas fort solide vers sa circonférence, que l'eau et l'air doivent demeurer dans la situation où nous les voyons ; mais que tous ces corps sont pesants, l'air aussi bien que l'or et le vif-argent, parce qu'ils sont plus solides et plus grossiers que le premier et le second élément. Cela fait voir que la lune étant un peu trop éloignée du centre du tourbillon de la terre, n'est point pesante quoiqu'elle soit solide; que Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne ne peuvent tomber dans le soleil, qu'ils ne sont point assez solides pour sortir de leur tourbillon comme les comètes, qu'ils sont en équilibre avec la matière dans laquelle ils nagent, et que si l'on pouvait jeter assez haut une balle de mousquet ou un boulet de canon, ces deux corps deviendraient de petites planètes, ou bien ils seraient assez solides, pour devenir comme de petites comètes qui ne pourraient plus s'arrêter dansle tourbillon.

Je ne pcétends pas avoir suffisamment expliqué toutes les choses que je viens de dire, ou i^voir déduit des principes simples d'étendue, de figure et de mouvement, ce que l'on en doit infailliblement déduire. Je veux seulement faire voir la manière dont M. Descartes s'est pris pour découvrir les choses naturelles, afin que l'on puisse comparer ses idées et sa méthode avec celles des autres philosophes. Je n'ai point eu ici d'autre dessein ; mais je ne crains point d'assurer que si l'on veut cesser d'admirer la vertu de l'aimant, les mouvements réglés du fiux et du reflux de la mer, le bruit du tonnerre, la génération des météores ; enfin si l'on veut s'instruire de la physique, comme l'on ne peut mieux

so.

faire que de lire et de méditer ses ouvrages, on ne saurait rien faire si on ne suit sa méthode, je veux dire si on ne raisonne comme lui sur des idées claires, en commençant toujours par les plus simples.

Ce n'est pas que cet auteur soit infaillible^ et je crois pouvoir démontrer qu'il s'est trompé en plusieurs endroUs de ses ouvrages. Mais il est plus avantageux à jceux qui le lisent de croire qu'il s'est trompé, que s'ils étaient persuadés que tout ce qu'il dit fût vrai. Si on le croyait infaillible, on le lirait sans l'examiner, on croirait ce qu'il dit sans le savoir; on apprendrait ses sentiments comme on apprend des histoires, ce qui né formerait point Tesprit. 11 avertit lui-même qu'en lisant ses ouvrages, on doit prendre garde s'il ne s'est point trompé, et qu'on ne doit rien croire de ce qu'il dit que lorsqu'on y est forcé par l'évidence. Car il ne ressemble pas à ces faux savants qui, usurpant une domination injuste sur les esprits, veulent qu'on les croie sur leur .parole, et qui, au lieu de rendre les hommes disciples de la vérité intérieure, en ne leur proposant que des idées claires, les soumettent à l'autorité des païens, et, par des raisons qu'ils n'entendent point, leur font recevoir des opinioni^ qu'ils ne peuvent comprendre.

La principale chose que l'on trouve à redire dans la manière dont M. Descartes fait naître le soleil, les étoiles, la terre et tous les corps qui nous environnent, c'est qu'elle paraît contraire à ce que l'Écriture sainte nous apprend de la création du monde; et que, si l'on en croit cet auteur, il semble que l'univers ' s'est formé comme de lui-même, tel q!ie nous le voyons aujourd'hui. A cela on peut donner plusieurs réponses.

La première, que ceux qui disent que M. Descartes est contraire à Moïse n'ont peut-être pas tant examiné l'Écriture sainte et DescarteiS, que ceux qui ont fait voir par leurs écrits publics que la création du monde

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