I. Chaire, chaise
3. René Bordier^poete du Roi, grand faiieur de ballets sont Henri IV et Louis XIII.
i^xYui VIE DE MALHERBE
voit ce livre «près sa mort, on croiroit qu'il auroit trouvé bon ce qu'il n*auroit point effacé; sur quoi il lui dit qu'il dîsoit vrai, et tout à Theure acheva d'effacer tout le reste.
U éfcoit assez mal meublé, logeant ordinairement en chambre garnie, et n'avoit que sept ou huit chaires de paille; et comme il étoit fort visité de ceux qui aimoient les belles -lettres, quand les chaires étoient toutes remplies, il fermoit sa porte par dedans, et si quelqu'un y venoit heurter, il lui cri<Ht : c Attendez, il n*y a plus de chaires ; » et disoit qu'il valoit mieux ne les point recevoir que de leur donner l'incommodité d*étre debout.
Il se vtntoit avec autant de vanité d'avoir sué trois fois la V..... que s'il eût gagné trois batailles, et faisoit le récit assez plaisamment du voyage qu'il fit à Nantes pour trouver un homme qui avoit la réputation d'être expert en cette cure de maladie vénérienne. C'étoit la raison pourquoi on l'appeloit chez M. de Bellegarde le père Luxure,
Il a toujours été fort adonné aux femmes, et se vantoit en sa conversation ordinaire de ses bonnes fortunes et des merveilles qu'il y avoit faites.
Un jour, en entrant dans l'hôtel de Sens , il trouva dans la salle deux hommes qui jouoient an trictrac, et qui disputant d'un coup se donnoient tous deux au diable qu'ils avoient gagné. Au lieu de les saluer, il ne fit que dire : « Viens, diable, viens, tu ne saurois faillir : il y en a l'un ou l'autre à toi. b
Il y eut une grande contestation entre ceux qu'il appeloit du pays dadieusias^ qui étoient tous ceux de delà la Loire, et ceux du pays de deçà, qu'il appeloit du pays de Dieu vous co/iduiie: savoir s'il falloit appeler le petit vase de quoi l'on se sert pour manger du potage une cuiller ou une cuillère. La raison de ceux du pays d'atlieusias , d'où étoit Henri le Grand , ayant été nourri en Béam, étoit que cuiller y étant féminin, devoit avoir une terminaison féminine. Le pays de Dieu vous conduise alléguoit, outre l'usage, que cela n'étoit pas sans exemple de voir des choses féminines qui avoient une terminaison masculine, entre autres une perdrix ^ une met * à boulanger ou de pressoir. Enfin cette dispute dura si longtemps qu'elle obligea le
I. Pétrin et huche; conduit d*an pressoir par où t^écoule le \m.
PAR RACAN. Lxzix
Roi à en demander Tavis à M. de Malherbe, lequel ne craigût poÎDl de contester, et lui dire qu il falioit dire cuiUer, et non pas cuillère y et le renvoya aux crochetenrs du port au Foin, comme il avoit accoutumé ; et comme le Roi ne se sen* toît pas condamné du jugeaient de M. de Malherbe, il lui dit ces mêmes mots : « Sîre, vous êtes le plus absolu roi qui aye jamais gouyeiné la France, et si' tous ne sauriea faire dire deçà la Loire une cuillère, à moins que de faire défense, à peine de cent livres d'amende, de la nommer autrement. >
Un jour .M. de Bellegarde, qui étoit, comme Ton sait, gascon, lui envoya demander lequel étoit le mieux dit de dé^ pensé ovi dépendu; il répondit sur-le-champ que dépensé éloit plus françms , mais que pendu , dépendu , rependuj et tons les composés de ce vilain B«>t qui lui vinrent en la bouche, étoîeot plua propres pour les Gascons.
Quand on lui demandoit son avis de quelque mot franoois, il renvoyoit ordinairement aux crocheteurs du port au Foia, et disent que c'étoîent ses maîtres pour le langage; ce qui peutêtre a donné lien à Régnier de dire :
Gomiiient ! il faudroit donc , pour faire une œuvre grande Qui (le la calomnie et du temps se défende. Et qui nous donne rang parmi les bons auteurs , Piarler comme à Saint-Jean parlent les crocheteurs*?
Un jour il récitoit à Racan des vers qu41 avoit nouvellement faits, et après il lui en demanda son avis. Racan s'en excusa, lui disant qu*il ne les avoit pas bien entendus et qu'il en avoit mangé la moitié; dont se sentant piqué, parce qu'il étoit fâché de ce qu*on lui disoit un peu trop librement son défaut d'être bègue, il lui dit en colère : c Mort Dieu ! si vous me fAchez, je les mangerai tous; ils sont à moi puisque je les ai faits, j'en puis faire ce que je voudrai. »
II ne vouloit pas que Ton fit des vers qu'en sa langue originaire, et disoit que nous n'entendions point la finesse des langues que nous n'avions apprises que par art, et à ce propos,