SUR LA MORT DE SON FILS
tomrxT.
Le fils de Malherbe, Marc- Antoine, fut tué en duel ou plutôt dans une querelle, au mois de juin 1637, auprès d*Aix (voyez la notice en tète du Tolume). Le sonnet ci-dessous, imprimé au commencement de 1618, à la suite des deux pièces qu'il précède ici, ne figure point dans l'édition de i63o. — Cest Ménage qui Ta réuni aux otuTres de Malherbe.
Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle, Ce fils qui (îit si brave, et que j'aimai si fort : Je ne Timpute point à Tinjure du sort, Puisque fijiir, à Thomme est chose naturelle.
Mais que de deux marauds la surprise infidèle 5
Ait terminé ses jours d'une tragique mort , En cela ma douleur n'a point de réconfort , Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.
O mon Dieu, mon Sauveiur, puisque par la raison
Le trouble de mon âme étant sans guérison, i o
Le vœu de la vengeance est un vœu légitime,
Fab que de ton appui je sois fortifié.
Ta justice t'en prie; et les auteurs du crime .
Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.
i3, i4* L*nndes meurtriers s'appelait Fortia de Piles, et un bruit plus ou moins fondé le faisait descendre d'une famille de Juifs.
POÉSIES, cm. ^77
GIII
POUR LE ROI, ALLANT CHATIER LA RÉBELLION DES ROCHELOISy ET CHASSER LES AN6LOIS, QUI EN LEUR FAVEUR ETOIENT DESCENDUS EN l'ÎLE DE RÉ.
ODS.
Les Anglais s'étaient emparés de Tile de Ré au mois de juillet 1627. Le Roi, parti de Paris le 10 juin, pour aller rejoindre son armée qui assiégeait la Rochelle , tomba malade en route, et n'airiya au camp que le 13 octobre.
Malherbe avait près de soixante-treize ans quand il fit cette ode, qui est l'une des meilleures et des plus correctes qu'il ait écrites. D'après une de ses lettres à son cousin de Bouillon , Û y travaillait encore le a 3 décembre 1637, lorsque depuis six semaines les Anglais avaient été chassés de l'ile. Le 3 avril suivant, il racontait à Peiresc les compliments qu'elle lui avait attirés de la part du Roi. — Elle parut en i6a8, jointe à la lettre écrite à Louis XIU par le poëte au sujet de la mort de son fils, et que nous donnerons dans ce volume. Le tout forme 18 pages in-4®.
Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête; Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.
Fais choir en sacrifice au Démon de la France 5
Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer; Et n'épargne contre eux pour notre délivrance Ni le feu ni le fer.
Assez de leurs complots Tinfidèle malice
A nourri le désordre et la sédition. 1 0
278 POÉSIES, cm.
Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice En leur punition.
Le centième décembre a les plaines ternies, Et le centième avril les a peintes de fleurs, Depuis que parmi nous leurs brutales manies 1 5
Ne causent que des pleurs.
Dans toutes lés fureurs des siècles de tes pères. Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien , Que rinhumanité de ces cœurs de vipères
Ne renouvelle au tien ? ^ o
Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes? Tant de grands bâtiments en masures changés? Et de tant de chardons les campagnes couvertes , Que par ces enragés?
Les sceptres devant eux n*ont point de privilèges; a s Les Lnmortels eux-méme en sont persécutés; Et c*est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilèges Font plus d'impiétés.
Marche, va les détruire; éteins-en la semence; Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux, 3o
Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux.
Ds ont beau vers le ciel leurs murailles accroître , Beau d'un soin assidu travailler à leurs forts , Et creuser leurs fossés jusqu à faire paroître 3 5
Le jour entre les morts.
Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre;
POÉSIES, cm. 279
Il suffit que ta cause est la cause de Dieu;
Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre
Les soins de Richelieu. 40
Richelieu, ce prélat de qui toute Fenvie Est de voir ta grandeur aux Indes se borner, Et qui visiblement ne fait cas de sa vie Que pour te la donner.
Rien que ton intérêt n'occupe sa pensée ; 4 5
Nuls divertissements ne rappellent ailleurs , Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée, Il en a de meilleurs.
Son âme toute grande est une âme hardie , Qui pratique si bien lart de nous secourir, 5 o
Que pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir.
Le ciel, qui doit le bien selon qu'on le mérite, Si de ce grand oracle il ne t'eût assisté, Par un autre présent n'eût jamais été quitte s 5
Envers ta piété*
Va, ne diffère plus tes bonnes destinées; Mon Apollon t'assure, et t'engage sa foi, Qu'employant ce Tiphys, Syrtes et Gyanées
Seront havres pour toi. 60
Certes, ou je me trompe, ou déjà la victoire. Qui son plus grand honneur de tes palmes attend , Est aux bords de Charente en son habit de gloire,