‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 69 sur 259 · DES PORTRAITS · texte numérisé non relu

DES PORTRAITS

On coniuât, ou du moins on connaissait (car je ne sais si tous trois existent encore aujourd'hui) » trois portraits contemporains de Malherbe. L'un, peint par Finsonius, appartenait au siècle dernier à H. Boyer d*AguilIes (ou d'Éguilles), et fut gravé avec le reste de la riche collection de cet amateur'. Au bas de la gravure exécutée par Coelemans on lit : Finsonius Belga pittxit i6i3. Or Malherbe en i6i3 avait cinquantehuit ans, et le portrait le représente à Tâge d'environ trente ou trente-cinq ans ; de plus, en cette même année i6i3, Malherbe ne quitta Paris que pour aller à Fontainebleau, tandis que Finsonius resta en Provence '. Il faut donc, ou que la date soit

I . Becueil Jtettampet d après Us tableaux des peintres les plus célèbres d'Italie, des Pays-Bas et de France, qui sont à Aix, dans le cabinet de M, Boyer itÀguUles , procureur général du Roy au parlement de Provence, graTées par Jacques Coelemans d'Anvers, par les soins et sous la direction de Monsieur Jean-Baptiste Boyer d*Aguilles, conseiller au même parlement , avec une description de chaque tableau et le portrait de chaque peintre. A Paris, chez P. J. Mariette, iidccxi.iv, in-fol.

Une première édition, mais moins complète, avait paru en 1709.

A la page 1 1 , se trouve la notice suivante :

c Portrait de François de Malherbe, gentilhomme ordinaire du Roy » et le plus grand poëte de son siècle, peint en 161 3 par Finsonius, peintre flamand , peu connu hors de la Provence, où il avoit établi son séjour, mais qui cependant a fait, dit-on, des portraits qui peuvent aller de pair avec ceux de Vandyck. Celui-ci, qui est un de ses plus beaux, est passé à titre d'héritage dans la famille de Messieurs Boyer, avec les livres et les manuscrits de Malherbe. Jean-Baptiste Boyer, un de leurs ancêtres , mort dojen du parlement de Provence en 1637, dont on trouvera ci-après le portrait, étoit beau-frère de ce restaurateur de la poésie françoise. Ils avoient épousé les deux sœurs. Les plus grandes alliances n*ont rien de préférable à celle d'un homme aussi rare que celui-ci. >

a. Voyez sur Finsonius (Louis Finson, de Bruges) la longue et

DES PORTRAITS DE MALHERBE. cxxt

fausse ou , ce qui est plus probable , que Finsonius ait copié un portrait fait une vingtaine d'années auparavant. La gravure de Goelemans n'a été reproduite qu'une fois, et en lithographie, par Rulmann; l'éditeur ou l'artiste a ajouté au bas cette indication erronée : I^ après un iabieiui de Diunoutier,

Le second portrait est un crayon du célèbre Daniel Dumonstier', ce bizarre personnage sur lequel Tallemant des Réaux nous a laissé une charmante historiette. II avait été fait pour Peiresc, qui Tavait commandé à Tardste et eut toutes les peines du monde à l'obtenir. La correspondance inédite du savant antiquaire nous offre à ce propos quelques détails piquants qu'on nous permettra de transcrire ici.

Le 1" avril 1607, Peiresc écrit d'Aix à Dumonstier : « Ne laissez pas de me faire savoir ce qu'il vous faut pour le prix des peintures de M. le président (du Vair) et de M. de Malerbe, et je vous ferai quand et quand payer de par delà; car il me tarde bien d'avoir ces portraits-là. M. de Malerbe m'a bien reconunandé souvent de vous envoyer vos poissons, mats il ne m'a pas encore dit d'avoir la peinture en dépôt, comme vous dites. Je le crois pieusement en attendant de vos nouvelles » et vous supplie de faire état de moi comme de votre, etc.*. »

Dumonstier, grand amateur de curiosités, paresseux et peu délicat de sa nature, Dumonstier, « ce maraud indigne de la oonnoissance des gens d'honneur, » comme l'appelait Dupuy*, sut exploiter Féloignement et la générosité de Peiresc et se

cnrieufe notice placée en tète da tome I det Âecherehes sur ia vie et tes ouvrages de quelques peintres provinciaux de F ancienne France , de Ph. de Pointel (de Ghennerièret). Paris, Dumoulin, 1847» i^~8. — Voyez aussi dans le même Tolume (p. 98 à 140) une description déuillce de la coilectioa de M. Boyer d'Agnilles.

I. On écrit ordinairement Damoustier; mais l'orthographe Téritable est Dumonstier. Du moins c'est ainsi qu'il a signé ses portndts et des Ters insérés dans les recueils du temps. Une importante collection de tes crayons est au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale. Celui de Malherbe n'y figure pas, et l'on ne sait ce qu'il est devenu.

1. Bibliothèque de Garpentras, manuscrits Peireso, Reg. xu, tome I, I* 447 ^t suivant.

3. Lettre inédite de P. Dupuy à Peiresc, Bibliothèque de Carpentias, manuscrits Peiresc, Reg. xu, tome II, f^ 91.

cxxvi DES PORTRAITS DE MALHERBE.

sans remords accabler par liû de poissoDs, de lézards et de reproches'.

Le I*' juillet de la même année Peirese était obligé de lui écrire encore : « Je porte bien impatiemment Tattente si longue des portraits de M. du Vair et de M. de Malerbe. Je vous supplie de ne me faire point tant languir et de quitterquelque antre besogne pour y mettre la dernière main et me les envoyer par le premier messager. Je vous assure que je vous en aurai trois fois autant l'obligation que si vous attendez tant de me donner ce contentement. Il y a déjà plus de quatre mois que vous m'aviez écrit que vous les aviez mis en déposition chez M. de Malerbe , et toutefois vous me confessez maintenant qu*ils ne sont point achevés. Si vous n'êtes plus soigneux de votre réputation, vous voyez bien pour qui on vous prendra. Je vous en supplie de tout mon coeur; et pour un coup d'éperon, je vous envoie un lézard qui fut porté* dernièrement du grand Caire, en Egypte, etc.'. » Le i a octobre, nouvel envoi de poissons; aussi le la du mois suivant Malherbe écrivait à Peirese: c J'oubliois à vous dire que le sieur Dumonstier est si content de vous qu'il n'est pas possible de plus : il vous eût envoyé le portrait de M. le premier président, et à M. du Perrier, celui de M. le cardinal du Perron; mais il attend que le mien soit achevé, ce qui sera, Dieu aidant, cette semaine^. > Mais la se-

I. Le 17 ayril Peirese lui parle encore des portraits et du payement, et lui annonce qu'il lui expédie des poissons curieux. On lit aussi à la date de 1607 dans la Vie de Peirese par Gassendi qne nous aTODs citée pins haut (p. xx) : c Quin etiam mîttens Parisiot, adjecc tam Yoluit congeriem diversisaimam oonchyliorum et piscinm, qui « monstrosa forma in mari Mediterraneo visuntur, itemque pellem t feiis mariai et . innumera alia, qoB destinavit prassertim ad pietoa rem celebrem Danielem Monstenum a quo exspectabat iconet Variî, ■ Thuani, Casauboni atque Malherlni. » (Fin iUustr'u NicoUd Clamdu Fabricude Peirese vita per Peirum Gassendum, p. 107.)

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