LIVRE I"., CHAP. lit S
les diverses nations doivent se faire , dans la paix , la plus 4a J>ien, at , dans la guerre , le moins de mal qu'il est possible , sans nuire à leurs rentables intérêts.
L'objet de la guerre, c'est la victoire; celui de la victoire , la conquête; celui de la conquête , la conservation. De ce principe et du précédent doivent Âériver toutes ks lois qui forment le droit des gins.
1 Toutes les nations ont un droit des gens; et les Iroquois mêmes, qui mangent leurs prisonniers, en ont un. Ils envoient et reçoivent des ambassades ; ils connaissent des droits de la guerre et de la paix : le mal est que ce droit des gens n'est pas fondé sur les vrais principes.
Outre le droit des gens , qui regarde toutes les sociétés , il y a un droit politique pour chacune. Une société ne saurait subsister sans un gouvernement. La réunion de toutes les forces partiel** Itérée , dit très-bien Gravika , forme ce qu'on appelle l'iTAT politique.
La force générale peut être placée entre les mains d'un seulf ou entre les mains de plusieurs. Quelques-uns ont pensé que , la nature ayant établi le pouvoir paternel , le gouvernement d'un seul était le plus conforme à la nature. Mais l'exemple du pouvoir paternel ne prouve rien : car si le pouvoir du père a du rapport au gouvernement d'un seul 9 après la mort du père , la pouvoir des frères , ou , après la mort des frères , celui des cousina-germains, ont du rapport au gouvernement de plusieurs. La puissance politique comprend nécessairement l'union de plusieurs familles.
Il vaut mieux dire que le gouvernement le plus conforme k Wx nature est celui dont la disposition particulière se rapporte mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi. s
Les forces particulières ne peuvent se réunir sans que toutes le* volontés se réunissent. La réunion de ces volontés , dit encore très-bien G*avina, est ce qu'on appelle /'état GiVW* -
La loi , en général , est la raison humaine , en tant qu'eue gouverne tous les peuples de la terre; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s'applique cette raison humaine*. .
Elles doivent être tellement propres eu peuple peur lequel elles sont faites , que c'est un très-grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre.
Il faut qu'elles se rapportent à la nature et au pfmeipft du gouvernement qui est établi , on qu'on veut établir; soit qu'elle* le forment, comme font les lois politiques 5 soit qu'elles le maintiennent , eomme fent lea lois civiles.
Elles doivent être relatives au physique du pays; au climat glacé, brûlant, ou tempère; à la qualité du terrain , à sa situation, à sa grandeur; au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs , ou pasteurs : elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir, k la religion des habitans, à leurs inclinations, à leurs richesse*, à leur nombre, à leur commerce , à leurs mœurs , à leurs manières. Enfin elles ont des rapports entre elles; elles en ont avec leur origine, avec l'objet du législateur , avec l'ordre des choses sur lesquelles elles sont établies. C'est dans toutes ces vues qu'il faut les considérer.
C'est ce que j'entreprends de faire dans cet ouvrage. J'examinerai tous ces rapports : ils forment tous ensemble ce que l'on appelle I'esprit des lois.
Je n'ai poinfrséparé les lois politiques des civiles : .car, comme je ne traite point des lois , mais de l'esprit des lois , et que- cet esprit consiste dans les divers rapports que les lois peuvent avoir avec diverses choses , j'ai dû moins suivre l'ordre naturel des lois que celui de ces rapports et de ces choses.
J'examinerai d'abord les rapports que les lois ont avec la nature et avec le principe de chaque gouvernement : et comme ce principe a sur les lois une suprême influence , je m'attacherai à le bien connaître ; et si je puis une fois l'établir, on en verra couler les lois comme de leur source. Je passerai ensuite aux autres rapports , qui semblent être plus particuliers.