FRAGMENTS
Les fragments qui suivent se trouvent au f*> 3y du manuscrit Baluze. Ils ont été probablement composés à l'occasion du seul combat à la barrière qui ait eu lieu sous Henri IV, et qui se fit à Paris le a 5 février i6o5. Malherbe a écrit pour cette fête des vers que nous avons donnés dans notre premier volume (pièce xvi, p. 65), et où Ton retrouve quelques-unes des pensées qu'il a mises ici en prose.
Sans doute, chevaliers, ou vous êtes mal informés des affaires du monde, ou vous cherchez de la réputation à bon marché. Durant dix ou douze ans que notre roi parmi toute sorte de périls a continuellement exposé sa vie pour le salut de sa couronne, il n'a jamais ouï parler ni de vous ni de votre service. A cette heure que ses victoires, les plus glorieuses que le soleil ait jamais vues, l'ont rendu non -seulement paisible possesseur de la France, mais arbitre si absolu de toute l'Europe qu'il n'y a prince qui sans perdre sa vie et son Etat osât se qualifier son ennemi, vous lui venez offrir vos épées avec des vanités insupportables. Vous pouvez penser le jugement que cette procédure nous fait faire de votre courage, et comme elle nous dispose à croire ce que vous nous contez de vos miracles faits en Asie. Toutefois parce que nous sommes d'une nation qui ne refuse jamais de donner des témoignages de sa courtoisie, nous ne laisserons pas pour cela de recevoir votre défi ; s'il n'y a de la gloire de vous combattre comme braves, il y aura du plaisir à vous châtier comme téméraires. Pour le moins vous ôterons-nous l'opinion que vous avez apportée d'être nécessaires à notre roi, et vous ferons voir que notre