‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 270 sur 854 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que les mauvais législateurs sont ceux qui ont favorisé les vices du climat , et les bons sont ceux qui s'y sont opposés.

Les Indiens croient que le repos et le néant sont le fondement de toutes choses et la fin où elles aboutissent. Ils regardent donc l'entière inaction comme l'état le plus parfait et l'objet de leurs désirs. Ils donnent au souverain Être (2) le surnom d'Immobile. Les Siamois croient que la félicité (3) suprême consiste & n'être point obligé d'animer une machine et de faire agir un corps.

Dans ces pays , où la chaleur excessive énerve et accable , le repos est si délicieux , et le mouvement si pénible , que ce système • de métaphysique parait naturel ; et Foé (4) , législateur des Indes , a suivi ce qu'il sentait , lorsqu'il a mis les hommes dans un état extrêmement passif : mais sa doctrine , née de la paresse du climat , la favorisant à son tour , a causé mille maux.

Les législateurs de la Chine furent plus sensés , lorsque , considérant les hommes , non pas dans l'état paisible où ils seront

(1) On voit, par un fragment de Nicolas de Damas , recueilli par Constantin Porphyrogénète , que la contuine était ancienne en Orient d'envoyer étrangler un gouverneur qui déplaisait : elle était du temps des Mèdes. — (2) Panamanak. Voyez Ki relier, — (3) La Loubère , Relation de Siam, p. 446. — (4) Foé veut réduire le cœur an pur vide* a Nous avons » des yeux et des oreilles ; mais la perfection est de ne voir ni entendre : » une bouche, des mains, etc.; la perfection est que ces membres soient fctfUns l'inaction.» Ceci est tiré du dialogue d'un philosophe chinois, ^apporté par le P. du Halde, tome lit.

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