‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 191 sur 268 · HISTOIRE SAINTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE SAINTE

ODE

Cette pièce est Tune des dernières qa*ait faites Malherbe (il y parle, à la quatrième stance, de la mort de son fils), et pourtant on pourrait la croire de la jeunesse du poète, tant il y a de négligences et de mauvaises rimes ; évidemment il n'a pas eu le temps d*y mettre la dernière main. — Elle fut publiée pour la première fois, et avec une foule d*incorrections, dans le tome I de la Continuation des mémoires de littérature de M, de Salengre (Paris, 1726), par le P. Bougerel , d'après une copie tirée des manuscrits de Peireso (no xu), conservés actuellement à la bibliothèque de Carpentras. Le savant bibliothécaire de cette ville, M. Lambert, a bien voulu prendre la peine de coUationner l'imprimé sur la copie, et grâce à lui nous avons pu donner un texte aussi exact que possible. Nous le prions de recevoir ici tous nos remercîments.

A l'ode était jointe une lettre que l'on trouyera plus loin. — On ignore si V Histoire sainte a jamais été imprimée. Son auteur était un gentilhomme de Provence de la maison de Villeneuve.

La Garde, tes doctes écrits Montrent le soin que tu as pris A savoir toutes belles choses ; Et ta prestance et tes discours Étalent un heureux concours De toutes les grâces écloses.

Davantage tes actions

'a. Ce n'est pas le seul hiatus de l'ode. Voy. y. 63,

Captivent les aflections ^ Des cœurs, des yeux et des oreilles;

Forçant les personnes d'honneur i o

De te souhaiter tout bonheur Pour tes qualités nonpareillcs.

Tu sais bien que je suis de ceux Qui ne sont jamais paresseux A louer les vertus des hommes; i &

Et dans Paris en mes vieux ans ** Je passe en ce devoir mon temps,

Au malheureux siècle où nous sommes.

Mais, las! la perte de mon fils , ^ Ses assassins dWgueil bouffis, ao

Ont toute ma vigueur ravie ; L'ingratitude et peu de soin Que montrent les grands au besoin.

De douleur accablent ma vie.

Je ne désiste pas pourtant 2 6

D'être dans moi-même content

D'avoir bien vécu dans le monde,

Prisé (quoique vieil abattu)

Des gens de bien et de vertu :

Et voilà le bien qui m'abonde. 3o

Nos jours passent comme le vent ; Les plaisirs nous vont décevant ; Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles d'un jour;

34. Il y a ici pléonasme, car heméroca/Ies signifie c beautés d*un joor. »

Grandeurs, richesses et Tamour 3 5

Sont fleurs périssables et vaines.

Nous avons tant perdu d'amis,

Et de biens, par le sort transmis

Au pouvoir de nos adversaires ;

Néanmoins nous voyons du port 4 <>

D'autrui le débris et la mort ,

En nous éloignant des corsaires.

Ainsi puissions-nous voir longtemps

Nos esprits libres et contents,

Sous rinfluence d un bon astre. 4 5

Que vive et meure qui voudra !

La constance nous résoudra

Contre leffort de tout dt*sastre.

Le soldat remis par son chef,

Pour se garantir de méchef , 5 •

En état de faire sa garde,

N'oseroit pas en déloger

Sans congé, pour se soulager.

Nonobstant que trop il lui tarde;

Car s'il procédoit autrement, 5 5

Il seroit puni promptement,

Aux dépens de sa propre vie.

Le parfait chrétien tout ainsi,

Créé pour obéir ici,

Y tient sa fortune asservie. (io

11 ne doit pas quitter le lieu Ordonné par la loi de Dieu ; Car Ta me qui lui est commise,

Félonne ne doit pas fuir

Pour sa damnation n'encourir, 65

Et n'être en l'Érèbe remise.

Désolé je tiens ce propos,

Voyant approcher Atropos

Pour couper le nœud de ma trame ;

Et ne puis ni veux Téviter, 7 o

Moins aussi la précipiter;

Car Dieu seul commande en mon âme.

Non, Malherbe n'est pas de ceux

Que l'esprit d'enfer a déceus

Pour acquérir la renommée 7 5

De s'être affranchis de prison

Par une lame, ou par poison.

Ou par une rage animée.

Au seul point que Dieu prescrira.

Mon Âme du corps partira s o

Sans contrainte ni violence ;

De l'enfer les tentations.

Ni toutes mes afflictions

Ne forceront point ma constance.

Mais, la Garde, voyez comment s r^

On se divague doucement,

Et comme notre esprit agrée

De s'entretenir près et loin ,

Encor qu'il n'en soit pas besoin ,

Avec l'objet qui le récrée. 90

65. Damnation devrait avoir ici quatre syllabes, comme tentation et affliction y qui se trouvent un peu plus loin (v. 8a et 83). 74* DéceuSj déçus.

J'avois mis ma plume à la main ,

Avec rhonorable dessein

De louer votre sainte Histoire;

Mais Tamitié que je vous dois ,

Par delà ce que je voulois 9 5

A fait débaucher ma mémoire.

Vous m étiez présent en l'esprit ,

En voulant tracer cet écrit ;

Et me sembloit vous voir paroître

Brave et galant en cette cour, 1 00

Où les plus huppés à leur tour

Tâchoient de vous voir et connoître.

Mais ores à moi revenu ,

Conmie d'un doux songe advenu

Qui tous nos sentiments cajole ; i o 5

Je veux vous dire franchement ,

Et de ma façon librement ,

Que votre Histoire est une école.

Pour moi, en ce que j'en ai veu J'assure qu'elle aura l'aveu De tout excellent personnage ; Et puisque Malherbe le dit , Cela sera sans contredit , Car c'est un très-juste présage.

Toute la France sait fort bien 1 1 5

Que je n'estime ou reprends rien Que par raison et par bon titre , Et que les doctes de mon temps Ont toujoui-s été très-contents

De m 'élire pour leur arbitre.

Malurkbr. 1 Ifj

1 ai»

a£H> POÉSIES, CV.

La Garde, vous m'en croirez donc,

Que si Gentilhomme fut onc

Digne d'étemelle mémoire,

Par vos vertus vous le serez.

Et votre los rehausserez i a s

Par votre docte et sainte Histoire.

POÉSIES, CVI. agi

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