‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 315 sur 348 · DE MADAME · texte numérisé non relu

DE MADAME

qai les avoienl armés contre nous , ses liaisons sTcc les cours étrangères ne Turent jamais que des témoignages éclatants de son amour pour la France. Nos histoires lui en feront honneur ; et parmi les princesses étrangères que les liens du mariage unirent au sang de nos rois, et qui récurent an milieu de nous , elles lui opposeront des exemples qui l'bonoreront encore darantage.

Lonis-le-Grand connntson zèle, et le paya d’une amitié et d’une confiance qui ne finirent qu’arec Ini. Nul de tous ne l’ignore, quelle fut la constance de l’estime et de la tendresse de ce grand roi pour Madame. Les cours sont orageuses , les intérêts y décident toujours des affections; et comme les intérêts y diangent sans cesse, les affections n’y connoissent presque pas de durée : tout y forme des nuages; les jours ne s’y ressemblent jamais; les mêmes flots , qui tous élèrent , vous ouvrent le gonffie i Tinstant ; et la vicissitude étemelle des événements est comme le seul événement et le seul point qu’on y toit de fixe.

Madame n’éprouva point ces révolutions. Une noble franchise , si ignorée dans les cours et qui sied si bien aux grands, la rendit toujours respectable an roi : il trouvoit en elle, ce que les rois ne trouvent guère ailleurs, la vérité. Plus éloignée encore par l'élévation de ton caractère que par celle de sa naissance , d'une basse adulation , elle n’employa jamais pour plaire que ta droiture et sa candeur. Les souplesses et les artifices de la dissimulation , qui font toute la science et tout le mérite des cours, loi parurent toujours le sort des âmes Tolgairca. C’est se mépriser soi-même , que de n’oser paroltre ce qu’on est. L’art de se contredire et de te cacher, n’est souvent que l’aveu tacite de nos vices ; et elle crut qu’on n’étoit grand, qn’antant qu’on étoit vrai.

Aussi Lwiis, plus touché du simple et do naturel , que do faste des hommages , venoit se délasser des adulations auprès de Madame. C’étoit là que sa cour prenoit une nouvelle face : le faux en étoit banni ; la vérité y présidoit , et reprenoit ses droits ; la confiance et la noble simplicité envirormoient le trdne, et la tendresse en faisoit le pins superbe hommage.

Ce prince, qui avoit élevé pins haut que tous ses ancêtres la gloire de la monarchie, et qui vit on si long coors de prospérités finir par des disgrâces, vit aussi l’amour et le courage de Madame , croître avec ses malheurs. Quelles lamies ne donnat-elle point alorsà nos pertes! La vie même de son cher fils tant de fois exposée, ne l’occnpoit pas plus vivement qne le danger de l’Etat. Les plaies de la nation étoient aussi douloureuses pour elle,

que celles dont ce prince belliqueux sortoit souvent couvert des combats ; et sa gloire même ne pouvoir la consoler de nos disgrâces.

Rappellerai-je ici ces jours de deuil tant de fois déjà rappelés, où tonte la famille royale presque éteinte ; où le trêne environné de tant d’appuis , demeuré seul en un instant; où tant de tètes que la couronne attendoit, abattues, il ne nous restoit de toutes IK» espérances, que la cadueité d’un grand roi que nous allions perdre, et l'en&nce d’un successeur que nous craignions de ne pouvoir conserver? Louis, inébranlable au milieu des débris de sa maison , ne rit dans ces lugubres funérailles, que l’appareil et le préparatif des siennes : il avoit assez vécu pour sa gloire; mais il n’avoit pas encore vécu assez pour nous. Cependant ce règne long et glorieux dcvoit avoir le destin des choses humaines ; ses jours , comme les nùlres , étoient comptés : le tenue fatal arriva ; les desseins du ciel sur sa grande ame étoient accomplis , et la France perdit on roi qui sera toujours encore plus grand dans nos coeurs que dans nos annales. Mais Madame perdoit un ami ; et s'ils sont rares sur la terre , ils le sont encore plus sur le Irène. Sa douleur égala sa perte , et lui cacha même des espérances flatteuses qu’auroit pu entrevoir un coeur moins touché. La cour , que Louis seul remplissoit de sa gloire et de sa majesté, ne lui parut plus qu’une solitude affreuse : elle crut vivre dans une terre déserte et abandonnée ; et ce monarque si glorieux , qui laissoit en mourant un si grand vide sur la terre , en laissa un dans son cœur que rien depuis na put jamais remplacer.

Son zèle seul pour nos rnis sun écut à Louis : et s’attendrissant sur le bas âge du prince que lantdc morts veiwient d’élever sur le trèoe ; en le reconnoissant pour son maître , elle l’aima comme son enfant. De quels yeux voyoit elle croître tous les jours avec lui ses heureuses inclinations et nos espérances I avec quels transports de tendresse y voyoit-elle se développer chaque jour les traits , la majesté , les manières , tout le grand caractère de son auguste bisaïeul ! avec quelle circonspection respectueuse approchoit-elle du trône naissant I L’enihnee des souverains, qui rend toujours autour d’enx les bienséances du respect et des hommages moins attentives, redoubloit la bienséance et l’attention de son respect et de ses hommages; et si une nation si tendre, si fidèle, si respectueuse envers ses rois, avoit eu besoin làdessus de ces grands exemples, elle nous avoit appris à aimer nos nultres, elle nous apprenoit alors à les respecter.

C’étoit la louange publique que la France don-

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noit à Madame. Et ce zèle ponr nos rois , qui Tait ici son élof^, n’a-t-il pas Ini-méine lidté notre deuil? Ses yeux qui voyoient déjà de loin la terre des virants, avant de se fermer à la lumière voulurent voir le roi dans toute la glaire de son sacre Regem tu deeoresuo videbuntoruli rjtis, erruent terrain de foiijé. { Is., xxxm , 1 7. ) Ses forces parurent se ranimer; son courage n'écoula point nos frayeurs. Munie des saints mystères et de cette viande qui bit la force des voyageurs , nous la vîmes partir en triomphe pour la cérémonie auguste, comme siellealloit elle-même prendre posses.sion de l’empire , ou , pour mieux dire, de l’immortalité. Elle vit, avec des yeux déjà mourants, l’onction sainte couler sur l’enfant de tant de rois ; celle onction qui est le litre le plus ancien et le plus vénérable de la foi de nos monarques , et des prérogatives de la monarchie : cette onction qui consacra les Clovis, les Charlemagne, les saint Louis, et qui a donné tant de saints et tant de héros au Irdne des François. Elle porta aux pieds des autels, avee ses derniers vo-ux , les virnx de toute la nation , pour le salut et la gloire d’un prince que le Dieu de ses pères venoit de marquer du caractère sacré de la royauté. Elle parut , comme le saint vieillaixl de Jérusalem , si rrspeclable par ses années et par sa piété , n’avoir plus de regret à la vie , depuis que scs yeux avoient vu cet enfant précieux, qui devoit être la gloire et l’espérance de son peuple , faire dans le temple , au Maître des rois , le premier hommage public de sa souveraineté.

Jour trop heureux , que vous nous prépariez de lamies! elles couleront long-temps pour vous surtout, pnncesse afiligée', que la présence d’une mère si chérie avoit attirée d’une cour étrangère, à celte superbe solennité! Vous couriez recevoir ses tendres embrassements , bêlas ! et vous veniez recevoir ses derniers soupirs ; vous redonbliez pour elle vos soins , vos empressements , vos tendresses , hélas ! et vous lui rendiez vos derniers devoirs. Ainsi , A mon Dieu ! vous nous menez toujours k l’alHiclion par des jours de sérénité et d’allégresse.

iMais cachons-nous encore pour un moment ce triste .spectacle. L’amour de Madame pour le roi et |K)ur l’Etat, pienoit sa source dans un cœur pour qui les devoirs étoient devenus des penchants; plus son rang l’approchoit de la majesté royale,

' Voratt» de Madame k RHma. ixiur voir te uere de lajuis .XV. iUte r alla malade, et mourut peu de |oiin après son retour.

> La dnehesK de Lorraine . BUe de Madame.

H.NÉBKt

plus elle fut attentive k n'en pas laisser avilir la dignité ; elle le rendit plus respectable, en le respectant toujours elle-même. Quelle bienséance et quelle majesté dans les mœurs publiques! Les grands regardent souvent leur naissance comme une prérogative qui en autorise les avilissements, et se font de nos hommages mêmes un titre d’indécence. Persuadés qu’ils ne doivent rien au reste des hommes , ils croient aussi ne se devoir rien à eux-mêmes.

La France a-t-elle jamais vu de princesse soutenir avec plus de décence et de dignité, l’élévation de son rang 7 Les mœurs avaient beau clianger-. en vain le siècle ne connoissoit pins l’ancienne gravité de nos pères, en vain la licence avoir prU la place des règles et des bienséances , en vain la modestie et la pndenr n’étoient pins ponr le sexe que des usages surannés ; en vain la cour elle-même , loin de s’oppo.ser à ces nouvelles mœurs , en fournissoil souvent le modèle ; Madame se ressembla toujours à elle-même. Nous l’avons vue seule presque, conserver aux règnes à venir la bienséance et la tradition des premiers usages, que l’amour de la paresse et de la commodité aboibsoit peu i peu ; faire pa.sser aux âges suivants , ce qin nous reste de grand et d’honorable des anciennes cours; et sauver runifurmité à une nation, que la lassitude seule deschangements pouira fixer un jour.

Majestueuse, sans faste, elle ne regarda pas la flerté comme une bienséance de son rang : la majesté qui l’environnoit , étoit affable et accessible : en lui offrant nos hommages, nous ne pouvions lui refuser nos cœurs ; on ne trouvoit point autour d’elle cette barrière d’orgueil, de silence, ou de dédain , qui fait souvent toute la majesté des grands : on n’y voyoit pas une cour tremblante, n’oser presque leverles regards jusques an maître, et craindre de manquer au respect dans l’excès même de ses hommages. L’adulation en étoit encore plus bannie que la crainte : assurée de nos cœurs , elle ne cherchoil pas nos louanges : vraie, franche , tialurelle , la fadeur des éloges lui étoit à charge ; le langage des cours, qu’elle n’avoit jamais parle, elle nel'écouta aussi jamais qu’avec dégoiit. Cependant jamais de ces moments fêcheux , où il est si dangereux d'alxirder nos maîtres : une douce affabd.ié nous rassiiroit toujours contre son rang ; tous les monicnls étoient ceux que nous aurions choisis nous-mêmes : en sortant d’auprès d’elle, chacun se trouvoit marqué par quelque Irait singulier de bonté ; et nous ne comptions les de voirs que nous lui rendions, que par les marque.s de bieuveillance qneinous en avions reçues. Qu’il

Dk MADAME.

est rare de savoD être grand , et de ne pas Caire souffrir de notre grandeur ceux qui nous approchent!

Enfant auguste ‘ que l’Espagne vient de noos rendre, élevée au milieu de nous pour régner un jour sur nous, et destinée à partager arec le jeune Louis le trône de vos ancêtres, pourquoi vos jeunes ans ont-ils été sitôt privés d’un si grand exemple ! Puissiez-vous l’avoir assez connue pour l’imiter ! que ses vertus douces et bienfaisantes brillent en vous , autant que la couronne qui vous attend ! Tout cc que la France peut desirer, c’est une maîtresse qui lui ressemble.

Mais, mes Frères, ce qui nous rend aimables devant les hommes , ne nous rend pas toujours agréables aux yeux de Dieu. Les vertus humaines peuvent nous attirer des éloges humains ; les siècles peuvent louer des actions qui honorent les siècles , et qui s’effaceront avec enx : la piété seule survit aux siècles et aux temps , et va écrire nos louanges , ou plutôt les louanges de la grâce , dans les livres élemels. Ce seroit peu d’avoir mis le monile dans les intérêts de notre gloire : hélas ! la gloire que le monde donne n’a pas plus de dorée ni plus de réalité que lui : la vie la plus éclatante sans la foi , n’est qu’un songe et un iàntôme ; et on n’a pas vécu , quand on n’a pas vécu pour Dieu. Vérités saintes, que le monde ne connott pas , une foi vive vous avoit gravées dons le cœur de notre pieuse princesse !

Quels exemples de piété n'a-t-elle pas'donnés i la France , et d’une piété qui portoit tous les traits de son caractère; simple et soumise, exacte et régulière , noble et héroïque !

Les préjugés de l’erreur qui avoit présidé è son éducation, ne paroissoient plus en elle que par une docilité plus reügieuse aux mystères de la foi. Ses lumières se bomoient à ses devoirs : elle respectoit le nuage qui couvre toujours le sanctuaire. Les saintes ténèbres de la religion lixoient elles-mêmes safoi,etaffermis8oient sa soumission .-ellecroyoit qu’il éloit insensé à l’homme de vouloir eonnoltre ce que Dieu a voulu nous cacher. Il y a trop à hasarder, dûoil-elle sonveni; et c'est ane fulie de vouloir chercher dans le doute une sûreté que la religion seule promet. Jamais de ces ostentations, si indécentes au sexe surtout , de ces étalages vulgaires d’incrédulité , qui croit tout savoir quand elle doute de tout ; qui ne se glorifie du naufrage de la fol , que pour se calmer souvent sur celui de la pudeur; et qui ne eonnolt pas même assez ce qu’il fout croire pour en douter.

■ L'intintc d'ttspagoc, encore slon à VenaUles.

Désabusée des erreurs étrangères, elle ne voyoit qu’avec une vive [douleur les tristes dissensions qui, dans ces jours de trouble et de confusion, se sont élevées dans le sein même de l’Église ; elle adressoit au ciel les vœux les plus ardeuts , aTin qu’il bénit les soins que le prince son fils prenoit de les calmer. Mais instruite qu’il est uéceraire qu’il y ait des scandales , les troubles de l’Église aflligèrent son cœur , sans ébranler jamais sa foi et sa soumission : jamais de reutur sur ce qu’elle avoit quitté , parce qu’elle l'avoit quitté volontairement : jamais de doute sur le parti qu’elle avoit pris, parce qu’elle l'avoit pris avec lumière et par conviction. L’Eglise , quoique battue des Ilots , agitée par les tempêtes , n’en étoit pas moins à ses yeux la colonne et la base de la Vérité , et l’arche sainte dans laquelle seule se trouve la |aix et le salut. Vous avez marqué, ô mon Dieu ! des bornes aux maux de celte Eglise , l'objet éternel de votre amour ; de cette épouse chérie , que vous avez acquise au prix de tout le sang de vMre Fils. C’est de ces temps de trouble et d’obscurité , que sort toujours le calme et la lumière : toujours dans votre colère , vous vous souvenez de faire miséricorde. Quand viendront des jours paisibles et sereins , succéder à ces jours mallieureux ? Puissent nos soupirs et nos larmes les bôter ! poissions-nous en être les heureux témoins ; et ne transmettre è nos neveux , que l’Iiistoire déplorable de nos dissenskms!

Piété de Madame , simple et .soumise ; mais exacte et régulière. La foi vent des œuvres ; et l’on croit en vain , qnand on vit mal. .Vvec quelle profonde reUgion approchoit-elle régulièrement des saints mystères! abimée devant la majesté de Dieu, tontes les grandeurs de la terre ne loi paroissoient plus qu’un atome et un néant. Les livres saints étoient sa consolation de tous les jours : elle y sentoit ce toucitant, ce sublime, ce divin qui ne peut être l’ouvrage de l’esprit de l’homme. Ces vérités saintes dans nos bouches , ne lui paro'issoient pas moins dignes de son amour et de .«es empressements ; et nous la voyions avec joie dans nos temples, au milieu de la multitude des fidèles, venir soutenir par la majesté de sa présence, et la dignité de notre ministère, et le respect dôà la parole dont nous sommes les ministres.

Ses sentiments ne démentoient pas ses œuvres publiques. Vous le savez, vierge, saintes ' , pieuses dépositaires des plus secrets mouvements de son cœur ! que de prières ferventes , que de pratiques

■ Les religieiiKi carmétites lie la rue de Crenelle , où Hadamc K rcUcolt souveut.

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de pi<!té , qae d’eDUeticns édiflauts vus mars sacrés ont cachés an public ! L’austérité de votre retraite déjà si adoncie par la ferveur, ne l’étoit-elle pas encore par ses grands exemples ? permettaitelle seulement à votre tendresse des voeux pour la prolongation de ses jours ? Snrnez ros rfrux à mon salut t vous disoit-elle souvent : il importe peu de Tirre : mais il importe de s'assurer de l'éternité.

Elle se l'assuroit en effet tous les jours par le mérite de ses œuvres. Les pauvres soulagés avec profiision ; les serviteurs de Dieu honorés de sa bmiliarité et de sa confiance ; les offenses oubliées, et cacliées au pied de la croix ; une humilité que l'élévation de son caractère et de son cœur rebaussoit encore ; une attention scrupuleuse sur tons les devoirs de la religion , où tout lui paroissoit grand; une sainte avidité pour le froment des élns; une confiance sans réserve pour le ministre qui la condnisoit dans les voies du ciel ; un goût pour le bien , un dégoût pour tout ce qui ne mène pas à Dieu : c’est l’histoire nue et simple de sa vie; et tout ce que l’art pounoit y ajouter déshonoreroitson éloge.

Ne nous abusons pas , mes Frères : ainsi vécut cette pieuse princesse ; et ce ne sont que les mêmes routes qui peuvent nous conduire <t la paix , an calme , au courage , qui accompagnèrent sa mort. On ne la voit approdier avec confiance , que lorstpi’on l’a attendue avec frayeur. Dieu, qui se préparoit sa victime pour l’autel étemel , la purifioit depuis long-temps par l’épreuve des infirmités et des souffrances. Nous voyions de loin approclier notre deuil ; les remèdes prolongeoient ses jours , et ne calmoient pas notre crainte : son courage sembloit donner une nouvelle force aux remèdes etnedonnoit pas une nouvelle sûreté à nos espérances : le ciel , touché des vœux et des larmes d’une maison désolée , sembloit suspendre quelquefois le cours de ses maux , mais ne snspendoit pas l’ordre des desseins étemels , et le cours destiné aux jours de sa vie mortelle. Noos avions beau la rassurer par nos souhaits ; l’éternité s’ouvroit de jour en jour k ses yenx : plus le Seigneur sembloit différer, plus elle le voyoit près; elle le hûtoit même par ses désirs ; en cela seul peu attentive û nos vœux, elle craignoit d’avoir trop vécu et souhaitoit de ne plus vivre. Je ne crois pas <jue de ctïi'f plus longtemps me rende meilleure : c’étoit son langage ordinaire. Nous noos flattons tous par d es espérances de conversion ; elle noos apprenait que le temps qu’on destine an repentir, ne fait qu’accumuler de nouveaux crimes ; et qu’un vain espoir de clianger est plutôt un écueil (|u’iine ressource de salut.

Eufin , sourd à nos gémissements , le ciel se

Fl iM; Il U K

rend à ses désirs. De retour du voyage où sa tendresse avoit eu plus de part que la pompe du spectacle , l’accablement augmente : nos frayeurs redoublent , nos rsî>érances s’évanouissent ; la mort qu’elle |H>rloit depuis long temps dans son sein , se montre û découvert cl se déclare. El de quels yeux Madame la voit-elle approcher ! fautil recourir, pour lui annoncer le jour du Seigneur, à ces précautions étudiées , qui ne le montrent qu’en le cachant ? C’est elle qui le public , qui l’annonce à des spectateurs désolés , et qui voudraient se le cacher à eux-mèmes. A-t-on besoin, pour la calmer sur les frayeurs de la mort, de loi montrer de fausses espérances de vie ? au miilieu du trouble, de la consternation, des cris, des sanglots qui environnent le lit de sa mort : Nous nous retroureroiis dans le ciel , dit-elli^vec une sérénité que ses maux et ses souffrances ne peuvent altérer. Elle console notre douleur ; elle sourit û nos clameurs : c’est le jour de son triomphe, et elle ne vent pas qu’on le déshonore par des larmes. Les larmes mêmes du prince son fils , ce fils l'objet le plus cher de sa tendresse ; ce fils qu’elle voit à ses pieds , accablé , pénétré d’une profonde douleur , cl pour qui elle avoit sollicité si longtemps aux pieds des autels les miséricordes éternelles ; les larmes de ce cher fils touchent son cœur maternel , mais n’ébranlent point sa foi. Ses vœux mourants le présentent encore au Dieu qui vient au-devant d’elle ; en le comblant de ses bénédictions elle ne lui souhaite pas comme autrefois un patriarche au lit de la mort , à son fils : que les peuples lui obéissent , que les trihiis l'adorenf comme leur chef, qu'il soit le maître de ses frères, que les enfants de sa mère se prosternent derant lui. (Gs.v., xxvii,29.)EUe l’avoitvn jouir presque de tontes ces vaines prospérités ; ses désirs sont plus hauts et plus dignes de la foi : elle ne lui souhaite que le don de Dieu ; et ne compte pour rien de se séparer de lui dans le tempe, pourvu qu’elle ne le perde pas dans l’éternité. Servez Dieu et le roi , lui dit-elle, cl ne m'oublies jamais.

Non, vous ne serez jamais effacée de son souvenir, princesse si digne de ses regrets et de sa tendresse , la grandeur de sa perte ne nous répand que trop de la durée de sa douleur ; noos mêlerons toujours nos larmes aux siennes. El si les vœux des Justes mourants sont toujours exaucés, grand Dieu ! puissent ceux de la princesse qui expire être écoutés ! puissent les derniers désirs de sa fo et de sa tendresse pour son fils , être montés avec elle au pied de votre tnine ; attirer sur loi les regards de votre miséricorde ; le rendre aussi agréa-

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