ACTE III, SCÈNE XV. iSi
ment, chaque joui, à recevoir de trop grands témoignages de votre passion ? J'ai beau me défendre des choses, vous fatiguez ma résistance^, et vous avez une civile opiniâtreté qui me fait venir doucement à tout ce qu'il vous plaît. Les visites fréquentes ont commencé; les déclarations sont venues ensuite, qui après elles ont traîné les sérénades et les cadeaux', que les présents ont suivis'. Je me suis opposée à tout cela, mais vous ne vous rebutez point, et, pied à pied, vous gagnez mes résolutions^. Pour moi, je ne puis plus répondre de rien, et je crois qu'à la fin vous me ferez venir au mariage, dont je me suis tant éloignée.
DORA1TTB.
Ma foi ! Madame, vous y devriez déjà être. Vous êtes veuve, et ne dépendez que de vous. Je suis maître de moi, et vous aime plus que ma vie. A quoi tient-il que dés aujourd'hui vous ne fassiez tout mon bonheur ?
DORIMÈNB.
Mon Dieu ! Dorante, il faut des deux parts bien des qualités pour vivre heureusement ensemble ; et les deux plus raisonnables personnes du monde ont souvent peine à composer une union dont ils soient satisfaits.
DORANTE
Vous vous moquez, Madame, de vous y figurer tant de difficultés ; et l'expérience que vous avez faite ne conclut rien pour tous les autres.
DORIMÀNB.
Enfin j'en reviens toujours là : les dépenses que je
I. « Ne fatigues point mon deroir, » dit Julie à Ératte, à la scène xi de l'acte I de PomrcMugnae (tome VU, p. 246).
a. L*einploi du mot dans ce passage a été releTé ci-dessus, p. lai, note 5.