Vab. (K
Qu'il ne confesse.. ••
Sans ton assuré secoiu:^ ,
Étoieut les trames ourdies
Pour ensanglanter nos jours?
Et qu'auroit fait Tinnooence , i o 5
Si Toutrageuse licence,
De qui le souverain bien
Est d'opprimer et de nuire,
N'eût trouvé pour la détruire
Un bras fort comme le tien ? 110
Mon roi, connois ta puissance ,
Elle est capable de tout ;
Tes desseins n'ont pas naissance
Qu'on en voit déjà le bout ;
Et la fortune amoureuse 1 1 5
De la vertu généreuse
Trouve de si doux appas
A te servir et te plaire ,
Que c'est la mettre en colère
Que de ne l'employer pas. i a «>
Use de sa bienveillance,
Et lui donne ce plaisir.
Qu'elle suive ta vaillance
A quelque nouveau désir;
Où que tes bannières aillent , 1 a 5
Quoi que tes armes assaillent ,
11 n'est orgueil endurci.
Que brisé comme du verre ,
A tes pieds elle n'atterre ,
S'il n'implore ta merci. 1 3o
1 16. Vab. (K, K, m, O) : De ta vertu....
. ■ -ri
9a POÉSIES, XXI.
Je sais bien que les oracles
Prédisent tous qu'à ton fils
Sont réservés les miracles
De la prise de Memphis;
Et que c'est lui dont Tépée, i ^ s
Au sang barbare trempée ,
Quelque jour apparoissant
A la Grèce qui soupire ,
Fera décroître l'empire
De l'infidèle Croissant. 1 4 o
Mais tandis que les années
Pas à pas font avancer
L'âge où de ses destinées
La gloire doit commencer ,
Que fais-tu, que d'une armée, i ', s
A te venger animée ,
Tu ne mets dans le tombeau
Ces voisins dont les pratiques
De nos rages domestiques
Ont allumé le flambeau ? i 5 >
Quoique les Alpes chenues Les couvrent de toutes parts , Et fassent monter aux nues Leurs effroyables remparts ; Alors que de ton passage On leur fera le message, Qui verront-elles venir, Envoyé sous tes auspices,
i3i. Les oracles. Allusion aux nombreux lioroscopi^s faits et publiés à l'époque de la naissance du Dauphin. 148. Cej voisins. Le dao de Savoie.
Qu'aussitôt leurs précipices
Ne se laissent aplanir? i i\o
Crois-moi, contente Tenvie
Qu'ont tant de jeunes guerriers
D'aller exposer leur vie
Pour t'acquérir des lauriers;
Et ne tiens point ocieuses 1 6 5
Ces âmes ambitieuses,
Qui jusques où le matin
Met les étoiles en fuite ,
Oseront sous ta conduite
Aller quérir du butin. r 7 o
Déjà le Tessin tout morne
Consulte de se cacher.
Voulant garantir sa corne ,
Que tu lui dois arracher;
Et le Pô , tombe certaine i 7 5
De l'audace trop hautaine,
Tenant baissé le menton ,
Dans sa caverne profonde
S'apprête à voir en son onde
Choir un autre Phaéton. 180
Va , monarque magnanime , Souffre à ta juste douleur, .
Qu'en leurs rives elle imprime
i65. OcietueSy oisives.
173. Les poètes de Tantiquité ont en général représenté les dieux des fleuves avec une tète de taureau. Corniger Hesperidum fluvius regnator aquarum , dit Virgile {Enéide , VIII, 77) , en parlant du Tibre.
94 POÉSIES, XXL
Les marques de ta valeur.
L'astre dont la course ronde i s >
Tous les jours voit tout le monde ,
N'aura point achevé Tan ,
Que tes conquêtes ne rasent
Tout le Piémont, et n'écrasent
La couleuvre de Milan. 1 9(1
Ce sera là que ma lyre,
Faisant son dernier effort,
Entreprendra de mieux dire
Qu'un cygne pi*ès de sa mort ;
Et se rendant favorable 1 \) "^
Ton oreille incomparable ,
Te forcera d'avouer,
Qu'en l'aise de la victoire
Rien n'est si doux que la gloire
De se voir si bien louer. a o u
Il ne faut pas que tu penses
Trouver de l'éternité
En ces pompeuses dépenses
Qu'invente la vanité;
Tous ces chefs-d 'œuvres antiques
Ont à peine leurs reliques ;
Par les Muses seulement
L'homme est exempt de la Parque ;
Et ce qui porte leur marque
184. Il V a ici une faute dans les éditions de iGSo et de xf)3i : douleur j comme deux vers plus haut, au lieu de valeur,
190. Le duché de Milau avait pour armes une couleuvre dévorant un enfant.