‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 196 sur 259 · Cautionné · texte numérisé non relu

Cautionné

frère, cela ne me peut préjudicier pour ma part dudit office, parce que mon père m'y mena et que pour son respect seul je me signai audit mariage.

De toutes ces affaires et autres que je puis ou pourrai avoir en Normandie, j'espère avec l'aide de Notre-Seigneur en envoyer des mémoires plus amples à ma femme, aussitôt que je serai arrivé par delà , et lui envoyer aussi le rôle bien particulier des biens que mon père possède, et des papiers que j*ai par delà concernant les affaires de deçà , comme sont les quittances de Mme d'Oise, héritière du sieur du Yillars, et du capitaine Benoît de Languedoc et autres.

S'il falloit plaider contre mon frère, il lui faudra, outre ce que dessus, objecter que toujours il a été nourri et entretenu aux dépens de la maison, de laquelle il n*a jamais bougé, même depuis qu'il a ledit office , ni depuis qu'il est marié , sinon peut-être un an qu'il demeura en la maison du sieur de l'Escarde tout vis-à-vis de la nôtre, où il recevoit ordinairement plusieurs provisions nécessaires. Hormis ladite année, il a continuellement demeuré chez mon père, et lui et sa famille ont été nourris aux dépens de la maison, lui, sa femme et ses enfants, vivant à la table de mon père ; et quand pour le ménage mon père et ma mère, aux mois de juillet, août et septembre, se retiroient aux champs, mondit frère, sa femme, enfants et serviteurs s'y retiroient aussi, vivant aux dépens de mon père, ce qui est notoire à tout le monde.

Pour moi, en l'année 1576, je partis de chez nous au mois d*aoùt, et n'y revins qu'en avril i586, dix ans après. Durant cette absence, je n'ai pas eu un liard de la maison.

Comme j'y fus arrivé audit an 86, au mois d'avril, ma fenune m'y suivit au mois de juillet ensuivant, et dès le mois de sep« lembre nous nous retirâmes au logis de ma cousioe de Mondreville, vivant du notre, sans aucun secours de ma maison, que peut-être un tonneau de cidre. De là vint que je fus contraint d'emprunter six cents écus de M. du Yillars, trois oents du capitaine Benoit et trois cents du sieur Fauconnier dont il a été fait mention par ci-devant : de toutes lesquelles sommes il m'a fallu entretenir moi et ma famille depuis ledit an 86, en septembre, jusques en l'an 93 que ma femme s'en revint en Provence. Après qu'elle fut partie, je me tins

toujours séparé , et n*allois que fort rarement manger chez mon père.

En l'an gS, an mois de mars, je m'en revins en Provence, cl*où je ne fns de retour que jusques en 98, au mois d'août.

Durant l'absence de ma femme, ma fille Jourdaine fut nourrie chez mon père, avec Madeleine, fille de ma soeur de Réveillon, jusques au mois de juin 1 699, qu'elles décédèrent de la peste ^Q même semaine.

Ledit an 1 599, au mois de décembre, je partis de Normandie et m'en revins en ce pays, 011 je suis encore aujourd'hui 160 5, ce dixième de juillet.

De toutes lesquelles choses il se voit le peu de dépense que j'ai £aite à mon père ; et pour l'entretien des écoles, je n'ai jamais été que six mois en pension chez les Philippes à Gaen, à Paris un an avec mon cousin de Mondreville le jeune , puis derechef à Caen chez Varin , un an sous l'Amy mon précepteur, et après sous Dinot* environ six ou sept mois à Caen, et enfin sous lui-même deux ans en Allemagne.

Mon frère a été aussi longtemps à Paris et en plusieurs pensions à Caen. Quand il n'a point été en pension , il a eu on précepteur en la maison.

J'ai discouru tout ceci afin que si mon frère de bonne foi ne vouloit faire raison à mon fils, il ait de quoi se la faire faire. Dieu me fera, s'il lui plaût, la grâce de vivre pour le délivrer de cette peine, et lui conserver ce que nature lui a donné.

J'ai id une déclaration que mon frèi« m'a envoyée, par laquelle il me reconnoît, et après moi mon fils Marc-Antoine, son héritier en la moitié de tous ses biens présents et à venir. Ladite déclaration est du 24* septembre 1 60a, passée à Caen devant Horace le Forestier, et Nicolas Roque , tabellions dudit Caen.

Ma femme est Madeleine de Carriolis, fille de messire Louis de Carriolis, président au parlement de Provence, et de dem<»selle Honorée Descalis. Son bien consiste en trois mille écus mis sur la communauté de Brignole , et huit cents écus constitués en rente sur la ville de Tarascon au denier doute.

Les trois mille écus de dot de ma femme furent premièrement

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