‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 13 sur 268 · XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

secours de sa maison que peut-être un tonneau de cidre ^ » il fut obligé d^emprunter douze cents écus « pour s'entretenir lui et sa famille > jusqu'en i Sg3, époque où sa femme retourna en Provence. Il ne la rejoignit que deux ans après, en mai i SgS, et revint au mois d^août i SgS en Normandie, où il séjourna jusqu'en décembre de l'année suivante. Chacun de ces deux séjours dans son pays natal fut marqué par une cruelle épreuve. Sa femme était près de lui à Caen, quand le 29 octobre i587, ils perdirent leur unique enfant, Henri, âgé de deux ans. Il était seul lorsque le ^3 juin 1^99, il vit expirer entre ses bras sa fille Jourdaine, qui était née en 1691. On a conservé une partie de la lettre qu'il écrivit à sa femme pour lui annoncer le coup qui les frappait, et nous la transcrivons ici d'autant pins volontiers qu*elle porte l'empreinte d'un profond sentiment de douleur, dont on ne retrouve guère de trace dans Tépitaphe pompeuse * qu'il fit graver sur le tombeau de celle qu'il avait d'abord pleuréc si amèrement.

« J'ai bien de la peine à vous écrire cette lettre, mon cher cœur, et je m'assure que vous n'en aurez pas moins à la lire. Imaginez- vous , mon âme , la plus triste et la plus pitoyable nouvelle que je saurois vous mander : vous l'entendrez par cette lettre. Ma chère fille et la vôtre, notre belle Jordaine, n'est pins au monde. Je fonds en larmes en vous écrivant ces paroles^ mais il faut que je les écrive, et faut, mon cœur, que vous ayez Tamertume de les lire. Je possédois cette fille avec une perpétuelle crainte, et m'étoit avis, si j'étois une heure sans la voir, qu'il y avoit un siècle que je ne Pavois vue. Je suis, mon cœur, hors de cette appréhension ; mais j'en suis sorti d'une façon cruelle et digne de regrets, s'il en fut jamais une bien cruelle et bien regrettable. Je m'étois proposé de vous ^ consoler; mais comme le ferois-je, étant désolé comme je suis? Recevez cet ofiBce d'un autre, mon cœur; car de moi je ne puis si peu me représenter cet objet et me ressouvenir que je n'ai plus ma très-chère fille, que je ne perde toutes les considérations qui me devroient donner quelque patience, et ne haïsse tout ce qui me peut diminuer ma douleur. J'ai aimé

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