‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 32 sur 229 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

bles^ comme sont selon leur sentiment les seuls corps sublunaires. La noblesse d'une science se tire de la noblesse de son objet : c'est un grand principe ! La connaissance du mouvement des corps inaltérables et incorruptibles est donc la plus haute et la plus relevée de toutes lés sciences. Ainsi elle leur parait digne de la grandeur et de l'excellence de leur esprit.

C'est ainsi que les hommes se laissent éblouir par une fausse idée de grandeur qui les flatte et qui les agite. Dès que leur imagination en est frappée, elle s'abat de* vant ce fantôme; elle le révère et elle renverse et aveugle la raison qui en doit juger. Il semble que les hommes rêvent quand ils jugent des objets de leurs pas* sions et qu'ils manquent de sens commun. Car enfin qu'y a-t-il de grand dans la connaissance des mouvements des planètes, et n'en savons-nous pas assez présentement pour régler nos mois et nos années? Qu'avonsnous tant affaire de savoir si Saturne est environné d'un anneau ou d'un grand nombre de petites lunes, et pourquoi prendre parti là-dessus? Pourquoi se glorifier d'avoir prédit la grandeur d'une éclipse où l'on a peut-être mieux rencontré qu'un autre, parce qu'on a été plus heureux? Il y a des personnes destinées par l'ordre du prince à observer les astres, contentons-noUs de leurs observations. Ils s'appliquent à cet emploi avec raison, car ils s'y appliquent par devoir : c'est leur affaire. Ils y travaillent avec succès, car ils y travaillent sans cesse avec art, avec application et avec toute l'exactitude possible; rien ne leur manque pour y réussir. Ainsi nous devons être pleinement satisfaits sur une matière qui nous touche si peu, lorsqu'ils nous font part de leurs découvertes.

Il est bon que plusieurs personnes s'appliquent à Tanatomie, puisqu'il est extrêmement utile de la savoir, et que les connaissances auxquelles nous devons as-

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pirer sont celles qui nous sont les plus utiles. Nous pouvons et nous devons nous appliquer à ce qui contribue quelque chose ^ notre bonheur, ou plutôt au soulagement de nos infirmités et de nos misères. Mais passer toutes les nuits pendu à une lunette pour découvrir dans les cieux quelque tache on quelque nouvelle planète, perdre sa santé et son bien et abandonner le soin de ses affaires pour rendre règlement visite aux étoiles et pour en mesurer les grandeurs et les situations, il me semble que c'est oublier entièrement et ce qu'on est présentement et ce qu'on sera un jour.

Et qu'on ne dise pas que c'est pour reconnaître la grandeur de celui qui a fait tous ces grands objets. Le moindre moucheron manifeste davantage la puissance et la sagesse de Dieu à ceux qui le considèrent avec attention, et sans être préoccupés de sa petitesse, que tout ce que les astronomes savent des cieux. Néanmoins les hommes ne sont pas faits pour examiner toute leur vie les moucherons et les insectes; et l'on n'approuve pas trop la peine que quelques personnes se sont donnée pour nous apprendre comment sont faits les poux de chaque espèce d'animal, et les transformations de différents vers en mouches et en papillons. Il est permis de s'amuser à cela quand on n'a rien à faire et pour se divertir : mais les hommes ne doivent point y employer tout leur temps s'ils ne sont insensibles à leurs misères.

Ils doivent incessamment s'appliquer à la connaissance de Dieu et d'eux-mêmes, travailler sérieusement à se défaire de leurs erreurs et de leurs préjugés, de leurs passions et de leurs inclinations au péché ; rechercher avec ardeur les vérités qui leur sont les plus nécessaires. Car enfin ceux-là sont les plus judicieux qui recherchent avec le plus de soin les vérités les plus solides.

La principale cause qui engage les hommes dan<( de

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