a l'archevêque d'aix
Monsieur , Quelque remerciement que je vous fasse, je ne le sau-
a. Racan se maria en 1628: voyez plus haut, lettre 12, p. 33, note I . Il était cousin germain de Mme de Bellegurde, qui lui laissa son bien.
Lsttab 49- — *• Cette lettre a été publiée pour la première fois par Malherbe, iv 8
n4 LETTRES A DIVERS.
rois faire si grand qu'il ne fût bien au-dessous1 de l'obligation que je vous ai. C'est pourquoi je ne ferai point un effort qui me seroit inutile. La nécessité excuse ceux qui font ce qu'ils ne doivent pas, et l'impossibilité ceux qui ne font point ce qu'ils doivent. C'est en celle-ci que je prendrai ma garantie. Et d'ailleurs M. d'Astruc1, qui, à mon très-grand regret4, par la cessation du conseil des parties, s'en retourne en Provence, vous témoignera là-dessus mon sentiment bien mieux que je ne le vous saurois écrire. Je serois injuste, Monsieur, de désirer de vous que vous fussiez contre Cauvet1 . Le goût en l'élection des amis doit être libre comme en celle des viandes. C'est
M. Hauréau, dans le Bulletin des Comités historiques, i85o, tome II, p. i55 et i56. Le manuscrit Baluze, f*» Sy et 58, contient deux autographes, dont l'un parait être une première ébauche, et l'autre, que nous suivons, la minute corrigée et à peu près définitive de la lettre. — Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, frère du cardinal, fut archevêque d'Aix de 1626 à 1629.
3. Dans le premier brouillon (fl> Sy) : c .... que je vous fisse, je ne le vous saurois faire si grand qu'il ne fût beaucoup au-dessous, etc. »
3. Avocat au parlement d'Aix, que Malherbe avait chargé de son procès contre les meurtriers de son fils. On trouvera plus loin un fragment d'une lettre de Malherbe à M. d'Astruc.
4. Les mots : c à mon très-grand regret, s manquent dans le premier brouillon, qui, à la ligne suivante, donne : c vous expliquera, » au lieu de : « vous témoignera. »
5. Cauvet ou Covet (et non Bovett comme une faute typographique nous l'a fait dire au tome I, p. xxxvn), conseiller au parlement d'Aix, père du baron de Bonnes, et beau-père de Piles, les meurtriers du fils de Malherbe : voyez ci-après la lettre 60, p. i3o. — Dans le brouillon du f° 57 , Malherbe avait voulu remplacer le nom de Cauvet par les mots vos amis, qu'il a ensuite biffés. Quant à la phrase qui suit, il l'avait rédigée tour à tour de diverses façons : c La liberté que nous avons de choisir les (le choix que nous faisons de) viandes daos un fe*tin, nous la devons avoir de choisir les amis dans la société ; » et : « Comme nous choisissons les viandes en un festin, ainsi choisissons-nous (nous le faisons de) nos amis. »
LETTRES A DIVERS. n5
une fantaisie qui ne reçoit point de conseil et encore moins de contrainte*. Mais aussi ne penserois-je pas bien juger de vos bonnes inclinations' , si je craignois de tous supplier, comme je fais, Monsieur, très-humblement, de n'être point contraire aux affligés. Vous voyez jusques à quel point et en quel âge nous le sommes1. Après cela il n'y a plus rien à dire. Je n'oserois vous promettre le payeisjBt d'une si grande dette. Pour avoir cette hardiesse, il faudroit être appuyé d'une fortune meilleure que la mienne. Toutefois étant le temps fertile, comme il est, de toute sorte9 d'accidents, ce ne seroit pas chose trop miraculeuse qu'il en produisît quelqu'un où vous connussiez que m'avoir fait plaisir, c'est l'avoir fait à un homme qui n'étoit pas indigne de le recevoir10. Pour le moins, Monsieur, aurez-vous cette satisfaction en vousmême de m'avoir accordé ce qu'un homme de votre conscience et tenant la place que vous tenez auroit de la peine à me refuser. L'Église, qui abhorre le sang, doit par conséquent abhorrer les sanguinaires; et je me trompe, ou, à prendre les choses du bon biais, ce seroit aimer le
6. Cette phrase est ainsi dans le premier brouillon (f*> Sy) : c Les goûts ni en l'un ni en l'autre ne reçoivent pas de conseil et encore moins de contrainte, s Au-dessous du mot contrainte, il y a commandement, biffé. Dans la seconde minute on lit cette phrase, effacée : c D ne reçoit pas conseil ni en l'un ni en l'autre, s
7. Dans le premier brouillon : c de votre bon naturel , » et deux lignes plus bas : c contre les affligés. >
8. A la suite de ces mots , la première ébauche (f° 57) n'a pas la phrase : c Après cela , etc. ; s mais celle que voici : c Les longs voyages sont toujours incommodes, mais il s'en faut beaucoup qu'ils ne le soient en été comme en hiver. »
9. Au lieu de c toute sorte, s Malherbe avait d'abord mis, dans le premier brouillon, diversité, et à la ligne suivante, dans les deux minutes, il y a extraordinaire, effacé, et remplacé par miraculeuse.
10. Dans ses deux minutes, Malherbe avait commencé par écrire c d'en recevoir; » puis, dans la seconde, il a substitué de le à d'en.
n6 LETTRES A DIVERS.
sang que de favoriser l'impunité de ceux qui le répandent, et surtout de l'abominable façon dont ceux à qui j'ai à faire ont répandu celui de mon pauvre fil». Mais je ne suis pas théologien flfl : voilà pourquoi je ne vous en dirai pas davantage. 11 me suffira de vous faire une autre très-humble prière : c'est, Monsieur, que je sois en votre esprit comme y doit être votre très-humble et très-obéissant serviteur. flfe
A Paris, ce ae de janvier 161$.
5o. AU ROI1.
Sire,
Les bons sujets sont à l'endroit de leur prince comme les bons serviteurs2 à l'endroit de leurs maîtresses. Us
1 1 . La suite est ainsi rédigée dans le premier brouillon : c J'en ai trop dit. (Dans le second sont ces mots biffés : c Je n'en ai que trop dit. » ) Il me suffira, Monsieur, si je suis en votre esprit pour celui que je suis et que vou» m'avez obligé d'être tant que je vivrai, s
Lettre 5o. — 1. Cette lettre, la ire du livre 1 dans l'édition de i63o (p. 475), a été réimprimée dans l'édition de i634 (p. 1) du Recueil de lettres nouvelles, édité par Faret. En tête on lit le résumé suivant : t U (Mal/terbe) envoie à Sa Majesté des vers qu'il avoit faits sur le sujet de la descente des Anglois en l'Ile de Ré. » Ainsi elle a été adressée à Louis XIII, et elle accompagnait l'ode : Donc un nouveau labeur.,,, (voyez tome I, p. 377, pièce cm). Il existe dans le manuscrit Baluze : i° (f° 1) une copie conforme au texte imprimé; a° (f° 49) une minute autographe, dont voici le texte : c Les vrais serviteurs aiment tout ce que leurs maltresses aiment, veulent ce qu'elle veut (sic), sentent ses douleurs et ses joies, et généralement accommodent tous les mouvements de leur esprit à ceux de sa passion. Mais puisque Dieu vous a donné un rang où vous ne pouvez espérer des récompenses que de lui-même, ce sera, si vous plaît, de sa bonté seule que vous attendrez celle de vos bienfaits. 1
a. Dans la minute : c les vrais serviteurs, s et à la ligne suivante : t ce qu'elle aime..., ce qu'elle veut. » — Au dos d'un autographe
aiment ce qu'il aime, veulent ce qu'il vdB sentent ses douleurs et ses joies, et généralement accommodent tous les mouvements de leur esprit à ceux de sa passion. Pour témoigner à Votre Majesté que je suis de ce nombre, je lui envoie des vers que j'ai faits en l'occasion qui se présente. Si je la pouvois servir de ma vie, je la supplie trèshumblement de croire que je l'y contribuerais du même cœur fie je fais ce malheureux petit ouvrage. Elle m'a fait cet honneur de me dire qu'elle vouloit que je me tinsse auprès d'elle, et que je m'assurasse qu'elle me feroit du bien. Je serois indigne de cet excès de faveur, si je me laissois devancer à homme du monde en l'affection d'être éternellement, Sire, votre très-humble, trèsobéissant et très-fidèle sujet et serviteur.
5l. A MONSEIGNEUR LE CARDINAL