‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 161 sur 854 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la guerre.

La vie des états est comme celle des hommes. Ceux-ci ont droit de tuer dans le cas de la défense naturelle $ ceux-là ont droit de faire la guerre pour leur propre conservation.

Dans le cas de la défense naturelle , j'ai droit de tuer , parce que ma vie est à moi , comme la vie de celui qui m'attaque est à lui : de même un état fait la guerre , parce que sa conservation est juste comme toute autre conservation. •

Entre les citoyens , le droit de la défense naturelle n'emporte point avec lui la nécessité de l'attaque. Au lieu d'attaquer, ils n'ont qu'à recourir aux tribunaux. Us ne peuvent donc exercer le droit de cette défense, que dans les cas momentanés où Ton serait perdu si l'on attendait le secours des lois. Mais , entre les sociétés , le droit de la défense naturelle entraîne quelquefois la nécessité d'attaquer , lorsqu'un peuple voit qu'une plus longue paix en mettrait ma autre en état de le détruire , et que l'attaque est, dans ce moment , le seul moyen d'empêcher cette destruction. «

Il suit de là que les petites sociétés ont plus souvent le droit de faire la guerre que les grandes , parce qu'elles sont plus souvent dans le cas de craindre d'être détruites.

Le droit de la guerre dérive donc de la nécessité et du juste

rigide. Si ceux qui dirigent la conscience ou les conseils des

princes ne se tiennent pas là , tout est perdu ; et , lorsqu'on se

fondera sur des principes arbitraires de gloire , de bienséance ,

Qualité 7 des flots de sang inonderont la terre.

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