‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 249 sur 854 · LIVRE XIII, CHAP. VIL t&i · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, CHAP. VIL t&i

ensuite, et qu'il devait être taxé, mais moins que le superflu; que la grandeur de la taxe sur le superflu empêchait le superflu. Dans la taxe sur les terres , on fait des rôles où Ton met les diverses classes des fonds. Mais il est très-difficile de connaître ces différences, et encore plus de trouver des gens qui ne soient point intéressés à les méconnaître. H y a donc là deux sortes d'injustices ; l'injustice de l'homme, et l'injustice de la chose. Mais si, en général , la taxe n'est point excessive , si on laisse au peuple un nécessaire abondant , ces injustices particulières ne seront rien. Que si, au contraire , on ne laisse au peuple que ce qu'il lui faut à la rigueur pour vivre , la moindre disproportion sera de la plus grande conséquence.

Que quelques citoyens ne paient pas assez , le mal n'est pas grand ; leur aisance revient toujours au public : que quelques particuliers paient trop , leur ruine se tourne contre le public. Si l'état proportionne sa fortune à celle des particuliers , l'aisance des particuliers fera bientôt monter sa fortune. Tout dépend du moment : l'état commencera-t-il par appauvrir les sujets pour s'enrichir ? ou attendra-t-il que des sujets à leur aise l'enrichissent? Àura-t-il le premier avantage ou le second? Commencerat-il par être riche , ou finira-t-il par l'être ?

Les droits sur tes marchandises sont ceux que les peuples sentent le moins , parce qu'on ne leur fait pas une demande formelle. Ils peuvent être si sagement ménagés , que le peuple ignorera presque qu'il les paie. Pour cela , il est d'une grande conséquence que ce soit celui qui vend la marchandise qui paie le droit. Il sait bien qu'il ne paie pas pour lui ; et l'acheteur , qui dans le fond le paie , le confond avec le prix. Quelques auteurs on dit que Néron avait ôté le droit du vingt-cinquième des esclaves qui se vendaient (1); il n'avait pourtant fait qu'ordonner que ce serait le vendeur qui le paierait, au lieu de l'acheteur ; ce règle-1 ment , qui laissait tout l'impôt , parut l'ôter.

H y a deux royaumes en Europe ou l'on a mis des impôts trèsforts sur les boissons : dans l'un , le .brasseur seul paie le droit; dans l'autre , il est levé indifféremment sur tous les sujets qui consomment. Dans le premier , personne ne sent la rigueur de l'impôt ; dans le second , il est regardé comme onéreux : dans celui-là , le citoyen ne sent que la liberté qu'il a de ne pas payer; dans celui-ci , il ne sent que la nécessité qui l'y oblige.

D'ailleurs , pour que le citoyen paie , il faut des recherches perpétuelles dans sa maison. Rien a'estplus contraire à la liberté;

(t) Vêrtigal quinte* et vicesimah venait um mancipiorvm remiseum tpecie magis quàm vi^quia cùm vendit or pendere juberetur, in partent pretii emptoribus accrescebat* (Tacite , Annales , liv. XIII.)

18a DE L'ESPRIT DES LOIS.

et ceux qui établissent ces sortes d'impôts n'ont pas le bonheur

d'ayoir à cet égard rencontré la meilleure sorte d'administration*

Page 1