‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 111 sur 268 · Vab. (K · texte numérisé non relu

Vab. (K

Qu'il ne confesse.. ••

Sans ton assuré secoiu:^ ,

Étoieut les trames ourdies

Pour ensanglanter nos jours?

Et qu'auroit fait Tinnooence , i o 5

Si Toutrageuse licence,

De qui le souverain bien

Est d'opprimer et de nuire,

N'eût trouvé pour la détruire

Un bras fort comme le tien ? 110

Mon roi, connois ta puissance ,

Elle est capable de tout ;

Tes desseins n'ont pas naissance

Qu'on en voit déjà le bout ;

Et la fortune amoureuse 1 1 5

De la vertu généreuse

Trouve de si doux appas

A te servir et te plaire ,

Que c'est la mettre en colère

Que de ne l'employer pas. i a «>

Use de sa bienveillance,

Et lui donne ce plaisir.

Qu'elle suive ta vaillance

A quelque nouveau désir;

Où que tes bannières aillent , 1 a 5

Quoi que tes armes assaillent ,

11 n'est orgueil endurci.

Que brisé comme du verre ,

A tes pieds elle n'atterre ,

S'il n'implore ta merci. 1 3o

1 16. Vab. (K, K, m, O) : De ta vertu....

. ■ -ri

9a POÉSIES, XXI.

Je sais bien que les oracles

Prédisent tous qu'à ton fils

Sont réservés les miracles

De la prise de Memphis;

Et que c'est lui dont Tépée, i ^ s

Au sang barbare trempée ,

Quelque jour apparoissant

A la Grèce qui soupire ,

Fera décroître l'empire

De l'infidèle Croissant. 1 4 o

Mais tandis que les années

Pas à pas font avancer

L'âge où de ses destinées

La gloire doit commencer ,

Que fais-tu, que d'une armée, i ', s

A te venger animée ,

Tu ne mets dans le tombeau

Ces voisins dont les pratiques

De nos rages domestiques

Ont allumé le flambeau ? i 5 >

Quoique les Alpes chenues Les couvrent de toutes parts , Et fassent monter aux nues Leurs effroyables remparts ; Alors que de ton passage On leur fera le message, Qui verront-elles venir, Envoyé sous tes auspices,

i3i. Les oracles. Allusion aux nombreux lioroscopi^s faits et publiés à l'époque de la naissance du Dauphin. 148. Cej voisins. Le dao de Savoie.

Qu'aussitôt leurs précipices

Ne se laissent aplanir? i i\o

Crois-moi, contente Tenvie

Qu'ont tant de jeunes guerriers

D'aller exposer leur vie

Pour t'acquérir des lauriers;

Et ne tiens point ocieuses 1 6 5

Ces âmes ambitieuses,

Qui jusques où le matin

Met les étoiles en fuite ,

Oseront sous ta conduite

Aller quérir du butin. r 7 o

Déjà le Tessin tout morne

Consulte de se cacher.

Voulant garantir sa corne ,

Que tu lui dois arracher;

Et le Pô , tombe certaine i 7 5

De l'audace trop hautaine,

Tenant baissé le menton ,

Dans sa caverne profonde

S'apprête à voir en son onde

Choir un autre Phaéton. 180

Va , monarque magnanime , Souffre à ta juste douleur, .

Qu'en leurs rives elle imprime

i65. OcietueSy oisives.

173. Les poètes de Tantiquité ont en général représenté les dieux des fleuves avec une tète de taureau. Corniger Hesperidum fluvius regnator aquarum , dit Virgile {Enéide , VIII, 77) , en parlant du Tibre.

94 POÉSIES, XXL

Les marques de ta valeur.

L'astre dont la course ronde i s >

Tous les jours voit tout le monde ,

N'aura point achevé Tan ,

Que tes conquêtes ne rasent

Tout le Piémont, et n'écrasent

La couleuvre de Milan. 1 9(1

Ce sera là que ma lyre,

Faisant son dernier effort,

Entreprendra de mieux dire

Qu'un cygne pi*ès de sa mort ;

Et se rendant favorable 1 \) "^

Ton oreille incomparable ,

Te forcera d'avouer,

Qu'en l'aise de la victoire

Rien n'est si doux que la gloire

De se voir si bien louer. a o u

Il ne faut pas que tu penses

Trouver de l'éternité

En ces pompeuses dépenses

Qu'invente la vanité;

Tous ces chefs-d 'œuvres antiques

Ont à peine leurs reliques ;

Par les Muses seulement

L'homme est exempt de la Parque ;

Et ce qui porte leur marque

184. Il V a ici une faute dans les éditions de iGSo et de xf)3i : douleur j comme deux vers plus haut, au lieu de valeur,

190. Le duché de Milau avait pour armes une couleuvre dévorant un enfant.

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