‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 90 sur 268 · Vab. (D) : Ainsi perdit tout réconfort · texte numérisé non relu

Vab. (D) : Ainsi perdit tout réconfort

lo-ia. Alcyone, fille d'Éole; son époux Céyx ayant péri dans un naufrage, elle se précipita dans la mer, et Thétis les cliangea tous deux en alcyons.

Qui témoignez du sentiment ,

O trop fidèle Garitée : i 5

En toutes âmes Tamitié ,

De mêmes ennuis agitée ,

Fait les mêmes traits de pitié.

De combien de jeunes maris

En la querelle de Paris a o

Tomba la vie entre les armes ,

Qui fussent retournés un jour,

Si la mort se payoit de larmes ,

A My cènes faire Tamour!

Mais le destin qui fait nos lois , ^ 5

Est jaloux qu'on passe deux fois

Au deçà du rivage blême;

Et les Dieux ont gardé ce don ,

Si rare , que Jupiter même

Ne le sut faire à Sarpédon. 3o

Pourquoi donc si peu sagement , Démentant votre jugement ,

i3-i8. Var. (D) :

Vous n*étiez seule en ce malheur, Qui témoigniez de la douleur, Belle et divine Caritée :

En toutes âmes Tamitié, Des mêmes ennuis agitée, Sent les mêmes traits de pitié.

3o. Var. (P) : Ne le put....

On connaît dans la Fable deux héros du nom de Sarpédon. Tous deux avaient pour père Jupiter, qui accorda à Tun (fils d*Europe) de vivre trois âges d*homme, et qui ne put sauver Tautre (fils de Laodamie), tué par Patrocle au siège de Troie.

3a. Var. (D et E) :

Trompant Totre beau jugement.

Malherbe, i 3

Passez-vous en cette amertume

Le meilleur de votre saison ,

Aimant mieux plaindre par coutume , 3 5

Que vous consoler par raison ?

Nature fait bien quelque effort ,

Qu'on ne peut condamner qu'à tort ;

Mais que direz-vous pour défendre

Ce prodige de cruauté , 4 o

Par qui vous semblez entreprendre

De ruiner votre beauté ?

Que vous ont fait ces beaux cheveux ,

Dignes objets de tant de vœux ,

Pour endurer votre colère ? 4 5

Et devenus vos ennemis ,

Recevoir Tinjuste salaire

D*un crime qu'ils n'ont point commis?

Quelles aimables qualités

En celui que vous regrettez 5 o

Ont pu mériter qu'à vos roses

Vous ôtiez leur vive couleur,

Et livriez de si belles choses

A la merci de la douleur?

36. Dans les deux éditions D et £, de i6oo et de i6o3, cette stance était suivie de celle-ci, qui terminait la pièce et que Malherbe a complètement modifiée lorsqu'il a ajouté six stances nouvelles (voyez plus loin vers 69-72) :

Quelle injustice faites-vous

Aux yeux que vous aurez si doux,

Quand vos orages seront calmes,

De refuser de les guérir

£t ne les apprêter aux palmes

Qu'ils brûlent de vous acquérir!

Remettez- vous rame en repos, Si

Changez ces funestes propos ;

Et par la fin de vos tempêtes ,

Obligeant tous les beaux esprits,

Conservez au siècle où vous êtes

Ce que vous lui donnez de prix. 60

Amour autrefois en vos yeux

Plein d'appas si délicieux ,

Devient mélancolique et sombre,

Quand il voit qu'un si long ennui

Vous fait consumer pour une ombre fi 5

Ce que vous n'avez que pour lui.

S'il vous ressouvient du pouvoir Que ses ti*aits vous ont fait avoir, Quand vos lumières étoient calmes, Permettez-lui de vous guérir, : o

Et ne différez point les palmes Qu'il brûle de vous acquérir.

Le temps d'un insensible cours

Nous porte à la fin de nos jours ;

C'est à notre sage conduite , 7 5

Sans murmurer de ce défkut ,

De nous consoler de sa fiiite ,

En le ménageant comme il faut.

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