Ne le divertit, ne le détourne
9. Dans le recueil de Faret, les deux participes sont ainsi au féminin; dans l'édition de i63o, il y a 2 1 s'est trouxé montée, t
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il falloit douter qu'elles n'eussent des imitateurs. Qui sait mieux que vous, ou plutôt qui ne sait point que par leur connivence nous avons eu des gouverneurs qui ont régné dans les provinces, et si absolument régné, que le nom du Roi n'y étoit connu qu'autant que pour le dessein qu'ils avoient il leur étoit nécessaire de s'en couvrir? Cependant ces grands conseillers pensoient avoir bien rencontré quand ils avoient dit que « c'étoit assez gagner que de gagner temps10. «Misérables! qui ne s'apercevoient pas que ce qu'ils appeloient gagner temps étoit véritablement le perdre , et nous réduire à des extrémités d'où il étoit à craindre que le temps ne pût jamais nous retirer. Jugez si en cette dernière brouillerie il se pouvoit rien désirer de mieux que ce qui s'y est fait, et si sans sortir de la modération requise en une affaire si épineuse, la dignité royale n'a pas été remise en un point où ceux que l'on ne peut empêcher de la haïr, seront pour le moins empêchés de l'offenser. Vous voyez bien qu'il y auroit là-dessus beaucoup de choses à dire; mais à mon gré la plus courte mention de nos folies est la meilleure ; et puis pour louer cet admirable prélat, on ne sauroit manquer de matière ; il ne faut avoir soin que de la forme. La seule paix qu'il a faite avec l'Espagnol " est une action qui jusques ici n'a jamais eu d'exemple, et qui peut-être n'en aura jamais à l'avenir. Je fais cas de l'avantage que nous y avons eu pour nous et pour nos alliés ; mais ce que j'en estime le plus , c'est que la chose s'est faite si secrètement et si promptement, que la première nouvelle que nous en avons eue a été la publication. Où en serions-nous, à votre avis, si l'on eût suivi
10. Vab. (recueil de Faret) ; que c'étoit gagner assez que de gagner temps.
il. Va», (ihidem) : avec l'Espagne. — La paix signée à Monçon (Aragon) avec l'Espagne, au sujet de la Valteline, le 5 mars 1626.
les longueurs tant pratiquées autrefois par ceux qui manioient les affaires , et tant célébrées par je ne sais quels discoureurs, qui ne parlent jamais avec plus d'assurance que quand ils parlent de ce qu'ils n'entendent point? Qu'eût-ce été autre chose que donner loisir aux intéressés dedans et dehors le royaume de ruiner l'affaire , et par l'interposition de leurs difficultés nous retirer du port où la dextérité de ce judicieux pilote nous a si heureusement fait arriver?
Au demeurant, on se tromperoit de s'imaginer qu'en bien faisant il eût devant les yeux autre chose que la gloire. Comme elle est le seul aiguillon qui l'excite, aussi est-elle la seule récompense qu'il se propose. Il est vrai que le Roi lui commettant ses affaires, lui fit expédier un brevet de vingt mille écus de pension ; mais il est vrai aussi qu'il ne l'accepta qu'avec protestation de ne s'en servir jamais, et ne le garder que pour un témoignage d'avoir eu quelque part en la bienveillance de Sa Majesté. Vous ne doutez point qu'entre ceux qui ont l'honneur de lui appartenir, il n'y en ait assez que leur mérite peut faire prétendre aux principales charges de cette cour; et cependant quand le Roi leur en veut faire quelque gratification extraordinaire, ne le voyons-nous pas y résister avec une modestie si opiniâtre, qu'à moins que d'un commandement exprés que Sa Majesté lui fasse, il n'est pas possible qu'il y apporte son consentement? Les inclinations d'un bon naturel sont en lui aussi fortes qu'en nul autre, et par conséquent il ne faut pas croire que l'établissement des siens lui déplaise ; mais il craint qu'il ne soit soupçonné de chercher en leur fortune ce qu'il ne veut devoir qu'à sa vertu. La dépense qu'il fait aujourd'hui pour rebâtir la Sorbonne" de fond en comble, qui
ia. Le devis des bâtiments proposé à la Faculté assemblée le
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ne s'éloignera guère de cent mille écus, est assez considérable pour n'être pas oubliée entre les marques de sa générosité ; mais ce que je vous vais dire est bien autre chose. Gomme après avoir jeté les yeux sur tous les défauts de la France, il a reconnu qu'il ne s'y pouvoit remédier que par le rétablissement du commerce, il s'est résolu, sous l'autorité du Roi, d'y travailler à bon escient, et par l'entretènement d'un suffisant nombre de vaisseaux rendre les armes de Sa Majesté redoutables aux lieux où le nom de ses prédécesseurs a bien à peine été connu". Toute la difficulté qui s'y est trouvée, c'est qu'ayant été jugé que pour l'exécution de ce dessein il étoit nécessaire que le gouvernement du Havre fût entre ses mains14, et le Roi le lui ayant voulu acheter, il n'a jamais été possible de le lui faire prendre qu'en lui permettant de le récompenser de son propre argent. Il avoit à sept ou huit lieues de cette ville une maison embellie de toutes les diversités propres au soulagement d'un esprit que les affaires ont accablé1* ; il a oublié le plaisir qu'il en recevoit, ou plutôt le besoin qu'il en avoit, pour se ré-
10 juin i6a6 fut approuvé le 3o juillet suivant par Richelieu, qui était proviseur de la Sorbonne. La première pierre de la grande salle fut posée par l'archevêque de Rouen en 1627, et celle de l'église le fut en i635 par le Cardinal.
i3. Var. (recueil de Faret) : bien à peine a été connu. — La charge de grand maître, chef et surintendant de la navigation et du commerce de France, fut créée pour Richelieu par un édit du mois d'octobre 1626. Le la mars de Tannée suivante, les lettres patentes en furent présentées au parlement, où Richelieu prêta serment six jours après.
14. Les provisions de lieutenant général du Havre accordées à Richelieu sont du 1 8 octobre 1626. La même année le Cardinal acheta pour deux cent quarante-cinq mille livres la terre de Graville, située près de cette ville.
i5. Le château de Limours, près de Montlhéry. Richelieu le vendit (au Roi, à ce que nous croyons) vers le milieu de l'année 1627, et à la même époque Limours et Montlhéry furent donnés en supplément d'apanage au dut d'Orléans.
soudre à la vendre, et en a employé les deniers à Tachât de cette place. Tout ce que le Roi a pu obtenir de lui, c'a été que lorsque les coffres de son Épargne seront mieux fournis qu'ils ne sont, il ne refusera pas que par quelque bienfait Sa Majesté ne lui témoigne la satisfaction qu'elle a de son service. Ce mépris qu'il fait de soi, et de tout ce qui le touche, comme s'il ne connoissoit point d'autrç santé ni d'autre maladie que la santé ou la maladie de l'État, fait craindre à tous les gens de bien que sa vie ne soit pas assez longue pour voirie fruit de ce qu'il plante; et d'ailleurs on voit bien que ce qu'il laissera d'imparfait, ne sauroit jamais être achevé par homme qui tienne sa place.- Mais quoi? il le fait, pource qu'il le faut faire. L'espace d'entre le Rhin et les Pyrénées ne lui semble pas un champ assez grand pour les fleurs de lis. Il veut qu'elles occupent les deux bords de la mer Méditerranéeif, et que de là elles portent leur odeur aux dernières contrées de l'Orient. Mesurez à l'étendue de ses desseins l'étendue de son courage. Quant à moi, plus je considère des actions si miraculeuses, moins je sais quelle opinion je dois avoir de leur auteur. D'un côté, je vois que son corps a la foiblesse de ceux qui apoupaç xapic&v fôouaiv"; mais de l'autre, je trouve en son esprit une force qui ne peut être que twv àXup.'iriat feopotT' tykntûv1*. Tel qu'il est, et quoi qu'il soit, nous ne le perdrons jamais que nous ne soyons en danger d'être perdus. Le Roi, qui le voit mal voulu de tous ceux qui aiment le désordre (et vous savez qu'ils ne sont pas en petit nombre), a désiré qu'il ait quel-
16. Le Roussillon appartenait encore à l'Espagne. Il fut conquis par la France en 164a, avant la mort de Richelieu.
17. t Qui se nourrissent du fruit des champs. • Cest, avec le changement de dtpotSpqç en ipoupaç, un hémistiche de Y Iliade (livre VI, vers i4*).
18. c De ceux qui habitent les demeures de l'Olympe. • Voyez V Iliade, livre I, vers 18.
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que» soldats pour le garder19. C'est chose que tout autre eût demandée avec passion ; et néanmoins vous ne sauriez" croire la peine qu'il a eue à y condescendre. Une seule raison l'y a obligé. Il avoit tout plein de parents qui pour le soin qu'ils avoient de sa conservation ne le vouloient jamais abandonner. Cette assiduité ne pouvant continuer sans que leurs affaires domestiques en fussent incommodées, il leur en a par ce moyen ôté le prétexte, et leur a fait trouver bon qu'ils se retirassent en leurs maisons. Quoi que c'en soit, s'il n'a été assez hardi pour contredire en cela tout à fait à la volonté du Roi, il a été assez généreux pour n'y consentir qu'à la condition d'entretenir ces soldats à ses dépens. Nous avons lu vous et moi assez d'exemples de courages que leurs qualités éminentes ont élevés au-dessus du commun ; mais qu'en matière de mépriser l'argent, un particulier ait eu si souvent son roi pour antagoniste, et que toujours il en soit demeuré victorieux, c'est une louange que je ne vois point que jusques ici les plus hardis historiens aient donnée à ceux mêmes qu'ils ont flattés le plus impudemment. Sa Majesté, au soin qu'elle a eu de le garantir des méchants, a encore ajouté celui de le délivrer des importuns; et pour cet effet a mis auprès de lui un gentilhomme, avec charge expresse de faire indifféremment fermer la porte à ceux qui pour leurs affaires le viendront persécuter. Voilà certes une bonté de maître, digne de l'affection du serviteur. Dieu nous conserve l'un et l'autre ! Je ne crois pas qu'il y ait homme de bien en France qui ne fasse le même souhait. Pour moi, il y a longtemps que je sais que vous êtes l'un de ses adora-
19. Le Roi donna des gardes à Richelieu, en 1626» après la conspiration du maréchal d'Oman o.