I. Cest-à-dire au cercle de la Reine
a. Antoinette de Pons, marquifte de GuercheyiUe, morte en i6'ia.
3. Bfarie Vignon , fille d*un fourreur de Grenoble, mariée en premières noces à on drapier nommé Mathel, qui fut assassiné en if>i4* Trois ans après elle épousa le connétable, avec lequel elle vivait depuis longtemps. Voyez Taillemant, Historiette du connétable de Jjesdiguières (édit. P. Paris, tome l, p. 137).
ixYiii VIE DE MALHERBE
et qu'il aimoit mieux manger un chapon avec un voleur qu'avec trente capucins.
Quand son fils fut assassiné par M. de Piles, il alla exprès au siège de la Rochelle en demander justice au Roi, de qui n'ayant pas eu toute la satisfaction qu'il espèroit, il disoit tout haut dans la cour d'Estrées, qui étoit alors le logis du Roi^ qu'il vouloit demander le combat contre M. de Piles. Des capitaines des gardes et autres gens de guerre qui étoient là se sourioient de le voir à cet âge parler d'aller sur le pré, et le sieur de Racan, comme son ami , le voulut tirer à part pour lui donner avis qu'il se faisoit moquer de lui, et qu'il étoit ridicule , à l'âge de soixante-treize ans qu'il avoit , de se battre contre un homme de vingt-cinq ans. Sans attendre qu'il achevât sa remontrance, il lui répliqua brusquement : « C'est pour cela que je le fais : je hasarde un sol contre une pistole. »
Une année que la Chandeleur avoit été un vendredi, ayant gardé quelque reste de gigot du mouton du jeudi, dont il faisoit une grillade le samedi matin, sur les sept à huit heures, et comme après la Chandeleur l'Église ne permet plus de manger de viande le samedi, le sieur de Racan, entrant dans sa chambre à l'heure qu'il faisoit ce repas extraordinaire, lui dit: « Quoi, Monsieur, vous mangez de la viande? Notre Dame n'est plus en couche. » M. de Malherbe se contenta de lui répondre assez brusquement , à son ordinaire , que les dames ne se levoient pas si matin.
Sa façon de corriger son valet étoit assez plaisante. Il lui donnoit dix sols par jour, qui étoient honnêtement en ce temps-là, jK>ur sa vie, et vingt écus de gages ; et quand son valet l'avoit fâché, il lui faisoit une remontrance en ces termes : « Mon ami, quand on a offensé son maître, on offense Dieu ; et quand on offense Dieu, il faut, pour avoir absolution de son péché, jeûner et donner l'aumône ; c'est pourquoi je retiendrai cinq sols do votre dépense, que je donnerai aux pauvres à votre intention, pour Texpiation de vos péchés. »
Étant allé visiter Mme de Bellegarde au matin, un peu après la mort du maréchal d'Ancre, comme on lui dit qu'elle étoit allée à la messe, il demanda si elle avoit encore quelque chose à demander à Dieu, après qu'il avoit délivré la France du maréchal d'Ancre.
PAR RACAN. Lxix
Un jour que M. de Mésiriac*, avec deux ou trois de ses amis, lui apporta un livre d^arithmétique d'un auteur grec nommé Diophante, que M. de Mésiriac avoit commenté, et ses amis lui louant extraordinairement ce livre, comme un travail fort utile au public , M. de Malherbe leur demanda s'il feroit amender le pain et le vin.
U fit presque une même réponse à un gentilhomme de la religion qui Timportunoit de controverse, lui demandant pour toute réplique si on boiroit de meilleur vin, et si on vivroit de meilleur blé à la Rochelle qu'à Paris.
Il n'estimoit aucun des anciens poètes françois , qu'un peu Bertaut'; encore disoit-il que ses stances étoient nichilau dos^y et que pour trouver une pointe à la fin, il faisoit les trois premiers vers insupportables.
U avoit été ami de Régnier le satirique, et Testimoit en son genre à Tégal des Latins; mais la cause de leur divorce arriva de ce qu'étant allés diner ensemble chez M. Desportes*, oDcle de Régnier, ils trouvèrent que Ton avoit déjà servi les potages. M. Desportes reçut M. de Malherbe avec grande civilité, et offrant de lui donner un exemplaire de ses Psaumes qu'il avoit nouvellement faits, il se mit en devoir de monter en sa chambre pour l'aller quérir. M. de Malherbe lui dit qu*il les avoit déjà vus, que cela ne valoit pas qu'il prît la peine de remonter, et que son potage valoit mieux que ses Psaïunes. Il ne laissa pas de dîner avec M. Desportes, sans se dire mot, et aussitôt qu'ils furent sortis de table, ils se
I. C G. Bachet de Méziriac, littérateur et mathéinatici(*n, membre de TAcadémie française, iié en i58i, mort en i638. Son édition de \ Àrukmétique de Diophante parut en i6ai, in-f*".
T. J. Bertaut, évèque de Séez, né à Caen en iSSa, mort en 1611.
3. t Xichil au dos^ rapporte le Dictionnaire de Trévoux, s'est dit, Mii^-ant Henri Estieune, des pourpoints dont le devant étoit de velours et le derrière d'une étoffe de vil prix, et a été appliqué généralement à toutes les choses qui avoient un hel extérieur, auquel l'intérieur ne répondoit point. » Nickil est une forme souvent employée dans la basse latinité pour nihiL
4* Ph. Desportes, abbé ae Tiron, né à Chartres en i546, mort en 1606. La première édition de sa traduction en vers des cent cinquante psaumes parut en i6o3; il en avait publié soixante en iSgi; cnit en 1598.
séparèrent et ne se sont jamais vus depuis. Cela donna lioi à Régnier de faire la satire contre Malherbe, qui commence
Rapin, le faYori*, etc.
11 n^estimoit point du tout les Grecs , et particulièrement i s'étoit déclaré ennemi du galimatias de Pindare.
Pour les Latins, celui qu'il esdmoit le plus étoit Stace, qv a fait la Thébaîde, et après Sénèque le Tragique, Horace Ju vénal, Ovide, Martial.
Il estimoit fort peu les Italiens, et disoit que touf les sonnet de Pétrarque étoient à la grecque^ aussi bien que les épigram mes de Mlle de Goumay '.
Il se faisoit presque tous les jours , sur le soir , quelque pe tite conférence, où assistoient particulièrement Colomby, May nard , Racan , Dnmonstier' et quelques autres dont les nom n^ont pas été connus dans le monde; et [un jour], un habi tant d'Aurillac, où Maynard étoit alors président, vint heurte à la porte en demandant : « Monsieur le Président est-il poii ici ? » Cela obligea M. de Malherbe à se lever brusquemei pour courir répondre à cet habitant : « Quel président demai dez-vous? Apprenez qu'il n'y a point ici d'autre présidei que moi. >
Quelqu'un lui disant que M. Gaumin* avoit trouvé le secn d'entendre le sens de la langue punique, et qu'il y avoit fait I Pater noster^ il dit à l'heure même assez brusquement, à so ordinaire : « Je m'en vais tout à celte heure y faire le Credo i et à rinstant il prononça une douzaine de mots qui n'étoiei