TROISIÈME PARTIE
Enfin Tindécision et Tincertitude conduisent souvent au préjugé et à la surprise: c'est le dernier écueil de la piété des grande.
Oui , mes Frères, la piété a ses erreurs comme le vice. Plus on aüue la vérité, plus tont ce qui se couvre de ses apparences peut nous séduire : la vertu simple et sincère, juge des autres par ellemême. C’est pre»iue toujours notre propre obliquité qui nous instruit à la défiance ; on est moins en garde contre la fraude et l’artifice , quand on n’a jamais fait usage que de la droiture et de la simplicité; et les Justes sont plus exposés à être surpris, parce qu’ils ignorent eux-méroes Tart de surprendre.
Mais c’est dans les grands surtout, Sire , que la piété doit craimlre les préjugés et la surprise. Outre que les suites en sont plus dangereuses, c’est que, nés , disoit autrefois Assuérus, plus droiu et plus sincères, iis sont d’autant plus susceptibles de préjugés, qu’ils aiment moins la peine de Texamen et Tembarras de la défiance, et qu’ils trou v ent
KCLEILS DE I..V PIETE DES GUAÎVDS. «17
plu!> cuurt et plus aisé de juger sur ce qu’un leur dit , que de l’approfondir et de s’en convaincre : Z>uin aures prinripum simpHcrs, fl ex svu iialura altos tesUmanles , calliUa (ravde decipiuat. (Esth., XVI, 16.)
El de combien de sortes de préjugés la piété dans les grands ne peut-elle pas les rendre capables ! Préjugés de crédulité. C’est la piété ellemême qui ouvre souvent leurs oreilles à la malignité de la ealomnie ; et plus Ils aiment la vertu , plus aisément on leur rend suspects de dissolution et de vice ceux qu’une basse jalousie a intérêt de perdre. Mais tout zèle qui clierche à nuire doit leur être suspect ; la véritable piété , ou ne croit pas facilement le mal , on, loin de le publier , le cache du moins et l'excuse : elle ne cherche pas à rendre son frère odieux à ses maîtres, elle ne cherche qn’à le réconcilier avec Dieu ; les délations secrètes se proposent plus le renversement de la fortune d’autrui que le réglement de ses mœurs, et d’ordinaire le délateur découvre plus ses propres vices que les vices de son frère.
Préjugés de confiance. L’hypocrite prend souvent auprès d’eux la place de l'homme de bien ; ils donnent aux apparences de la piété l’accès, les places, la confiance, qui n’etoienl dues qn’à la piété elle- même : ils chargent desoins publics ceux qui, par leurs lumières bornées, n’étoient nés que pour vaquer aux fonctions les plus obscures. Des mœurs réglées tiennent lieu auprès d’eux des plus grands talents et des services les plus importants; et ils décrient la vertu par les bveuts mêmes dont iis l'bonorent.
Enfin, préjugés de zèle. C’est ici où les princes les plus pieux ont trouvé souvent dans leur zèle même l’écueil de leur piété. Les Constantin , les Tliéodose ont vu autrefois leur amour pour l’Eglise se tourner contre l’Église même, et favoriser l’erreur par no zèle de la vérité. Les princes. Sire , ne doivent toucher à la religion que pour la protéger et pour la défendre : leur zèle n’est utile à l’Église que lorsqu’il est demandé par les pasteurs. Les sollicitatiuns des dépositaires de la doctrine sont les seules qui doivent avoir du crédit auprès d’eux, lorsqu’il s’agit de la doctrine elle-même; toute autre voix que la voix unanime des pa.steura doit leur être suspecte. C’est ici où ils ne doivent se réserver que l’honneur de la protection , et leur bisser celui de U décision et du jugement. Les évêques sont leurs sujets , mais ils sont leurs pères selon la foi. Leur naissance les soumet à l'autorité du Irène ; mais sur les mystères de la foi , l’autorité du Irène fait gloire de se .soumettre à celle de l’Église. Les princes n’eu sont que les premiers
eiifaiiU; et nos rois ont toujours regardé le titre de -ses fils aînés romme le plus beau titre de leur couronne. Ils n’ont point d’autre droit que de faire exécuter ses décrets, et, en s’y soumettant les premiers , donner l’exemple de la soumission aux autres fidèles. Dès qu’ils ont vouIn aller plus loin , et usurper sur la doctrine un droit réservé an sacerdoce, ils ont aigri les maux de l’Église, loin d’y remédier : leurs tempéraments ont été de nouvelles plaies, et ont enfanté de nouveaux excès. Toutes les conciliations inventrés pour calmer les esprits rebelles et les ramener à l’unité les ont autorisés dans leur séparation et leur révolte ; et leur autorité a toujours perpétué les erreurs, quand elle < a voulu se mêler toute seule de les rapprocher de la vérité. Ils peuvent enviionuer l’arclie et la garder comme David, mais ce n’est |ias à eux à y porter les mains. Le trône est élevé pour être l’appui et l’asile de la doetrine sainte ; mais il ne doit jamais en être la règle , ni le tribunal d’où partent ses décisions.
Hélas! si les passions et les intérêts humains n’environnoient pas le trône, sans doute la piété des .souverains seroit la plus sûre ressource de l’Église: mais souvent, ou l’on fait agir leur religion contre leurs pnipres intérêts ; oii l’on se sert du vain prétexte de leurs intérêts, pottr les faire agir contre la religion même.
Les préjugés sont donc presque inévitables à la piété dés grands : mais c’est l’obstination dans le préjngé, qui rend le mal plus incurable. Il ne leur est pas honteux d’avoir pn être surpris ; hélas! comment ponrroient-ils s’en défendre? tout ce qui les environne presque, s’étudie à les tromper : est-il étonnant que l’attention se relAclie quelquefois , et qu’ils puissent se laisser séduire ? L’artifice est plus hahile et plus persévérant que la défianee ; il prend tontes les formes , et met à profit tous les moments : et quand tous ceux presque qui nous approchent ont intérêt que nous nous trompions, nos précautions elles-mêmes les aident souvent à nous conduire au piège.
IVbis, Sire, s’il n’est pas honteux aux princes d’être surpris, malheur inévitable à l’autorité .suprême, il leur est glorieux d’avouer qu’ils ont pu l’être. Hien n’est plus grand dans le souverain que de vouloir être détrompé , et d'avoir la force de convenir soi-même de sa méprise, .èssuérus ne crut point déroger à la majesté Je l’empire en déclarant , même par un édit public . que sa bonne foi avoit été surprise par les artifices d’.Aman. C’est un mauvais orgueil de croire qu’on ne peut avoir tort ; c’est une foiblesse de n’oser reculer, quand on Kilt qu’on nous a fait faire luie fausse démarche.
nniAiNciii. uKü nAMK.u;x.
Les variations qui noua ramènent au vrai , alTerniisscnt l'autoribi loin tle l'afraiblir. Ce n’est pas se démentir que de revenir de sa méprise : ce n'est pas montrer aux peuples l’incunstance du gouvernement; c’est leur en étaler l’équité et la droiture. Les peuples savent assex et voient assez souvent que les souverains peuvent se tromper; mais ils voient rarement qu’ils saclient se désabuser et convenir de leur méprise. Il ne Taut [las craindre qu’ils respectent moins la puissance qui avoue son tort et qui se condamne elle-même; leur respect ne s’affoiblit qu’envers celle ou qui lie le connoit pas , ou qui le justilie : et dans leur esprit, rien ne désbonore l’autorité ipie la foiblesse qui se laisse surprendre, et la mauvaise gloire qui croiroit s’avilir en convenant de son erreur et de sa surprise.
Sire , fermez l’oreille aux mauvais conseils et aux insinuations dangereuses de l’adulation : mais comme elles se couvrent du voile du bien public , et que tôt ou tard elles trouvent accès auprès du trône; si l’inattention vous les a fait suivre, que rintérèt seul de votre gloire , quand vous serez détromfié , vous les fasse i l’instant désavouer. Il est encore plus glorieux d’avouer sa surprise que de n’avoir pas été surpris. Rien n’est plus beau dans le souverain, qui ne dépend de personne, que de vouloir toujours dépendre de la vérité. On craindra de vous en imposer, quand l’imposture et l’adulation démasquées n’auront plus à attendre (|ue votre désaveu et votre colère. C’est l’orgueil des rois tout seul qui autorise et enhardit les adulations et les mauvais conseils : et s’il est vrai que ce sont d’ordinaire les adulateurs qui font les mauvais rois , il est encore plus vrai que ce sont les mauvais rois qui forment et multqilient les adulateurs.
C’est en évitant ces écueils, que la piété des grands deviendra respectable ; qu’ils lui rendront la gloire et la dignité que les dérisions du monde ou les foiblesses de la fausse vertu lui ont pres<|ne ôtees , et qu’on n'entendra plus se perpétuer parmi les hommes ce blasphème si injurieux à la religion : que les princes pieux sont les moins propres à gouverner ; et que la pieté peut en faire de grands saints , mais qu’elle n’en fera jamais de grands rois.
Puissent ces discours licencieux , Sire , ne jamais blesser l’innocence de vos oreilles ! Mais si l’adulation ose les porter un jour jusques au pied de votre trône , qu’il en sorte des éclairs et des foiidris |X)ur confondre ces ennemis de la religion et de votre véritable gloire ! liàxiutez ces adulations impies comme des blasphèmes coutre la majesté des rois, uunuue des outrages faits à vos plus glorieux
ancêtres , aux Cliarleniagne , aux saint Louis , i votre auguste bisaïeul. C’est par une piété tendre et sincère qu’ils devinrent de grands rois. Leur zèle pour la religion les a encore plus illustrés que leurs victoires. Les louanges que i’Kglise leur donnera à jamais, dureront autant que l’Êgtise ellemême. Leurs grandes actions , on auroient été ensevelies dans la révolution des temps, ou n’eussent eu qu’un éclat vnlgahe, si la piété ne les eût immortalisées.
Soyez, Sire, comme eux, le défenseur de la gloire de Lieu , et il ne pei mettra pas que la vôtre s’efface jamais de la mémoire des Iwmmes. JustiOez , en vous proposant ces grands modèles , que la piété ne désiionore point les rois ; que les passions toutes seules avilissent le trône et dégradent le souverain ; qu’on n’est pas digne de régner quand on ne règne pas sur soi-même; et que pour être dans les Âges suivants aussi grand qu’eux aux yeux des hommes, il faut avoir été comme eux fidèle à Dieu.
Grand Dieu ! plus le trône est environné de pièges, plus les rois ont besom que vous les environniez de votre protection et des secours de votre grande miséricorde. Mais plus une tendre jemiesse et une enfance délaissée à cUe-même et à tous les périls de la royauté expose cet enfant auguste, pins il doit devenir l’objet de vos soins et de votre tendresse paternelle.
Armez de bonne heure l’innocence de son encor contre les dérisions qui avilissent la piété, et contre les écueils de la piété même : donnez-lui ces vertus qui sanctifient l’homme, et qui font en même temps le grand roi ; faites qu’il respecte cenx qui vous servent , et qu'il serve lui-même le Dieu de ses pères avec cette majesté qui seule (leut rendre les lois respectables.
Jetez les yeux snr loi do bant du ciel, grand Dieu , et voyez ici à vos pieds cet entot angoste et précieux , la seule ressource de la monarchie , l’enfant de l'Europe, le gage sacré de la paix des peuples et des natioos! Les entrailles de votre miséricorde n’en sont-elles pas émues? regardez-le , grand Dieu , avec les yeux et la tendresse de toute la nation !
Ecoutez la première voix de son cœur innocent , qui vous dit ici , comme autrefois un saint roi : Dieu de mes pères , regardez-moi I laissez-vous loucher de pitié à la vue des périls que mon âge et mon rang me préparent , et qui vont m’entourer de toutes parts au sortir de l’enhnce ! êfesplce in me, et miserere iiiei ! (Ps. Lxxxv, 16.) Soyer vous-même le défenseur de mon trône et de ma jeunesse; conservez l’empire à l’enfant de tant de rois, et qui ne connoit pas de litre plus glorienx
Stii LES OB8
que d’ètre le premier né de vos enfants : Da impe> rtun» puero tHO. •
Mais que U conservation d’une coorooiM terret> tre , grand Dieu, ne soit pas le seul de vos bienfaits ! sauvez le fils d’Adélaïde , des Blandie , des Clotitde , et de tant de pieuses princesses qui me portent encore devant vous dans leur sein comme Tenfaot de leur amour et de leurs plus chères espérances : £< «afniin foc filium aneillœ liur. Et puisque l’innocence attire toujours sur elle vos regards les plus propices et les plus tendres , oonser- ▼ez-la-rooi , grand Dieu, aussi long-temps que ma couronne , afin qu’après avoir r<^é par vous heureusement sur la terre , je puisse régner avec vous éteniellemeut dans le ciel.
j^insi loil-if.
SERMOÏN
l'OL'n LE VEM)HEÜ1 SA1>T.
SUR LES OItSTACLES
Oi t U vtam TtuevE PAV8 U cona des giauis.
.4slitri-Hnt re^ft tfriv, et prineipeê fouprurrunt fit «Niim. adtersus Domintim etatherstu Otrirtam
Lfr« rois dr b iriTf tt sont présentés, et les princes se sont tsseiitf)lés, contre te setgneor et contre son ChrtsL
Toutes les pnissanees de la terre semblent se réunir atijoord’boi pour condamner Jésus-Christ à la mort ; et la mort de Jésus-Christ n'esi qu’une condamnation édatinle des pasrioos des grands et des puissants de la terre.
C’est un pontife étemel qni s’offre Ini-inéme pour son peuple , comme la seule victime capable d’expier ses iniquités et d’apaiser la colère de Dieu ; c’est un mtnislre et un envoyé de son Père, qui rend témoignage par son sang à la vérité de sa mission et de son ministère; c’est un rot qui entre en possession par sa mort de l’eoqnre de l’univers : il réunit en sa persoiuie tous les litres glorieux dont l’orgueil des liommes se pare.
Cependant ce pontife est livré aujourd’hui parla jalousie des graods-préires; ce ministre et cet envoyé du ciel oppose en vain son innocence à l’ambition et à 1a lâciieté d’un luinisire de César; ce rw,è qui toutes les nations ont été données comme son héritage, devient le jouet de rindiiïérence et de la vaine curiosité d’un roi usurpateur de la Ju-
lACLLS, Ere. oHU
dée. 11 failoit que tout ce qui porte le nom de grand sur la terre, la jalousie des pontifes, la làdielé de Pilate et l’indifférence d’Uérode, en condamnant Jésus-Christ , lissent éclater sa grandeur etaa puissance : .-tiliffrunl regts terrœ. etc.
De toutes les instructions que nous offre aujourd’hui le spectacle de la croix, U n’en est pas id de plus convenable ; et pujsque nous ne saurions en exposer à votre piété toutes les circonstances, contentons-nous de vous y montrer les obstacles que la vérité trouve dans le cœur des grands de la terre : c’est-à-dire Jésus-Christ condamne à la mort par les passions des grands , et les passions des grands condamnées par la monde Jésus-Christ.
Sire, la vérité , toujours odieuse aux grands , trouve encore aujourd’hui sur la terre les mêmes ennemis qui l’aUadièreiit autrefois avec Jesus- Cbrist sur la croix : la jalousie la persécute, un làdie intérêt la sacrifie ; l’indinerence la méprise , et 1a tourne même en risée.
' Mais de toutes les passions que les hommes opposent à la vérité , la jalousie est la plus dangereuse parce qu’elle est la plus incurable : c’est un vice qui mène à tout, parce qu’on se le déguise toqjours àsoi-mème ; c’est rebnemi éternel du mérite et de la vertu ; tout ce que les hommes admirent l’enflamme et l’irrite; il ne pardonne qu’au vice et à l’obscurité: il faut être indigne des regards publics pour mériter ses égards et son indulgence.
Si les prodiges de Jésus-Christ avoienl moins éclaté dans la Judée, les princes des prêtres moins éblouis de sa gloire, ne lui eussent pas disputé son iiuiocence; et leur zèle jaloux ne l’auroit pas trouvé digne de mort, s'il ne l’eut été des louanges et des acclamations publiques: Quid factnius,quia hic homo multa signa fadt ?(Joan., ti, 47.)
Telle est l’impression de liaine et de jaluusieque la grande renommée de Jésus-CbrUl fuit sur le cœur des pontifes et des prêtres, des dépositaires de la loi et de la reli^on. Mais , liélas ! faut-il que le sanctuaire lui-niéme deviemie presque toujours l’asile d’une passion si méprisable; que les dons éclatants de l’Esprit de paix et de clurilé mettent l’aiiierlume et la division parmi tes ministres ; que la moisson si abondante et qui manque d’ouvriers, excite des senümeuts de jalousie parmi le petit nombre de ceux qui travaillent ; que les anges destinés au ministère ne puissent arracher les scandales du royaume de Jésus-Chrisl sans y en mcllre un nouveau ; que dès la naissance de l’Evangile cette triste zizanie se soit glissée parmi scs plua
VKADKLÜl àAlM.
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saints ouvriers; et que rK.çlise rouvenl soit presque an^si arili^e p«ir le faux z^le qui la d(Tend , que par Terreur ni<'me qui Tatlaque ! Foun u que Jésus-Christ soit annoncé^ la ;;Ioire n’en est*elle pas commune à tous ceux qui Tainieni? ne partageons-nous pas ses triomphes , dès que nous ne combattons que pour lui ? et tous les succès qui agrandissent son royaume ne deviennenl-iU pas les nôtres? C’est lui seul i{ui donne Taccroissement , et nos fuibles travaux ne sont plus comptés pour rien dès <|ue nous les comptons nous-mêmes pour quelque chose.
Tous les traits les plus odieux semblent se réunir dans uu ctrur où domine celle passion injuste de Teinie. Cependant c’est le vice et comme la contagion universelle des cours , et souvent la première source de la décadence des empires : il iTesl point de bassesse que celle passion ou ne consacre on ne juslilie , elle éteint même les sentiments les plus nobles de l’éducation et de la naissance; et dès ({ue ce [K)i$on a gagné le cœur , on trouve des âmes de boue où la nature avoit d’aliord placé des âmes grandes et bien nées.
r>a mauvaise foi n’est plus comptée pour rien : C'*8 grands-prêtres cherchent eux-mêmes de faux témoignages contre Jéstis Chrlsl ; eux qui dévoient proscrire ces hommes infâmes qui font un trafic honteux de la vérité» et de Tinnocence des autres hommes, ils se les associent, et favorisent le crime qui Civorise leur passion.
C’est ainsi que ce vice ne rougit point de se faire des appuis honteux et méprisables. Les hommes les plus décriés et les plus perdus, on les adopte dès qu’il veulent bien adopter et senir l’amertume secrèlequi nous dévore ; iis nous deviennent chers, dès qu’ils peuvent devenir les vils instruments de notre passion ; et ce qui devoil les rendre encore plus hideux à nos yeux, efface en un instant toutes leurs taches. Le monde ne manque jamais de ces hommes vendus à l’iniquité, dont Tunique emploi est de noircir auprès des grands ceux qui ont le malheur de leur déplaire, ou qui plaisent trop pour être de leur goût ; et ces hommes corrompus , et (|u’on devroit l>annir de la société, ne manquent jamais de trouver des grands qui les écoulent et qui les protègent. On érige en racrile le zèle qu’ils étalent pour nos intérêts, et on leur fait une vertu d’un ministère infâme dont on rougit tout bas soimême : Doêg Tlduméen devient cher à Safil , dès qu’il devient le ministre de sa jalousie et de sa liaine contre David.
Mais de quoi n’est pas capable un cœur que la jalousie noircit et envenime î non-seulement on applaudit à Timpusture, mais ou ne craint pas de s’en
rendre coupable soi-iuéme : ces pontifes témoins des prodiges et de la sainteté dè Jésus-Cluist , ne pouvant ignorer qu’il est fils de David et descrada des rois de Juda ; ayant ouï de sa propre bouche qu’il falloit rendre â Dieu ce qui est à Dieu , et 4 César ce qui est à César, le font pourtant passer pour un séditieux , un ennemi de O^r, et qui vent en usurper la souveraine puissance ; un impie qui veut renverser la loi et le temple de ses pères; enlin pour lin homme de néant , né dans la booe et dans la plus vile populace.
Celle passion amère est comme une frénésie qui change tous les objets à nos yeux ; rien ne nous paroU plus sous sa forme naturelle. David a beau remporter des victoires sur les Philistins et assurer la couronne à son maître ; aux yeux de Saùl ce n’est plus qu’un ambitieux qui veut monter luimême sur le trône. Lu vain Jérémie justiflela vérité de ses prédiettons par les événements et par la sainteté de sa vie ; les prêtres , jaloux de sa réputation, publient que c’est un imposteur et an traître, qui annonce les malheurs et la ruine emière de Jérusalem plus pour décourager ses citoyens et favoriser Tcnnemi , que pour prévenir la destruction entière de sa patrie.
Tout s’empoisonne entre les mains de celte funeste passion : la piété la (^us avérée n’est plus qu’une hypocrisie mieux conduite; la valeur U plus éclatante , une pure ostentation , ou un bonheur qui tient lieu de mérite ; la réputation la mieux établie , une erreur publique où il entre plus de prévention que de vérité ; les talents les plus miles 4 l’Etal, une ambition démesurée qui ne caclie qu’un grand fonds de médiocrité et (Tinsunisance; le zèle pour la patrie, un art de se foire valoir et de se rendre nécessaire ; les succès même les |dos glorieux , un assemblage de circonstances heureuses qu’on doit à la bizarrerie du hasard |4us qu'4 la sagesse des mesures; la naissance la plus illustre , un grand nom sur lequel on est enté, et qu’on ne lient pas de ses ancêtres.
Enfin la langue du jaloux flétrit tout ce qu’elle touche; et ce langage si honteux est pourtant le langage commun des cours : c’est lui qui lie les sociétés et les commerces ; chacun se cadie la plaie secrètede sou cœur, et chacun se la communique : on a honte du nom du vice, et Ton se fait honneur du vice même.
Enfin il eni[Hxmie même les apparences du zèle et de Tamour du biai public ; les intéréisde la nation , et de la cmiserration du temple et de la loi, paroissent coasacrer la jalousie des pontifes contre JésusChrbl.
Le zèle Uu bien public devient tous les jours
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comme U décoration cl i’arwîojfie de ce vice. Il semble qu'on ne craint que pour TKiat, et on ii'envie que les places de ceux qui gouvenienl : ou blâme les choix du maître, comme tombant sur des sujets iocapables ; mais ce n'est pas rintérèt public qui nous pique , c'est la jakmsie et le chagrin de n'avoir pas été nous-mêmes choisis : les places où nous aspirioRS ne sont jamabi, selon nous, données au mérite; la laveur du maître et le bien de i'Klat ne nous paroissent jamais aller ensemble : on se donne pour amateur de la patrie , et on n'en aime (|ue les honneurs et les prééminences. Aman trouve U puissance et la religion des Juifs dangereuses à l'empire; mais ce n'est pas l'Etat qu'il a dessein de sauver, c'est Mardochi^ qu'il veut perdre. Les courtisans de Darius accusent Daniel d'avoir violé la loi des Perses; mais ce n'est pas de la majesté de la loi dont ils sent jaloux, c’est la gloire et la laveur de Daniel qu’ils lialssent.
Toulest plein, ^ns les cours, de ces zèles de jalousie : on étale le titre de bon citoyen , et on cache dessous celai de jaloux ; on a sans cesse l’Etat dans la bouche, et 1a jalousie dans le cœur; on paroit contristé quand les événements sont mallieureus, et ne répondent pas anx vues et aux mesures de ceux qui sont en place , et l'on s'applaudit plus du blâme qui en retombe sur eux (|u'on n'est loodté des maux qui en peuvent revenir à la patrie.
Et voilà QD des ^us tristes effets de cette passion inüortunée. Ces pontifes demandent que le sang du Juste soit sur eux et sur leurs enfants : la désolation du temple et de la cité sainte, la cessation da sacrifices, la dispersion de Juda, la perte (le tout ne leur paitât rien , pourvu que l'innocent {sérisse.
Et combien de fois a-bon vu des hommes publics sacrifier l'Eut à leurs jalousies particulières; (aire échouer des entreprises glorieuses à la patrie, de peur que la gloire n'en rejaiUU sur leurs rivaux; ménage* des événements capables de renverser l’empire, pour ensevelir leurs concorrenU sous ses ruines, et risquer de tout perdre pour faire périr un seul homme ! Les histoires des cours et des empires sont remplies de ces traits honteux, et cliaque siècle presque en a vu de tristes exemples. Mais le véritable zèle du bien public ne cliercbe qu’à se rendre utile ; et à l'Iiomme vertueux et qui aime l'Etat, les services tiennent lieu de récompense.
Première passion dans les pontifes, qui livrent aujourd'hui Jésus-Christ ; la jalousie : mais , en second lieu , c’est un lâche intérêt dans Pilate qui le condamne.
DELMÊME PARTIE.
Oai, mes Frères , la passion , le dieu des grands, c'est la fortune. Ils veulent plaire à César, et c’est le seul devoir qui les occupe : (oui ce qui favorise leur élévation s'accorde toujours avec leur conscience; la probité qui nuirait â leur fortune , et qui leur feroit penlre la faveur du maître, n’est ^us pour eux que la vertu des sots. Mais dès-là qu’on craint plus la disgrâce de César, que le reproche de sa conscience; si l’on n'a pas encore sacrifié l'honneur et la probité , ce n'est pas le cœur et la volonté , c'est l’occasion qui a manqué aux plus grands crimes.
En effet , il parolt d'abord dans le caractère de Pilate des restes de droiture et de probité; sa conscience s’élève en faveur de l’innocent ; il semble lui-même i^klersa cause; U n’ose le délivrer, et il souhaite pourtant qu’on le délivre : premier degré de l’ambition, la lâcheté. On aime le devoir et l'équité lorsqu’il est utile ou glorieux de se déclarer pour elle , qu'on peut compter sur les suffrages publics, que notre fermeté va noos donner en spectacle au monde ; et que nous devenons plus grands aux yeux des hommes par la défense héroïque de la vérité, que nous ne raurions été par 1a dissimulation et la souplesse : nons cherchons la gloire et les applaudissements dans le devoir, et presque toujours c’est la vanité qui donne des défenseurs à la vérité. *
A la lâcheté succède la crainte. On menace Pilate de l'indignation de César : «$i hunr dimittis, non es amicus Cœsaris, (Joan., \ix, 12) A cette raison tous les droits les plus sacrés s'évanouissent , et ne sont plus comptés pour rien. On n’est pas digne de soutenir la justice et la vérité quand on peut aimer quelque chose plus qu'elle : une déroardie opposée à l’honnear et à la conscience est bien plus à craindre , pour une ame noble , que la colère de César. Mais d'ailleurs, Sire , c'est servir la gloire du prince que de ne pas servir à ses passions : il est beau d'oser s'exposer â son indignation plutôt que de manquer à la fidélité qu'on lui a jurée; et si les princes comme vous peuvent compter sur un ami fidèle, U faut qu’ils le cherchent parmi ceux (|ui les ont assez aimés pour avoir eu le courage tl’oser quelquefois leur déplaire : plus ceux qui leur applaudissent sans cesse sont nombreux , plus l'homme vertueux qui ne se joint pointaux adulai ions publi()uesdoit leur être respectable. Mais ceiliérolsme de fidélité est rare dans les cours : â peine se trouve-t-il un Daniel dans l’empire parmi tous les satrapes , (}ui ne connolssoient point d'autre lui que la volonté du prince, l'clle est
VLINi)UEi)l SAIIHÏ.
la ile^Unée des souverains : la même paissance qoi luulliplie autour d’eux les adulateurs, y rend aussi les amis plus rares. *
Aussi la crainte de défdaire à César conduit Pilate au dernier degré de la lâcheté ; il abandonne et livre Jésus-Christ. Les cris de ce |»euple furieux ne peuvent être calmés ([ue par le saïur du Juste : s’exposer à Icnr violence, ce seroit allumer le feu de la sédition ; il vaut encore mieux que rinnocent périsse , que si toute la nation alloit se révolter contre César, et il faut acheter le bien public par un criuie.
Et voilà toujours le grand prétexte de l’abus que ceux qui sont en place font de l’autorité : il n’est point irinjuslice que le bien public ne jusliile; il saiible que le bonheur et la sûreté publique ne poissent subsister que par des crimes; que l’ordre et la tranquillité des empires ne soient jamais dus qu’à rinjusiice et à rUiiquilé, et <iu’iiraiUe renoncer à la vertu pour se dévouer à la patrie.
Non , Sire , je i’aî déjà dit ailleurs, et on ne sauroit trop le redire, la loi de Dieu est toute la force et toute la sûreté des lois buinaines : tout ce qui attire la colère du ciel sur les Ctats ne sauroit faire le bonheur des peuples ; l’ordre et rutililé publique ne peuvent être le fruit du crime : on sert mal la patrie quand ou la sert aux dépens des règles saintes ; c’est sa[ier les fondements d: réditice pour rembeliir et l’élever plus liaut ; c’est, en affoiblissaut ses principaux appuis, y ajouter de vains ornements qui hâtent sa ruine. Les empires ne peuvent se soutenir que par l’équité des mêmes lois qui les ont formés ; et l’injustice a bien pu détrôner des souverains, maU elle n’a jamais affermi It's trônes : les ministres qui ont outré la puissance des rots l’ont toujours affolblie; ils n'ont élevé leurs maîtres (|ue sur la ruine de leurs Etats , et leur zèle n’a été utile aux césars qu’autanl qu’il a respecté les lois de l’empire.
C’est donc la jalousie dans les princes des prêtres qui persécute aujourd’hui Jésus-Christ , un vil intérêt dans l’Uate qui le livre, et enfin une indifférciice ci imiikelle dans llérode qui en fait un sujet de mépris et de risée.
Hélas ! quelle autre destinée pouvoit se promettre la doctrine de l’Evangile en se montrant à une cour superbe et voluptueuse? La Hloclrine sainte it’offre rien qui ne conduite l’orgueil et la volupté; et il n’y a de grand jMiir ceux qui liabitcnt les palais des rois, que le {daisir et la gloire. Si vous n’y paroisse/ pas sous ces étendards, ou l’on vous prend pour un censeur et un ennemi , ou ils vous méprisent comme un Iwnme d’une autre espèce, et un noiivean venu qui vient porter au milieu d’eux un langage inouï et des manières étrangères.
rCoos-mémes , dans ces chaires chrétiennes qoi seules leur parlent encore le langage de la vérité, nous-mêmes nous venons souvent ici affoiblir ce langage divin, respecter ce que nousdevrionscombaltre, adoucir par des idées humaines la sévérité des règles saintes ; autoriser presque leurs pr^ugés, avant d’oser combattre leurs passions; et sous prétexte de ne pas les révuller cmilre la vérité , la leur rendre presque méconnoissable.
llérode, iuslruil des merveilles qu’on poblioit de J ésus-Clirist, s’attend à lui voir opérer des prodiges ; et, dans cette attente , il le voit arriver à sa cour avec joie : ce n’est pas la vérité qui l'intéresse; c’est une vaine curiosité qu’il veut satisfaire , et {aire servir Jésus-Christ de spectacle à son loisir et à son oisiveté. Car c’est de tout temps que la plupart des princes et des grands ont fait de la’religioii un spectacle : les mystères les plus augustes et les plus terribles, égayés par tous les attraits d’une iianuonie recherchée, deviennent pour eux comme des réjouissances profanes qui les amusent ; Us ne cberclient que le plaisir des sens, jusque <lans les devoirs ü’uu culte qui n’est établi que pour les combattre : il faut que la religion, pour leur plaire, emprunte les joies et tout l’appareil du siècle , et qu’un spectacle digne des anges ait encore besoin de décoration pour être un spectacle digne d’eux.
llérode fait à Jésus^Ibrist des questions vaines et frivoles : /Hlerro^aèal eum niultis sermoiiidia (Lrc, xxiu. 9) ; de ces questions où l’orgueU et rirréligion ont plus de part que l’amour de la vérité, qu’on propose plutôt pour se faire une gloire de ses doutes que par un désir siocèrede les éciairdr ; de ces questions qui n’abooUssent à rien qu’à nous affermir dans rincrédulUé , qui n’ont de sélieux que l’aveugiement où elles prennent leur aoorce; de ces questions où l’on discouH des vérités étemelles du salut comme de ces vérités douteuses et peu intéressantes que Dieu a livrées à l’oisiveté et à la dispute des hommes , oii l’on traite ce qui ddl dédder du bonheur on dn maUteor étemel comme un problème indifférent dont les deux côtés ont leur vraisemblance , et où l’on peut opter; de ces questions eiiliu qui sont plutôt des déristems secrètes de la foi, que les reclierches respeclneuses d’un véritable fidèle.
Et voilà le seul usage que la plupart des grands font de Jésus-Christ, des questions étemelles sur la religion : /Hiftrogabai fum mtiltU sermonibus : faisant de Jésus-Christ et de sa doctrine un sqjel oiseux et frivole d’entretien et de contestation , au lieu d’eu faire l’oLjel de leur espérance et de leur culte; s’informant de 1a véritcd’unavemrolde celte autre patrie qui nous attend après le iréftas, avec
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inuias il’inlcrtl <|u'ib n'ùcouteruieiit les relations d’une terre inconnue et peut-être (abuleuse, où nul mortel n’a pu encore aborder; parlant des CaiU miraculeux qui établissent la certitude et la divinité de la religion de leurs pères, arec la même incertitude qu'ils parleruient d’un point peu iinporlaut d’bisloire qu’on n’a pas encore éclairci; et par la manière peu sérieuse dont ils veulent s'instruire de la fui, montrant qu'ils l'ont tout-à-fait perdue.
Aussi Jésus-Christ n’uppuse qu'un silence profond à la vanité des questions d’Ilérode. Ou ne mérite les réponses de la vérité que lorsque c’est le désir de la connoltre qui l’inleiruge; et c’est dans le cu’ur de ceux qui parlent et disputent plus sur la religion, qu’elle est d’ordinaire plus effacée. Oui, mes Frères, on a déjà trouvé la vérité quand on la eberebe de bonne loi : il ne faut pour la trouver, ni creuser dans les abîmes, ni s’élever au-dessus des airs ; il ne faut <|ue l’écouter au-dedans de nousmêmes, Un cœur innocent et docile entend d’alaird sa voix; les doutes et les recliercbes i|ue forme l'orgueil, loin de la rapproclier de nous, fennent les yeux à sa lumière; elle aveugle les sages et les juges orgueilleux de ses mystères, et ne se coimnunique qu’à ceux qui font gloire d’en être les disciples. La soumission est la source des lumières: plus on veut raisonner, plus un s’égare; plus on doute, plus Dieu permet que les doutes augmentent : la raison, une fuis sortie de la règle, ne trouve plus rien qui l’arrête; plus elle avance, plus elle se creuse de piécipices. Aussi l’bérésie, d'abord timide dans sa naissance, va toujours cruis- .sant, et ne garde plus de mesures dans ses progrès: elle n’en vouloit d’altord, parmi nous, qu'aux abus prétendus du cuite, elle a depuis attaqué le culte lui-même : clic se plaignoit que nous dégrailions Jésus-Christ de sa qualité de médiateur, elle a enfanté des disciples qui l’ont dégradé de sa divinité et de sa naissance étemelle ; elle vouloit réformer la religion ; elle a fini par les approuver toutes, ou , pour mieux dire, par n’en plus avoir aucune : elle prétendoit s’en tenir à ht lettre aux livres saints; et cette lettre a été pour elle une lettre de mort, et ses faux prophètes y ont puisé un fanatisme et des visious sur l’avenir que l’événement a démenties et dont elle a rougi elle-même. Non , mes Frères, la foi est le seul point qui peut lixer l’esprit humain : si vous passez au-delà, vous n'avez plas de route assurée, vous entrez dans une terre ténébreuse et couverte des ambres de la mort, vous n’y voyez plus que des Einlémes, les tristes enfants des ténèltres; et comme la raison n’a plus de frein, l'nTcnr aiis.si n'a plus de bornes.
Kn effet, les questions d'Uérode le conduisent
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à taire de Jésus-Christ un sujet de risée : Aprerit UHlem Hlum l/erodet (Lt’c, .xxiil, t< ); et toute sa cour suit son exemple, cum exercitn suo. I,a vertu la plus pure, dès qu’elle déplaît au souverain, est bientdt digne de l’oubli et du mépris même du courtisan : c’est le goilt du prince qui décide presque toujours pour eux de la vérité et du mérite ; leur religion est toute, pour ainsi dire , sur le visage du maître; c’est là leur loi et leur évangile , et ils n’ont rien de plus fixe dans leur culte que les caprices et les passions de l'idole qu’ils adorent.
Aussi l’attention. Sire, la plus essentielle que les rois doivent à la place où Dieu les a fait asseoir, c’est de rendre la religion respectable , en ne se permettant jamais la plus légère dérision qui puisse en blesser la majesté. Les plus jeunes années de votre auguste bisaïeul ne le virent jamais s’écarter de cette règle; ce fut pour lui la règle de tous les temps et de tous les lieux : son respect pour la religion de ses pères imposa toujours devant lui un silence étemel à l’impiété; son langage fut toujours le langage du premier roi chrétien, c’est-à-dkc le langage respectable de la foi ; l’irréligian étoit le seul crime auquel il ne pardonnoil point; tout était sérieux pour lui sur cet article; nulle joie, nul plaisir n’autorisa jamais devant lui la moiniire dérision qui pùt intéresser le culte de ses ancêtres: religieux jusqu’au milieu des réjouissances d'une cour jeune et florissante, la foi ne souffrit jamais des plaisirs et des dissipations inévitables à la jeunesse des rois. Sur ce point , Sire, tout devient capital dans la boudie d’un souverain ; une simple légèreté va autoriser la licence de l’impiété , nu faire de nouveaux impies; on croit plaire en encliérissant, et les railleries du maître deviennent hientiU des Uasplièmes dans la bouche du courtisan.
Telles sont les passions que les grands opposent à la vérité, et qui condamnent Jésus-Christ à la mort. Que ne puis-je achever, et vous montrer les l>as.sions des grands condamnées par la mort de Jésus-Christ !
Hélas! en est-il une seule que sa croix ne confonde ? il ne meurt que pour rendre témnigiiage à la vérité, il en est le premier martyr; et les grands craignent la vérité, et il est rare qu’elle ait accès auprès de leur trône : il n’est roi ipie |Niur être la victime de son peuple ; et les peuples sont d’ordinaire la victime de l’amlvition des |>rinccs et des rois : les marques de son autorité, son sceptre, sa couronne, sont les iastruments de ses sniiffr.vnces; et l’unique usage que les grands fout de leur autorité , c’est de la faire servir à leurs plaisirs injustes : au milieu de ses peines et de ses douleurs.
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il n’eiil occupé que de iiu:> inlérèls; et les grands , au milieu de leurs plaisirs, ne daignent pas même s’occuper des peines et des souffrances de leurs frères : il souffre à notre place, et les grands croient que tout doit souffrir pour eux ; il s’ient de tous les peuples ne faire qu’ un peuple , réconcilier toutes les nations, éleindre taules les guerres; et c’est la vanité des grands qui les allume et qui les éternise sur la terre ! Que dirai-je ? il n’est roi que parce qu'il est sauveur, ses bienfaits forment tous ses litres, ses qualités glorieuses ne sont que les différents offices de sou amour pour nous ; tout ce qu’il est de plus grand , il ne l’est que pour les lummes, il est Ujnt à nos usages; et les grands comptent le reste des hommes pour rien , et ne croioit être nés que pour enx-mémes !
Voilà , Sire, le grand modèle des rois. Du liant de sa croix, il instruit les grands et les princes de la terre : Regardez , leur dit-il , et faites selon ce modèle; j’ai quitté mon royaume, et je suis descendu de ma glaire pour sauver mes sujets : vous n’étes rois que pour eux , et leur bonheur doit être l’unique objet de tous les soins attachés à votre couronne. Oui , Sire, c’est un roi qui donne sa vie pour son peuple, et il ne vous demande que votre amour pour le vétre: c’est un roi qui ne va conquérir le monde que pour l'acquérir à Dieu ; ne combattez que pour lui , et vous serez toujoars sAr de la victoire : c’est un roi qui fait de la croix son trdne et le lieu de ses douleurs et de ses souffrances; regardez le vétre conune un lieu de soins et de travail , et non comme le siège de la volupté et de la mollesse : c’est un roi qui ne vent régner que sur les cœurs; l’usage le plus glorieux de votre autorité, c’est celui qui vous assurera l’anranr de vos peuples : c’est uii toi qui vient apporter la paix r la vérité , la justice aux hommes , et qui ne vent que les rendre heureux; Sire, régnez pour notre bonheur, et vous régnerez pour le vétre.
O mon Sauveur ! c’est aujourd’hui que voiœ commencez à régner vous-mème sur tontes les nations ; vos derniers soupirs sont comme les prémices sacrées de votre règne, et c’est par la croix que vous allez conquérir l’nnivers. Grand Dieu ! que ce soit elle qui affermisse le règne de l’enfant précieux que vous voyez ici à vos pieds ; que la religion en consacre les prémices et en couronne la durée ; ce .sont ses glorieux ancêtres qui l’ont placée parmi nous sur le Irène ; que ce soit elle qui y soutienne l’enfant auguste qui ne peut vous offrir encore que son innocence , la fui de ses pères, les ' malheurs qui ont entouré son berceau royal, et la ‘ tendre.sse la plus vive de ses sujets.
Conservez l’enfant de tant de saints et de tant de '
l’.vyiKS.
protecteurs de la foi sainte ; ils ex|Kisèreut aulrefuLs leur vie et leur couronne pour aller recouvrer votre héritage ; conservez le sien à cet enfant pr<'cieux, alin qu’il puisse un jour défendre et protéger l’Eglise que le Père vous donne aujourd’hui comme l’héritage (|ue vous avez acquis par votre sang : ils revinrent chargés des dépouilles sacrées de la croix ; que ce dépét saint dont ils enrichirent cette ville régnante , t|ue ce gage précieux de la piété de ses pères , sollicite aujourd’hui surtout vos grâces en sa faveur. N’abandonnez pas l’héritier de tant de princes qui ont été les premiers défenseurs de votre nom et de votre gloire. Les coups de votre colère l’ont épargné au milieu des débris de son auguste famille ; laissez-nous , grand Dieu , jouir de votre bienbit , que nous avons acheté si cher ; que ce reste heureux de tant de têtes augustes que nous avons vues tomber à la fois répare nos pertes et essuie nos larmes : comblez-le lui seul de toutes les grâces que vous aviez réservées dans vos trésors étemels à tant de princes qui dévoient régner à sa place, et auxquels sa couronne était destinée : réunissez en lui tout ce que vous deviez partager sur les antres; et que son règne rassemble tontes les bénédictions et tous les genres de bonheur que nous nous promettions séparément sous les règnes des princes qu’une mort prématurée nous a enlevés , et auxquels vous n’avez refusé sans doute sur la terre une couronne que la naissance leur destinoit , que pour leur en préparer dans le ciel une étemelle.
zliiisi (oil-if.
SERMON
POl’R LE JOUR DE IMQtE.S.