SOMMAIRE DE VOLTAIRE
brillants, Toreille a peine à rerenir tout d'an coup du charme de la musique à la simple déclamation. Un ballet peut délasser dans les entr'actes d'une pièce ennujreuse ; mais une bonne pièce n'en a pas besoin, et l'on joue AîliaUe sans les chœurs et sans la musique. Ce ne fut que quelques années après que Lulli et Quinault noua apprirent qu'on pourait chanter toute une tragédie, comme cm faisait en Italie, et qu'on la pourait même rendre intéf essante : perfection que l'Italie ne connaissait pas.
Depuis la mort du cardinal Mazarin, on n'arait donc donné que des pièces à machines aTec des dlTertissements en musique, teHes ^Andrmnèd* et /« T<ntQn d*or. On Toulnt donner au Roi et à la cour, pour l'hiTer de 1670, un dirertissement dans ce goût et y ajouter des danses. Molière fut chargé du sujet de la fable le plut ingénieux et le plus galant, et qui était alors en Togue par le roman aimable, quoique * beaucoup trop allongé, que la Fontaine Tenait de donner en 1669.
U ne put faire que le premier acte, la première scène du second et la première du troisième : le temps pressait. Pierre Corneille se chargea du reste de la pièce ; il Toulut bien s'assujettir au plan d'un autre, et ce génie mâle, que l'âge rendait sec et sérère, s'amollit pour plaire à Louis XIV. L'auteur de Ctntta fit, à l'âge de soixante-sept ans*, cette déclaration de Psyché à l'Amour qui passe encore pour un des morceaux les plus tendres et les plus naturels qui soient au théâtre.
Toutes les paroles qui se chantent sont de Quinault. Lulli composa les airs. Il ne manquait à cette société de grands hommes que le seul Racine, afin que tout ce qu'il 7 eut jamais de plus excellent au théâtre se fdt réuni pour servir un roi qui méritait d'être serri par de tels hommes.
Psyché n'est pas une excellente pièce, et les derniers actes en sont très-languissants; mais la beauté du sujet, les ornements dont elle fut embellie, et la dépense royale qu'on fit pour ce spectacle firent pardonner ses défauts.
1. Ces deux demien mots, aimable et quoique, ont été omis dans l'édition de 1764 : est-ce du fiiit de Voltaire lui-même ou seulement de son imprimeur que le premier jugement, celui de 1789, a été si grarement modifié?
a. Il fallait dire « dans sa soixante-cinquième année, s Corneille étant né le 6 juin i6o6.