A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE
Monsieur mon cousin,
Je dors devant que de vous écrire : regardez quelle lettre vous pouvez attendre de moi. Je me réjouis que ma procédure2 vous plaise, de ne me charger plus de ménage en l'âge où je suis. Il y en a assez au monde qui en feroient de même, s'ils pensojent y avoir aussi bonne grâce que moi. Il y a ici un homme qui a une eau tellement amie de nature qu'elle remet ceux qui en usent en leur première force. J'attends l'événement d'un essai qu'il en fait sur une personne de ma connoissance, pour en user si elle réussit. J'en ai goûté cette après-dînée de la main d'une très-belle dame. Le goût en est tel que d'encre; la couleur trèsbelle et très-claire. Je vous en dirai davantage, si l'expérience me fait voir que ce soit chose qui le mérite. Elle a été proposée à Monsieur le garde des sceaux'. Le plus beau que j'y voie, c'est qu'il ne veut point d'argent si l'on ne guérit point. Je suis marri que ce cocu vous ait fâché. J'eusse plutôt attendu d'être mordu d'un agneau, ou becqué d'un pigeon, qu'offensé d'un cocu. Puisqu'on n'est pas assuré de ces gens-là, il n'y a personne de qui l'on ne doive soupçonner du péril. Le Roi revient demain pour
voir ici, que je ne susse de quoi le rendre à la première demande. Je vous remercie du soin que tous ayez eu de faire tenir ma lettre À Mlle de B. Je voudrais bien que l'on lui eut baillé Caen pour sa retraite. Le commerce des lettres eût été plus aisé pour les absents. Vous eussiez joui d'une belle et bien estimable compagne. Mais il faut Touloir ce que Dieu veut. Puisque ces oiseaux qui mangeoient vos pommes sont partis, c'est là le principal. »
LdHTBB ai. — 1. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans l'édition de i63ot livre II, lettre 38, p. 637.
a. Procédure, procédé, manière d'agir.