‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 34 sur 298 · A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE

Monsieur mon cousin, %

J'ai reçu le Sénèque que m'a envoyé mon cousin de Boutonvilliers. Si j'eusse cru qu'il n'y eût eu que cela, je ne l'eusse pas demandé. Je ne laisse pas de vous en remercier, et lui aussi. C'est ma coutume de vous donner de la peine. La fortune, qui m'offre tant d'occasions de vous employer, m'en donnera, s'il lui plaît, quelqu'une de vous servir. Je vois bien que l'on vous baille de grandes alarmes en ce pays-là. Et certainement nous n'en sommes pas plus exempts que les autres ; mais les faux bruits ne durent pas si longtemps ici qu'ils font aux provinces. Il y a en cette cour plusieurs personnes bien judicieuses, qui pensent comme vous qu'il seroit bon de différer le voyage1. Ce n'est pas mon opinion. Je crois que tout au contraire c'est de là, et non d'ailleurs, que dépend notre repos. L'événement décidera cette question. Je n'ose vous dire que l'on s'en va lundi, pource que ce partement a déjà eu tant de fausses assignations, que je crains que celle-ci ne soit pas plus véritable que les autres. Toutefois à la fin il en viendra une bonne, et si ce n'est lundi, ce sera bientôt après. Ce seroit une grande impuissance aux deux plus grands rois du monde, que trois ou quatre malcontents, s hommes et sans argent, les empêchassent en un si e dessein . Cela ne sera pas, mon cher cousin. On voudroit bien faire peur, mais il y a trop peu d'apparence. Pour moi, je n'ai fait jusques ici que me moquer de toutes ces levées de bouclier, et je ne vois rien qui me doive

Lkttbb 17. —> i. Cette lettre a paru pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre iJ\t p. 627.

3. Le Roi, la Reine mère et Madame Elisabeth partirent le lundi 17 août. Voyez tome III, p. 5 18.

faire changer d'avis. Dieu conduise, s'il lui plaît, tout à bonne fin!

Votre serviteur très-humble et très-affectionné à jamais.

A Paris, ce i3- d'août 161 5/

l8. A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE1.

Monsieur mon cousin,

J'ai ce matin reçu votre paquet, dans lequel étoîent les mémoires que vous m'avez envoyés. Je les ai vus et courus par-dessus, sans y avoir rien trouvé qui puisse servir à l'ouvrage qui se fait. C'est pourquoi je les vous renvoie. Il n'est question que de trouver des choses générales, où toute la noblesse soit comprise , et faut que ce soient de vieux documents de trois ou quatre cents ans. Dans ces cahiers où sont les mémoires de notre noblesse, il [est] fait mention d'un livre de Navarre, héraut d'armes, et d'une histoire d'outre-mer. Si cela se pouvoit recouvrer, ce seroit une bonne affaire. Car, comme je vous ai déjà mandé , celui qui travaille à l'histoire de Normandie * n'y met rien du sien, mais ramasse avec tout ce qu'il a déjà d'imprimé sur ce sujet, tout ce qu'il peut trouver de livres écrits à la main. Et certainement c'est ce qui sera le meilleur, pource que s'il parloit des maisons ou personnes en particulier, il seroit suspect d'avoir donné

Lkttbs 1 8. — 1 . Cette lettre a été publiée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre a5, p. 6a8. Nous l'avons collationnée sur un autographe conservé dans le manuscrit Baluze, f° 8, et en tête duquel on lit ces mots : « Sur l'ancienneté de sa maison. »

a. André du Chesne, qui, en 1619, publia le recueil intitulé: Hùto~ rim NornuaMcrum tcriptores atttiqui, in-folio.

«a LETTRES A DIVERS.

quelque chose à son affection. De cette façon, ne faisant que mettre en lumière de vieux livres, ce qui y sera n'aura ni doute ni soupçon de faveur ou flatterie. Pour notre maison, vous n'avez que faire de vous en mettre en peine: il n'y a pas un livre où elle ne soit. Et tout exprès je ne veux en façon du monde voir celui qui fait le recueil, pour ne donner matière de croire qu'il y ait mis quelque chose à ma requête. Le livre que j'avois envoyé quérir en Angleterre est venu, mais il est imparfait1. J'y renvoie pour avoir ce qui reste , et pour avoir aussi de leur main le catalogue de ceux qui ont suivi le duc Guillaume en Angleterre. Il ne faut pas douter que nous n'y soyons, aussi bien qu'aux mémoires qui s'en trouvent par deçà. Vous avez vu ce que dit de nous Camdenus* . Je lui ai fait écrire par un de ses amis, pour savoir de lui d'où il l'a tiré. Entre autres seigneuries très-grandes que perdit Payan Malherbe pour avoir appelé Louis (ils de Philippe Auguste*, il y met Bocton-Malherbe* en la comté de Kent, près de Lenham7, qui a été si longtemps en cette maison qu'il en a retenu le nom. J'ai fait venir la carte d'Angleterre, où est ladite seigneurie de Bocton-Malherbe. J'espère que par la réponse de M. Camdenus nous apprendrons quelque chose de plus, dont vous aurez

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