‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 68 sur 229 · IV · texte numérisé non relu

IV

parler aux personnes avec qui l'on converse comme si on les regardait au-dessous de soi, si ce n'est en quelques rencontres, et lorsqu'il y a des marques extérieures et sensibles qui nous élèvent au-dessus d'elles. Car enfin le mépris est la dernière des injures: c'est ce qui est le plus capable de rompre la société; et naturellement nous ne devons point espérer qu'un homme à qui nous avons fait connaître que nous le regardons au-dessous de nous se puisse jamais joindre avec nous, parce que les hommes ne peuvent souffrir d'être la dernière partie du corps qu'ils composent.

L'inclination que les hommes ont à faire des compliments est donc très-propre pour contre-balancer celle qu'ils ont pour Testime et l'élévation, et pour adoucir la peine intérieure que ressentent ceux qui sont les dernières parties du corps politique. Et l'on ne peut douter que le mélange de ces deux inclinations ne fasse de très-bons effets pour entretenir la société.

Mais il y a une étrange corruption dans ces inclinations, aussi bien que dans l'amitié, la compassion, la bienveillance et les autres qui tendent à unir ensemble les hommes. Ce qui devrait entretenir la société civile est souvent cause de sa désunion et de sa ruine; et, pour ne point sortir de mon sujet, il est souvent cause de la communication et de l'établissement de l'erreur. II. De toutes les inclinations nécessaires à la société civile, celles qui nous jettent le plus dans Terreur sont l'amitié, la faveur, la reconnaissance, et toutes les inclinations qui nous portent à parler trop avantageuse* ment des autres eo leur présence.

Nous ne bornons pas notre amour dans la personne de nos amis, nous aimons encore avec eux toutes les choses qui leur appartiennent en quelque façon; et comme ils témoignent d'ordinaire assez de passion pour la défense de leurs opinions, ils nous inclinent insensi-

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