LIVRE SIXIÈME
Dans le second chapitre, il suppose d'abord certaines vérités péripatétiques. 1 . Que tous les corps naturels ont d'eux-iBêmes la force de se remuer; ce qu'il ne prouve point ici ni ailleurs. Il assure au contraire, dans le premier chapitre du second livre de physique, qu'il est ridicule de s'efforcer de le prouver, parceque, dit-il, c'est une chose évidente par elle-même, eiqu'iln'y aque ceux qui ne peuvent discerner ce qui est connu de soi-, même de ce qui ne l'eslpas qui s'arrôlent à prouver ce qui est évident par ce qui est obscur. Mais on a fait voir ailleurs qu'il est absolument faux que les corps naturels aient dans eux-mêmes la force de se remuer, et que cela ne parait évident qu'à ceux qui^ comme Arislote, sui* vent les impressions de leurs sens et ne font aucqn usage de leur raison.
Il dit, en second lieu, que tout mouvement local se fait en ligne droite ou circulaire,, ou composée de la droite et de la circulaire. Mais, s'il ne voulait pas pen^ ser à ce qu'il avance témérairement, il devait au moins ouvrir les yeux, et il aurait vu qu'il y a des mouvements d'une infinité de façons différentes qui ne sont point composés du droit et du circulaire ; ou plutôt il devait penset que les mouvements composés des mouvements en ligne droite peuvent être d'une infinité de façons si l'on suppose que les mouvements composants augmen^ tent ou diminuent leur vitesse en une infinité de façons différentes, comme l'on peut voir par ce qui a été dit auparavant * . 11 n'y a, dit-il, que ces deux mouvements simples, le droit et le circulaire : donc tous les mouvements sont composés de ceux-là . Mais il se trompe : lemouvementcirculairen'estpointsimple;onnepeutle concevoir sans penser à un point auquel le corps mû plutôt que ce mouvement a rapport^ et tout ce qui en-
< Chapitre 40.
lY. Ôi
Le mouvement circulaire du ciel est naturel ou contre la nature. S'il lui est naturel comme on vient de dire, le ciel est un corps siniple distingué des éléments, puisque les éléments ne se meuvent point circulairement par leur mouvement naturel. Si le mouvement circulaire est contre la nature du ciel, ou le ciel sera quelqu'un des éléments, comme le feu, ou quelque autre chose. Le ciel ne peut être aucun des éléments; car, par exemple, si le ciel était de feu, le mouvement naturel du feu étant de bas en haut, le ciel aurait deux mouvements contraires, le circulaire et celui de bas en haut; ce qui ne se peut, puisqu'un corps ne peut avoir deux mouvements contraires. Si le ciel est quelque autre corps qui ne se meuve pas circulairement par sa nature, il aura quelque autre mouvement naturel, ce qui ne peut être. Car s'il se meut par sa nature de bas en haut, ce sera du feu ou de l'air; si de haut en bas, ce sera de l'eau ou de la terre : donc, etc. Je ne m'arrête point à faire remarquer en particulier les absurdités de ces raisonnements, je dis seulement en général que ce que dit ici Aristote ne signifie rien de distinct, et qu'il n'y a rien de vrai ni môme de concluant. Sa troisième raison est celle-ci :
Le premier et le plus parfait de tous les mouvements simples doit être le mouvement d'un corps ^simple, et môme du premier et du plus parfait des corps simples. Mais le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements simples, parce que toute ligne circulaire est parfaite et qu'il n'y a aucune ligne droite qui le soit. Car si elle est finie, on lui peut ajouter quelque chose ; si infinie, elle n'est point encore parfaite, puisqu'elle n'a point de fin* et que les choses ne sont par-
' TéXo; et teXeio; font la même équivoque, fini et fin. Ce philosophe prouve ainsi qu'une ligne infinie n'est pas parfaite, à cause qu'elle n'est pas finie.