‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 34 sur 229 · IV · texte numérisé non relu

IV

n*est pas de disputer, car enfin il vaut mieux et pour eux et pour nous les laisser dans leurs erreurs que de s'attirer leur aversion. Il ne faut pas leur blesser le cœur lorsqu'on veut leur guérir l'esprit, puisque les plaies du cœur sont plus dangereuses que celles de l'espril; outre qu'il arrive quelquefois que l'on a affaire avec un homme qui est véritablement savant et qu'on pourrait le mépriser faute de Lien concevoir sa pensée, il faut donc prier ceux qui parlent d'une manière décisive de s'expliquer le plus distinctement qu'il leur est possible, sans leur permettre de changer de sujet ni de se servir de termes obscurs et équivoques, çt si ce sont des personnes éclairées, on apprendra quelque chose avec eux; mais si ce sont de faux savants, ils se confondront par leurs propres paroles sans aller fort loin, et ils ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes; on en recevra peut-être quelque instruction et môme quelque divertissement, s'il est permis de se divertir de la faiblesse des autres en tâchant d'y remédier ; mais ce qui est plus considérable, c'est qu'on empêchera par là que les faibles qui les écoutaient avec admiration ne se soumettent à Terreur en suivant leurs décisions. Car il faut bien remarquer que le nombre des sots, ou de Ceux qui se laissent conduire machinalement et par l'impression sensible étant infiniment plus grand que de ceux qui ont quelque ouverture d'esprit et qui ne se persuadent que par raison, quand un de ces savants parle et décide de quelque chose, il y a toujours V beaucoup plus de personnes qui le croient sur sa parole que d'autres qui s'en défient. Mais, parce que ces faux savants s'éloignent le plus qu'ils peuvent des pensées communes, tant par le désir de trouver quelque opposant qu'ils maltraitent pour s'élever et pour paraître, que par renversement d'esprit ou par esprit de contradiction : leurs décisions sont ordinairement fausses

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